Au Sénat, réactions de soutien « exigeant » après l’allocution présidentielle
Durant toute la soirée et la matinée suivante, les sénateurs ont salué l’intervention d’Emmanuel Macron et ses mesures prises pour contenir l’épidémie, et accompagner l’économie. Quelques critiques émises dans la mise en œuvre concrète des décisions.

Au Sénat, réactions de soutien « exigeant » après l’allocution présidentielle

Durant toute la soirée et la matinée suivante, les sénateurs ont salué l’intervention d’Emmanuel Macron et ses mesures prises pour contenir l’épidémie, et accompagner l’économie. Quelques critiques émises dans la mise en œuvre concrète des décisions.
Public Sénat

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Comme après la première allocution, une très large majorité de sénateurs a témoigné dès lundi soir au président de la République leur soutien, dans cette crise sanitaire majeure, sans précédent depuis des décennies. Dans l’ensemble, le durcissement des mesures imposées par le gouvernement pour combattre la progression rapide du coronavirus au sein de la population, est approuvé. Tout comme les réponses économiques et sociales.

Les sénateurs veulent tendre la main au gouvernement pour traduire les annonces. « Mon groupe au Sénat va faciliter les choses pour que les annonces soient facilement retranscrites dans les lois. La clarté est une nécessité pour que les Français suivent les consignes », a prévenu Bruno Retailleau, le président du groupe Les Républicains. Et d’ajouter : « Nous nous devons d'être derrière le président de la République, de façon exigeante, bien sûr. »

« Nous saurons prendre nos responsabilités au Sénat »

Même ambiance au sein du deuxième groupe au palais du Luxembourg. « Les parlementaires français feront leur travail au service du pays dès jeudi », a promis Patrick Kanner, le président du groupe socialiste, en référence aux deux projets de loi à examiner en urgence (lire notre article). « Les assemblées doivent aider le gouvernement, lui faciliter les choses. Ce n’est pas un chèque en blanc, mais la nécessaire unité de la nation face à une situation comme celle-ci », a prévenu Jean-Marc Gabouty, le vice-président RDSE (à majorité radicale). « Nous saurons prendre nos responsabilités au Sénat », a témoigné le sénateur de la droite « constructive » Emmanuel Capus (Les Indépendants). Et pour le centriste Pierre Louault, c’est « soutien total aux annonces du président ».

Dans les rangs de la droite sénatoriale, les réactions à chaud étaient presque laudatives sur les réseaux sociaux. « L’État met le paquet dans ce que le Président appelle à juste titre une guerre. Bravo. Maintenant à nous toutes et tous d’être à la hauteur », s’est enthousiasmé Philippe Dallier, le vice-président LR. « Bon discours », a appuyé Sébastien Meurant, même si ce dernier aurait préféré entendre ce discours « il y a 15 jours ».

Les messages d’appel au civisme ou à la « discipline républicaine », selon les mots du socialiste Martial Bourquin, se multiplient. « Il est indispensable de redoubler de vigilance et de respecter les mesures de confinement annoncées par le président de la République », a précisé avec gravité le sénateur LREM Dominique Théophile. Moins médiatisés, les Outre-Mer ne sont pas épargnés par le coronavirus. Dans son département, la Guadeloupe, 18 cas de Covid-19 ont été recensés. Même encouragement au respect des consignes chez les sénateurs représentants les Français de l’étranger. « Stop à l’égoïsme. Restez chez vous », a imploré la sénatrice LR Jacky Deromedi.

« Le Sénat restera vigilant »

Fidèle à ses principes de défenseur des libertés publiques, le Sénat dans toutes ses composantes exprime, à travers diverses prises de position, qu’il sera attentif à ces mesures de confinement historiques en temps de paix, entrées en vigueur ce midi. « Le Sénat restera vigilant pour que la vie démocratique reste intacte », met en garde le sénateur LR Alain Houpert. « Si nous sommes en guerre, ces restrictions ne doivent bien sûr pas échapper au contrôle du Parlement », a estimé l’écologiste Esther Benbassa, toujours surprise par les annonces économiques et sociales d’Emmanuel Macron. « Il fallait une grave épidémie pour que le logiciel ultralibéral de Macron switche au point de nous recommander de devenir plus humains, plus solidaires. »

Quant au sénateur LREM Julien Bargeton, il y a la satisfaction de constater que le Parlement reste associé aux décisions, malgré le recours annoncé aux ordonnances pour certaines mesures. « La délibération démocratique est maintenue dans cette crise du Covid-19 mais elle doit prendre des formes nouvelles pour rester cohérent avec les mesures annoncées. Les parlementaires pourraient voter à distance, par exemple », a-t-il suggéré.

« Alors, on est en guerre ou pas ? »

Après une polémique ce week-end sur le maintien du 1er tour des élections municipales, la décision de reporter le second tour est applaudie. « Le report que j'ai appelé de mes vœux est juste et légitime », a déclaré le sénateur LR Alain Joyandet. Son collègue Marc-Philippe Daubresse, vaincu à Lille, reste prudent sur le principe. « Attendons l’avis du Conseil d’État. De nombreux juristes nous disent qu'on ne peut pas conserver les résultats du premier tour, ce serait inconstitutionnel ! » La date de dépôt des listes inquiète en revanche la majorité sénatoriale (lire notre article).

Car les déceptions concernent bien souvent les détails. Ou la mise en application concrète de la volonté du président de la République. Ainsi, lorsque la porte-parole Sibeth Ndiaye annonce que les verbalisations à 38 euros n’auront pas lieu pour les personnes en infraction au premier jour du confinement, la droite peine à comprendre. « Alors on est en guerre ou on ne l’est pas ? », se demande Bruno Retailleau. « C’est irresponsable ce genre d’annonce », renchérit sa collègue Marta de Cidrac.

« Pourquoi n’a-t-il pas dit les choses clairement ? »

Il n’aura pas non plus échappé à certains que le mot « confinement » était absent du discours présidentiel. « Le président de la République n’a pas eu le courage de le prononcer. Toujours le en même temps [...] Pourquoi n’a-t-il pas dit les choses clairement ? » se désespère la sénatrice Catherine Deroche

D’autres demandent des détails sur des aspects jugés « flous » de l’intervention élyséenne. « J’ai bien entendu que le gouvernement nous donnerait des précisions, mais quand même », s’interroge la sénatrice communiste Céline Brulin. « Il faut alors dire clairement que plus personne ne prend les transports en Île-de-France pour aller bosser demain, sauf pour les professions indispensables. Beaucoup ne comprennent pas s’ils y vont ou pas », alerte Philippe Dallier (LR).

Le sénateur Rachid Temal résume les choses : « J’attends maintenant beaucoup, comme les Français, du Premier ministre pour préciser, expliciter et compléter les annonces du Président de la République. » Comme un vœu exaucé, le chef du gouvernement sera en duplex ce soir sur France 2 pour s’exprimer.

Partager cet article

Dans la même thématique

Au Sénat, réactions de soutien « exigeant » après l’allocution présidentielle
4min

Politique

« Ce soir, je suis candidate à l’élection présidentielle » : malgré sa condamnation, Marine Le Pen se lance et se pourvoit en cassation

En dépit de sa condamnation pour détournement de fonds publics, la leader du RN annonce sa candidature à la présidentielle. Elle a décidé de se pourvoir en cassation, ce qui rend suspensif la décision de la Cour d’appel, lui permettant de faire campagne sans bracelet électronique. Assurant former un « couple politique » avec Jordan Bardella, ils mèneront campagne « en binôme ».

Le

Marine Le Pen Convicted in National Rally Appeal Trial
7min

Politique

Condamnation de Marine Le Pen : une éventuelle candidature à la présidentielle attaquée sous l'angle de l'éthique, à gauche comme à droite

Le délibéré de la Cour d'appel dans l'affaire de détournement de fonds publics des assistants parlementaires européens du FN laisse le personnel politique dans l'expectative. Condamnée mais éligible, Marine Le Pen peut, en théorie, être candidate à l'élection présidentielle. À droite comme à gauche, on met en avant la dimension éthique et morale d'une potentielle candidature de Marine Le Pen à la présidentielle.

Le

Marine Le Pen Convicted in National Rally Appeal Trial
4min

Politique

Marine Le Pen peut-elle vraiment faire campagne sous bracelet électronique si elle décide d'être candidate ?

Dans l'affaire de détournement de fonds publics des assistants parlementaires européens du FN, la cour d'appel de Paris a pris en compte « la liberté des candidatures » et « la liberté de choix de l'électeur » en condamnant Marine Le Pen à quinze mois ferme d'inéligibilité. Les juges ont aussi condamné la députée RN à un an de prison aménageable sous bracelet électronique. Une peine qui pourrait être suspendue si Marine Le Pen décidait de se lancer dans la course à la présidentielle.

Le

« Matignon, we are dans la mouise », réagit le rapporteur général du budget au Sénat à l’issue du comité d’alerte des finances publiques
6min

Politique

« Matignon, we are dans la mouise », réagit le rapporteur général du budget au Sénat à l’issue du comité d’alerte des finances publiques

Le sénateur (LR) Jean-François Husson ressort mécontent d’une réunion sur les perspectives des finances publiques, à laquelle a participé le gouvernement, des parlementaires, des représentants des collectivités locales ou encore de la Sécurité sociale. « Beaucoup de communication et très peu d’action », déplore le sénateur. Bercy annonce des mesures supplémentaires de freinage de la dépense, à hauteur de 3 milliards d’euros.

Le