Blois: Raphael Glucksmann at summer convention campusPS
Credit:Alain ROBERT

Primaire socialiste : des jeux plus ouverts que prévu ?

Rassemblés à Blois pour leurs universités d’été, les socialistes s’apprêtent à départager les candidats pour trouver leur champion à l’élection présidentielle. Alors que l’eurodéputé Place publique Raphaël Glucksmann est favori sur le papier, le scrutin est encore ouvert. Le premier secrétaire socialiste Olivier Faure, qui devrait se déclarer candidat en septembre, pourrait surprendre.
Mathilde Nutarelli

Temps de lecture :

7 min

Publié le

A Blois, où le Parti socialiste organise ses universités d’été, c’est la primaire à venir qui est dans toutes les têtes. Organisée avec Place publique et la Gauche républicaine et socialiste, petit parti du député Emmanuel Maurel, le scrutin aura lieu les 9-10 et 16-17 octobre prochains. Il permettra de départager le ou la candidate du camp social-démocrate pour l’élection présidentielle. Si Raphaël Glucksmann est le candidat favori, les jeux ne sont pas faits.

« Organiser une primaire, c’est bien, c’est comme ça qu’on a toujours fait »

Cette primaire a failli ne pas voir le jour. Au sein du PS, son organisation a fait l’objet de longs et houleux débats entre la direction d’Olivier Faure et ses opposants internes. Elle a même été le déclencheur d’une crise ouverte entre le premier secrétaire et son ancien soutien, le président des députés socialistes Boris Vallaud. Ces atermoiements, puis les discussions qui ont suivi sur les modalités d’organisation du scrutin, ont pris du temps. C’est donc mi-octobre que les adhérents et tous ceux qui auront cotisé à une structure créée pour l’occasion moyennant 15 €, pourront choisir leur candidat. Sous la charpente de la Halle aux grains de Blois, les militants sont satisfaits que cette primaire ait pu voir le jour. « C’est important qu’il y ait une primaire, c’est un processus démocratique nécessaire », se satisfait Léa, membre des Jeunes socialistes. Grégoire (le prénom a été changé), jeune militant lui aussi, nuance : « Organiser une primaire, c’est bien, c’est comme ça qu’on a toujours fait. Mais l’organiser en octobre, c’est stupide : tout le monde se dispute sur la ligne de départ pendant trois mois, tout le monde s’invective. Aux universités d’été, on devrait se réunir pour avancer ensemble vers la présidentielle ».

« La primaire, je n’y comprends rien »

La primaire satisfait, mais ses modalités restent floues pour les militants de Blois. Emmanuel (le prénom a été changé), qui vient de reprendre sa carte après dix ans, confesse : « La primaire, je n’y comprends rien, ce n’est pas clair du tout. On ne sait pas qui sera candidat ou pas. On se pose la question de l’utilité d’un tel processus auquel personne ne comprend rien ».

Pour pouvoir se présenter, les candidats doivent réunir des parrainages (15 membres du Conseil national du PS, 10 parlementaires, ou alors 50 maires ou élus locaux répartis sur le territoire). Ce qui brouille le message, c’est la cacophonie des candidatures, dans et hors de la primaire. Sur la ligne de départ, pour l’instant, sont déclarés les députés Philippe Brun et Jérôme Guedj, l’ancienne ministre Ségolène Royal et le député européen et fondateur de Place publique Raphaël Glucksmann. Olivier Faure devrait lui aussi annoncer sa candidature, tout en entretenant le suspense autour de la date de sa déclaration. Des rumeurs évoquent une éventuelle participation de François Ruffin. En outre, des trublions ne cachent pas leurs ambitions personnelles, hors de la primaire : l’ancien président François Hollande, présent lui aussi à Blois, ou encore le maire de Saint-Ouen Karim Bouamrane.

« Le problème chez Glucksmann, c’est la forme. Quand il parle, on n’a pas envie de le suivre »

Parmi les candidats favoris, l’eurodéputé Place publique Raphaël Glucksmann, élu en 2019 et en 2024 au Parlement européen sous la bannière du Parti socialiste sans pour autant en être membre. Il y a quelques jours, un soutien de poids a rejoint sa candidature : Boris Vallaud, nouvel opposant à Olivier Faure. Le candidat Place publique, donné favori car crédité d’intentions de vote à deux chiffres dans les récents sondages, est loin de faire l’unanimité parmi les militants socialistes présents à Blois. « Je préférerais que le vainqueur de la primaire soit un socialiste », affirme Léa. La jeune femme, qui est à la tête des jeunes avec Philippe Brun, préfère le député de l’Eure. Certains craignent que la ligne de Raphaël Glucksmann ne soit pas assez à gauche. D’autres, comme Grégoire, s’inquiètent de la capacité du candidat à tenir sur une campagne aussi difficile. « Le problème chez Glucksmann, c’est la forme. Quand il parle, on n’a pas envie de le suivre », déplore-t-il.

« Raphaël Glucksmann a une force, c’est lui et il a une faiblesse, c’est nous »

Pour Emmanuel, qui avait réadhéré pour suivre Boris Vallaud, le soutien de ce dernier à Raphaël Glucksmann est une erreur. « Je suis très déçu de son soutien à [ce dernier] », se désole-t-il, « il est un repoussoir pour moi : il est extérieur au parti, il a eu des prises de position problématiques par le passé ». « S’il part à la primaire c’est parce que seul, il n’a pas les militants, ni la logistique, ni les moyens », conclut-il. Un parlementaire socialiste, pourtant favorable à l’eurodéputé, confirme l’intuition d’Emmanuel avec cette formule : « Raphaël Glucksmann a une force, c’est lui et il a une faiblesse, c’est nous. S’il gagne la primaire, qu’il est dans les choux à Noël et que le PS lui demande de se retirer, il n’aura pas le choix ».

« En comptant ses soutiens au congrès, [Olivier Faure] peut avoir potentiellement 15 000 ou 20 000 voix »

Les jeux sont donc ouverts. Car si Raphaël Glucksmann ne fait pas consensus auprès des militants croisés ce week-end, il y en a un qui peut créer la surprise : le premier secrétaire Olivier Faure. Pas encore candidat, il devrait annoncer sa candidature début septembre. Il joue gros dans cette primaire : ne pas y participer serait un aveu de faiblesse, la perdre aussi. Il est devenu minoritaire au sein de son parti : récemment, il a perdu plusieurs arbitrages internes. Sur le papier, c’est donc le candidat Place publique qui est favori. Mais Olivier Faure n’a pas dit son dernier mot. Il est populaire chez les Jeunes socialistes, et auprès de ceux qui souhaitent l’union de la gauche. « Certains, surtout au premier tour disent qu’ils veulent d’abord voter pour un socialiste », analyse un parlementaire PS membre d’un courant opposé à Olivier Faure. Ce dernier croit que le premier secrétaire peut provoquer la surprise. « En comptant ses soutiens au congrès, il peut avoir potentiellement 15 000 ou 20 000 voix. Ce n’est pas rien », analyse-t-il. Sur un corps électoral potentiel de 50 000 votants, c’est beaucoup. Grégoire, lui, n’y croit pas : « Je ne vois pas comment la candidature d’Olivier Faure est acceptable, car il est sondé en dessous de 2 % », assène-t-il. Peu importe, pour son meeting de clôture des universités d’été, le premier secrétaire organise une démonstration de force : il entre sur une musique épique, au son des « Olivier président », « Olivier à l’Elysée ». La campagne dans la campagne est lancée.

Partager cet article

Dans la même thématique

Le Pen ok
7min

Politique

« Il n’était pas fiable » : le départ du conseiller de Jordan Bardella, François Durvye, de la campagne de Marine Le Pen, rappelle les divergences qui traversent le RN

Le divorce entre François Durvye, conseiller éco de tendance libérale, et Marine Le Pen, en plein débat au Medef, montre que le RN connaît encore des différences de lignes internes sur l’économie. Dans l’entourage de Marine Le Pen, on assure que « Jordan Bardella n’a rien à voir là-dedans. C’est l’ego contrarié d’un haut fonctionnaire. Point ».

Le

Capture d’écran du documentaire « 39-45, les cheminots dans la résistance » de Emmanuel Roblin
3min

Politique

Les « docus de l’été » : Les cheminots français sous le nazisme, de résistants individuels à la paralysie du réseau

Instrument essentiel de la logistique en temps de guerre, les cheminots français ont très tôt mesuré l’utilité du réseau de chemins de fer pour l’ennemi. Dès 1942, et avant toute autre forme de résistance, ils ont agi pour faire dérailler la machine nazie. "39-45, les cheminots dans la résistance", un documentaire de Emmanuel Roblin à voir cet été sur Public Sénat.

Le

La sélection de la rédaction

Voting session on the assisted dying bill at the National Assembly
10min

Politique

François Hollande, le pari du retour : peut-il redevenir président, 10 ans après ?

Après avoir renoncé à briguer un second mandat en 2017 puis écarté une candidature en 2022, François Hollande prépare méthodiquement son possible retour dans la course à l’Élysée. À huit mois de la présidentielle de 2027, l’ancien chef de l’État sort un livre avec 80 propositions, multiplie les apparitions et mise sur une gauche sociale-démocrate sans candidat naturel. Mais dans une Ve République où les anciens présidents ont rarement réussi leur retour, son pari consiste à transformer une popularité retrouvée en véritable désir de candidature.

Le

Montreuil: Les rencontres de Montreuil pour rassembler la gauche
4min

Politique

Primaire PS/Place publique : comment va-t-elle se passer ?

Le bloc social-démocrate s’organise pour trouver son candidat à la présidentielle. Le Parti socialiste et Place publique organisent une primaire destinée à leurs adhérents et sympathisants. Ses modalités ont été longuement débattues : la question du prix de la participation ainsi que l’engagement à ne pas s’allier avec LFI aux législatives ont agité les négociateurs. L’accord trouvé doit être validé par les organes décisionnels des deux partis ce mardi soir.

Le