Sens: debat F. Hollande et E. Philippe Universite d ete Laboratoire de la Republique
Credit : ISA HARSIN

« C’est le choc des titans » : à Sens, le duel Hollande-Philippe prend des airs de répétition présidentielle

Ils n’ont pas encore le même statut dans la course à l’Élysée, mais ils en ont déjà les allures. À Sens, dans l’Yonne, François Hollande et Édouard Philippe se sont retrouvés samedi pour un débat consacré à la présidentielle de 2027, lors des universités d’été du Laboratoire de la République de Jean-Michel Blanquer. À droite comme à gauche, certains y voient déjà un avant-goût du match qui pourrait se jouer pour accéder au second tour face au Rassemblement national.
Emma Bador-Fritche

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À Sens, deux anciens au centre du jeu. La pluie accompagne les premiers arrivants. François Hollande arrive en voiture et, à peine sorti, quelques journalistes s’amusent : « Il pleut ! » La scène ravive une image familière du quinquennat Hollande. Une image que n’a pas oubliée Édouard Philippe, qui ironisait encore jeudi 27, lors du débat organisé par le Medef entre les principaux candidats à la présidentielle : « C’est un débat présidentiel, François Hollande n’est pas là et pourtant il pleut. » Deux jours plus tard, les deux hommes sont cette fois sur la même scène, et le temps est pluvieux.

Dans une salle aux couleurs bleues, face aux journalistes, aux élus et aux responsables politiques réunis par le Laboratoire de la République, l’ancien président socialiste et l’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron prennent place de part et d’autre de Darius Rochebin, journaliste de LCI. François Hollande à gauche, Édouard Philippe à droite. Pour l’occasion, le décor semble avoir été pensé pour cette affiche. Au programme : « France 2027, quelles perspectives ? » Une heure quinze de débat annoncée. Immigration, déficit public, retraites, institutions, rassemblement politique : les sujets sont ceux d’une campagne présidentielle qui, dans les esprits, a déjà commencé.

Édouard Philippe est officiellement candidat. François Hollande, lui, ne l’est toujours pas. Mais son retour dans le débat politique national, notamment avec la publication de son livre-programme « Unir », nourrit depuis plusieurs semaines les interrogations sur ses intentions. Dans les travées, un partisan d’Édouard Philippe résume l’ambiance d’une formule : « C’est le choc des titans. » Pour lui, l’intérêt de la rencontre dépasse les deux hommes : « Ça va faire du bien au débat politique. » Il se félicite surtout de voir réunies « deux personnalités de très haut niveau », un ancien président de la République et un ancien Premier ministre. Dans le camp Hollande, même constat : « C’est gagnant-gagnant », estime un proche de l’ancien chef de l’État.

Le retour du clivage droite-gauche ?

L’affiche semble appartenir à une autre époque politique. Dans ce contexte, le face-à-face Hollande-Philippe prend une dimension de « répétition pour les deux », confie un proche de Hollande. En marge du débat, un responsable socialiste lâche : « Un de ces deux candidats pourrait être face à Marine Le Pen. » Tout est là. Derrière les échanges sur les idées, une question traverse la salle : qui sera en mesure de se qualifier pour le second tour de 2027 ? « Il n’y aura qu’une place en 2027 pour le deuxième tour », résume un proche de François Hollande.

Hollande et Philippe, deux visions du rassemblement

François Hollande arrive à Sens après avoir quitté l’agitation de la rentrée socialiste à Blois. Il n’a pas participé aux débats de la primaire socialiste et répète qu’il ne souhaite pas s’inscrire dans une procédure qui, selon lui, divise. Son positionnement semble désormais davantage tourné vers le centre de l’échiquier politique. « Il n’est pas là pour parler à la gauche, mais aux Français », résume un membre de son équipe. À Sens, l’ancien président revient surtout sur l’idée qui donne son titre à son livre-programme, « Unir », qui doit sortir le 3 septembre : le rassemblement. « Dans un pays où la discorde a été installée, il faut s’unir », explique-t-il. Pour l’ancien chef de l’État, « une élection à ce niveau-là, c’est fait pour rassembler ». Il appelle ainsi à une « union sacrée pour la démocratie » et affirme vouloir convaincre sa famille politique de rechercher « toutes les formules de rassemblement ». La primaire, en revanche, ne trouve pas grâce à ses yeux : « Je ne la conseille pas, car c’est une procédure qui divise. »

Édouard Philippe ne laisse pas passer la perche. Alors que François Hollande appelle à une rupture avec les forces politiques qui divisent, l’ancien Premier ministre lui renvoie ses choix passés : « Cette rupture à laquelle vous nous invitez avec LFI, vous ne l’avez pas pratiquée », lance-t-il, avant de préciser : « La ligne qu’on ne franchit pas, qui est la condition de l’union, il me semble que vous ne l’avez pas vraiment respectée. » Le ton reste courtois, mais les deux hommes se rendent coup pour coup. François Hollande assume sa ligne de rassemblement et estime que le Rassemblement national et La France insoumise « se font la courte échelle ». Édouard Philippe, lui, revendique son propre espace politique : « Je suis un homme de droite qui rassemble la droite et le centre », affirme le candidat Horizons. Face à lui, François Hollande tente de convaincre sa propre famille politique de ne pas se déchirer, soulignant que la discorde existe aussi « à l’intérieur même » des formations politiques. Édouard Philippe profite alors de l’occasion pour décocher une nouvelle flèche : « Il y en a qui disent qu’ils sont candidats et d’autres qui n’osent pas le dire. » Une allusion à peine voilée à l’ancien président.

L’expérience comme arme politique ?

Les « vieux de la vieille » sont ensuite interrogés par Darius Rochebin sur leur expérience du pouvoir. « Trois ans et trois mois, ce qui, dans les temps actuels, est un bon délai », plaisante Édouard Philippe, en référence à son passage à Matignon. Mais l’expérience peut-elle réellement constituer un argument présidentiel ? L’ancien Premier ministre nuance : « L’expérience ne suffit jamais, mais elle peut être utile. » Pour lui, la personnalité et le caractère restent déterminants. « L’expérience ne nuit pas », résume-t-il. François Hollande va plus loin. « Rien ne peut remplacer le fait d’avoir connu cette fonction », affirme-t-il. Mais l’ancien président pose immédiatement une limite : « L’expérience ne donne aucun droit. Il sait, dit-il, à quel point la fonction présidentielle est difficile. Et en tire une conclusion sur les institutions : « Il faudra sans doute changer le mode de présidence. Celle qui revendique tout le pouvoir, c’est terminé. »

Une « belle carte postale » de rentrée

Pour François Hollande comme pour Édouard Philippe, la séquence est soigneusement observée. Le candidat Horizons enchaîne les rendez-vous politiques. Après plusieurs déplacements et prises de parole, il poursuit sa rentrée avec Sens, avant son déplacement demain à Tourcoing, chez Gérald Darmanin, actuel ministre des Sceaux et soutient du candidat. François Hollande, lui, revient progressivement dans le paysage politique national. Son entourage assume l’importance du moment. « Aujourd’hui, il n’y a pas plus haut », glisse un membre de son équipe à propos du débat.

La condition posée était claire, que l’échange soit diffusé et qu’il puisse ainsi « parler aux Français ». Dans son camp, on mesure également la portée symbolique de l’exercice. La dernière fois que François Hollande avait participé à un débat présidentiel d’une telle ampleur, c’était en 2012, face à Nicolas Sarkozy. Treize ans plus tard, le voilà de nouveau face à un poids lourd de la politique nationale.

Qui sort gagnant de Sens ?

Difficile de désigner un vainqueur. Et c’est peut-être précisément ce qui arrange les deux camps. « C’est gagnant-gagnant », répète un proche de l’ex-chef d’État.

Pour les partisans de François Hollande, le bénéfice est tout aussi évident : montrer que l’ancien président est toujours capable de tenir une séquence politique de premier plan, face à un candidat officiellement engagé dans la course à l’Élysée. Pour Édouard Philippe, l’enjeu est différent : installer son image de candidat capable de dialoguer avec les différentes composantes du pays et un ancien président de la République.

À Sens, le Laboratoire de la République aura donc offert bien plus qu’une simple rencontre entre deux anciens occupants des sommets de l’État. Dans une campagne présidentielle encore en construction, François Hollande et Édouard Philippe ont testé une formule, celle d’un débat entre deux hommes expérimentés, issus de deux familles politiques différentes, qui se connaissent, se respectent et cherchent chacun à incarner une alternative à la montée des extrêmes.

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