Constitution : les départements font aussi leurs propositions
Alors que la révision constitutionnelle est présentée en Conseil des ministres la semaine prochaine, l’ADF prend à son tour position sur la réforme. La semaine dernière, c’était l’Association des maires qui faisait connaître ses doléances. Certaines se rejoignent. Mais d’autres s’opposent.

Constitution : les départements font aussi leurs propositions

Alors que la révision constitutionnelle est présentée en Conseil des ministres la semaine prochaine, l’ADF prend à son tour position sur la réforme. La semaine dernière, c’était l’Association des maires qui faisait connaître ses doléances. Certaines se rejoignent. Mais d’autres s’opposent.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Après l’Association des maires de France (AMF), c’est au tour au tour de l’ADF, l’Association des départements de France, de prendre position sur la révision constitutionnelle et institutionnelle que prépare le gouvernement. Le projet de loi portant sur les seules modifications de la Constitution est présenté mercredi prochain en Conseil des ministres.

L’ADF, présidée par Dominique Bussereau, président (ex-LR) de la Charente-Maritime, ne s’exprime pas seulement sur la réforme en cours, mais en profite pour mettre sur la table des sujets qui, pour certains, ne seront pas débattus lors de la révision.

« Exercice différencié des compétences »

Comme l’AMF, l’ADF est « défavorable, quel que soit le mandat, à une limitation dans le temps à trois mandats identiques successifs afin de renforcer le lien élus-citoyens et la participation à la vie publique ». Le gouvernement a prévu d’exclure de la mesure les maires des communes de moins de 9.000 habitants. Mais les présidents de départements, eux, n’y couperont pas. S’agissant du nombre de parlementaires, l’association « défend une représentation équilibrée et proportionnée de la ruralité sur la base de circonscriptions à l’échelle départementale », comme le demande la majorité sénatoriale.

L’une des demandes de l’ADF est en revanche en contradiction avec l’une des exigences formulées la semaine dernière par sa cousine de l’AMF. Les départements sont ainsi « favorables à un exercice différencié des compétences », alors que les communes veulent inscrire dans la loi fondamentale la clause de compétence générale, dont elles bénéficient. Elle permet aux communes d’intervenir sur tous les sujets. Pas vraiment de quoi clarifier les compétences des uns et des autres.

Un projet de loi de finances des collectivités locales

Côté finances, l’ADF met sur la table un sujet qui revient régulièrement : que le Parlement débatte chaque année d’une loi de finances (PLF) propre aux collectivités locales pour « donner aux élus une visibilité financière ». L’AMF partage aussi cette exigence. Dans le projet de loi présenté en conseil des ministres mercredi, l’exécutif n’a pourtant pas prévu la mesure. Il compte réduire le délai accordé au Parlement pour le temps d’examen du budget, passant de 70 à 50 jours. La création d’un PLF spécial collectivités n’irait pas forcément de pair avec la contraction de ce temps d’examen.

L’ADF de Dominique Bussereau, connu, en bon juppéiste, pour être un défenseur de l’Europe, « propose de prendre en compte dans la loi de finances les objectifs d’équilibre de recettes et de dépenses prévus par les traités de l’Union Européenne », tout en appelant à mettre « fin à la baisse drastique des ressources » des collectivités. Des objectifs qui peuvent sembler en partie contradictoires. La baisse des dotations de l’Etat aux collectivités est une source d’économie pour la France et un moyen de réduire son déficit afin de respecter les critères européens, notamment de 3% de déficit.

« Que la révision clarifie un paysage territorial morcelé »

Toujours côté finances, l’ADF rappelle son attachement à l’autonomie financière et fiscale. L’autonomie financière des collectivités est déjà reconnue par l’article 72-2 de la Constitution. Un point important, au moment où l’exécutif cherche la formule idéale pour compenser la suppression totale de la taxe d’habitation. La piste qui tient la corde pour le moment est de transférer la part de la taxe foncière des départements aux communes (voir notre article sur le sujet). Les départements recevraient à la place une part d’un impôt national, a priori la TVA. Ce qui leur déplaît. Ils y perdraient leur capacité de jouer sur le taux de la taxe foncière et de jouir d’une fiscalité dynamique.

L’ADF « suggère » aussi « que la révision clarifie un paysage territorial morcelé », sans donner plus de détail, propose d’assouplir les modalités de fusion de départements et globalement, « promeut une décentralisation garante de modernité ». Les départements veulent également que le droit à l’expérimentation soit « pérennisé, sans qu’il soit généralisé de façon systématique ». Le texte du gouvernement prévoit déjà que les collectivités territoriales auront un « droit à la différenciation ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Constitution : les départements font aussi leurs propositions
3min

Politique

Alain Duhamel : « Les Français sont dans un état de défiance que je trouve totalement disproportionné »

Il a connu Pompidou, interviewé Valéry Giscard d’Estaing, mis sur le grill François Mitterrand et, pour ainsi dire, vu naître politiquement tous les autres présidents de la Cinquième République. Voilà cinquante ans qu’Alain Duhamel ausculte la politique française avec une tempérance devenue sa marque de fabrique. La retraite ? Impensable pour l’éditorialiste qui publie Les Politiques, portraits et croquis (éditions de l’Observatoire) dans lequel sont scrutées 63 personnalités politiques avec beaucoup de franchise. Invitée de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde un regard, il revient sur les souvenirs marquants de sa carrière et analyse le climat politique des dernières années.

Le

6min

Politique

Royaume-Uni : Keir Starmer face à « la défiance » de son propre camp, après de nouvelles révélations entre Jeffrey Epstein et l’ancien ambassadeur britannique à Washington

Le Premier ministre essuie les conséquences de sa décision de nommer Peter Mandelson en tant qu’ambassadeur à Washington en 2024, alors que ses liens avec Jeffrey Epstein étaient déjà connus. Après la publication de nouveaux fichiers sur le financier américain, la pression s’accentue contre Keir Starmer, déjà fragilisé depuis le début de son mandat.

Le

Municipales 2026 : la décision du ministère de l’Intérieur de classer la France insoumise à l’extrême gauche peut-elle être fondée ?
8min

Politique

Municipales 2026 : la décision du ministère de l’Intérieur de classer la France insoumise à l’extrême gauche peut-elle être fondée ?

Le ministère de l’Intérieur a déclenché les foudres des Insoumis en classant ce mouvement pour la première fois à l’extrême gauche, dans une circulaire adressée aux préfets en vue de la catégorisation des candidats et des listes. Ce n’est pas la première fois que la place Beauvau est critiquée pour ses choix.

Le