Après le vote des militants PS, Hidalgo veut donner « un coup d’accélérateur » à un début de campagne qui patine
Sans surprise, la maire de Paris a été officiellement désignée candidate du PS pour la présidentielle, après un vote des adhérents qui l’opposait à Stéphane Le Foll. Ce dernier pointe « des mesures qui sont souvent assez incompréhensibles ». Les soutiens d’Anne Hidalgo restent confiants, malgré les sondages. « On doit mettre le turbo », lance le sénateur Patrick Kanner.

Après le vote des militants PS, Hidalgo veut donner « un coup d’accélérateur » à un début de campagne qui patine

Sans surprise, la maire de Paris a été officiellement désignée candidate du PS pour la présidentielle, après un vote des adhérents qui l’opposait à Stéphane Le Foll. Ce dernier pointe « des mesures qui sont souvent assez incompréhensibles ». Les soutiens d’Anne Hidalgo restent confiants, malgré les sondages. « On doit mettre le turbo », lance le sénateur Patrick Kanner.
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Jusqu’ici, tout va bien. Si les débuts de campagne d’Anne Hidalgo ne se passent pas aussi bien qu’espérés, les socialistes se rassurent. L’automne doit permettre à la maire de Paris de passer la seconde. Première étape : les adhérents du Parti socialiste étaient appelés jeudi à désigner leur candidat, qui sans surprise, sera une candidate. Selon des résultats portant sur plus de 90 % des bulletins, la maire de Paris a obtenu plus de 72% des voix. Stéphane Le Foll, le seul challenger, ne se faisait lui-même « pas beaucoup d’illusions », avant le scrutin, « compte tenu des délais d’organisation du vote et l’absence de débat. Tout cela était malheureusement écrit par avance », a affirmé à publicsenat.fr le maire PS du Mans.

Avec des intentions de vote entre 4 et 7% dans les sondages, le début de campagne d’Anne Hidalgo patine. Un certain Yannick Jadot, vainqueur de la primaire EELV, a eu la mauvaise idée de lui passer devant dans plusieurs enquêtes d’opinion. François Lamy, ancien bras droit de Martine Aubry, vient d’ailleurs de le rejoindre pour la campagne. « François Lamy a toujours été un porte-flingue. Mais depuis longtemps, il n’avait plus de balle dans son révolver », lâche le patron des sénateurs PS, Patrick Kanner, qui en garde lui quelques-unes… Quant aux sondages, « ça ne m’inquiète pas, mais ça ne m’enchante pas », commente le sénateur du Nord. Après la désignation, « ça sera le vrai début de campagne » qui fera « bouger les lignes », « elle change de statut », soutient l’ancien ministre. « On doit mettre le turbo sur la machine à convaincre, à partir de ce soir, et sur le fond, pas les petites phrases », ajoute Patrick Kanner.

« La machine militante du PS va se mettre en branle »

« On est tous addicts aux sondages, faut être honnête. Mais aucun sondage n’a trouvé le résultat à six mois d’une élection », rappelle le sénateur PS Rachid Temal. Même son de cloche de la part de Marie-Pierre de La Gontrie, sénatrice PS de Paris. « Anne Hidalgo a toujours dit qu’il faut un échange avec les Français. Et on voit bien qu’aujourd’hui, les sondages sont un peu fous », pointe la sénatrice, qui « raconte souvent une anecdote : en 1995, à gauche, on se demandait si on allait voter Chirac ou Balladur au deuxième tour. Et évidemment, c’est Jospin qui est sorti en tête du premier tour. C’est la différence entre faire un marathon et le fait de sautiller à chaque fois qu’il y a un chiffre qui sort » (voir la vidéo ci-dessous). Et d’ajouter :

Je suggère à tout le monde de garder l’esprit reposé, de boire frais et d’attendre janvier pour voir comment sera le panorama politique.

Lamia El Aaraje, porte-parole du PS, se fait tout aussi rassurante. Après la désignation par les militants, « il y aura la machine militante du PS qui va se mettre en branle. Dès ce week-end, avec une grosse opération « tous sur le pont » pour promouvoir sa candidature », explique la porte-parole. « Faire une campagne de terrain, c’est comme ça qu’on sait faire », ajoute Lamia El Aaraje, qui « espère que ce sera un coup d’accélérateur et un moteur de dynamique ». Regardez (images de Samia Dechir) :

« S’inscrire dans le fil d’une histoire, celle du PS et de la social-démocratie »

Anne Hidalgo, qui bénéficie du soutien du premier secrétaire, Olivier Faure, a pris garde à ne pas paraître comme trop lié au PS. Elle était à Blois, fin août, aux universités d’été du parti, mais n’était pas au congrès où le numéro 1 du parti est resté en place. Reste qu’Anne Hidalgo a bien besoin des forces, et bien sûr de l’argent du parti, pour mener campagne. « Il faut d’abord avoir l’appui des siens. Et à partir de demain, ce sera le cas. Et l’investiture, prévue à Lille, le 23 octobre, permettra de le montrer, avec Marine Aubry et peut-être d’autres. Cela permet de s’inscrire dans le fil d’une histoire, celle du PS et de la social-démocratie », souligne Rémi Féraud, sénateur PS qui connaît bien la candidate. Il préside le groupe Paris en commun au Conseil de Paris.

Le choix des Hauts-de-France pour la convention d’investiture n’est pas anodin. « C’est une terre forte le Nord », se réjouit par avance Patrick Kanner, en local de l’étape, qui attend qu’Anne Hidalgo parle autant aux classes populaires, qui ont souvent tourné le dos aux socialistes, qu’aux « classes moyennes ». « C’est aussi un symbole d’une terre ouvrière et d’implantation très ancienne de la gauche française », ajoute Rémi Féraud.

« Si on en reste là où on en est, le PS paiera l’addition » alerte Stéphane Le Foll

Stéphane Le Foll, lui, n’y croit pas. « Je suis là pour défendre ce que je pense et chacun assumera ensuite sa responsabilité », dit cet hollandais historique. Le PS risque-t-il à terme de s’effacer ? « Oui bien sûr. Quand on est au niveau où on est… » Certains lui reprochent de grogner. Lui préfère l’ouvrir. « Quand on lance une campagne, ça devrait avoir un impact. Mais ça a eu plutôt un impact inverse. Après, ça peut remonter. Mais je préviens ce qui peut arriver. Et si on en reste là où on en est, le PS paiera l’addition », tance Stéphane Le Foll, qui défend « une voie social-démocrate ».

Les premières propositions sont peu de son goût. « On tombe dans des mesures qui sont souvent assez incompréhensibles : on explique qu’on va lancer la réduction du temps de travail et augmenter les salaires. Très bien. Si on croit que c’est ça que veulent les ouvriers et les classes moyennes, on se trompe », lance l’ancien ministre de l’Agriculture, qui vise autant la candidate qu’Olivier Faure : « Au-delà de la stratégie d’Anne Hidalgo, ça fait 3 ans que je dis qu’il faut un travail de fond, de réaffirmation politique, et pas seulement être dans une stratégie d’alliance ». Avant même le résultat, Stéphane Le Foll « prend acte du vote de ce soir. Et je donne rendez-vous en décembre pour voir ce qui va se passer… » lâche le maire du Mans. Malgré tout, il l’assure, il « votera socialiste » en 2022. Ça va mieux en le disant.

« Elle est la seule candidate de gauche dont les quelques propositions ont marqué les esprits »

Malgré les critiques ou les doutes qui se dessinent, il n’y a pas le feu au lac, selon les proches de la candidate. Reste que ses sorties sur le doublement des salaires des profs ou la baisse des taxes sur les carburants sonnent plus comme des coups médiatiques qu’un projet pour la France. « Dire que la question des salaires est une question centrale, ce n’est pas un coup, c’est une responsabilité », corrige Rachid Temal. « Elle est la seule candidate de gauche dont les quelques propositions ont marqué les esprits », note de son côté Rémi Féraud, selon qui, « dire que la campagne d’Anne Hidalgo est inaudible, ça ne passe pas la rampe comme critique. Mais cela veut dire qu’il faut déployer cette campagne et pour ça, le PS est indispensable par son réseau d’élus et de militants ».

Le sénateur PS ajoute qu’« on sort de la primaire des Verts et Jadot n’en a pas tellement bénéficié. Sa montée dans les sondages est très petite et aucune de ses propositions n’a imprimé dans l’opinion ». Bref, « on est au tout début de la campagne » et il faut laisser du temps au temps, comme disait un certain François Mitterrand. Surtout qu’Anne Hidalgo a gardé quelques cartouches dans sa besace, selon une parlementaire socialiste :

On ne peut pas tout déstocker tout de suite, ou on est à poil en janvier. Une campagne, c’est long, ça infuse.

« Ceux qui pensent qu’Hidalgo va se retirer ont déjà oublié les municipales et sous-estiment sa détermination »

Chez les socialistes, c’est un peu aussi « quand je me regarde, je me désole. Quand je me compare, je me console ». « On est à six mois de l’élection. Et tous les candidats de gauche sont en difficulté dans les sondages », constate un soutien, qui veut voir la situation comme positive : « L’intensité du Hidalgo Bashing nous renforce dans la conviction que si c’est elle qui est visée, c’est qu’elle paraît dangereuse à tous ses adversaires, en particulier en macronie ». Mais avant d’inquiéter le chef de l’Etat, Anne Hidalgo doit réussir à percer à gauche.

Sous couvert d’anonymat, certains reconnaissent du bout des lèvres qu’il y aura un sujet, en cas d’absence de dynamique. « Si en janvier, elle est toujours à 5 %, on en reparle » dit un socialiste. Mais alors que les soutiens de Yannick Jadot imaginaient déjà la socialiste se retirer à son profit, à peine l’écologiste désigné candidat, dans le camp de la maire de Paris, on assure qu’il n’en est pas question. « Ceux qui pensent qu’Hidalgo va se retirer ont déjà oublié les municipales et sous-estiment sa détermination ». « Elle est en titane », dit un parlementaire socialiste. Pour le moment, l’enjeu d’Anne Hidalgo est surtout de réussir à transformer le plomb en or.

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L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». 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