Démission de Wauquiez : « Sommes-nous encore capables de faire plus de 10% à une élection nationale ? »
Une semaine après la déroute de son parti aux Européennes, Laurent Wauquiez s’est finalement résolu à quitter ses fonctions dimanche soir. Un départ salué par les cadres du parti, mais qui ne résout rien. Sans leader et avec une ligne politique à reconstruire, Les Républicains cherchent à sortir de l’étau LREM/RN.

Démission de Wauquiez : « Sommes-nous encore capables de faire plus de 10% à une élection nationale ? »

Une semaine après la déroute de son parti aux Européennes, Laurent Wauquiez s’est finalement résolu à quitter ses fonctions dimanche soir. Un départ salué par les cadres du parti, mais qui ne résout rien. Sans leader et avec une ligne politique à reconstruire, Les Républicains cherchent à sortir de l’étau LREM/RN.
Public Sénat

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

« Les victoires sont collectives, les défaites sont solitaires. Il faut que je prenne mes responsabilités : (...) je vais prendre du recul. Je me retire de mes fonctions de président des Républicains » a annoncé le président de la région Auvergne Rhône-Alpes, sur TF1. Une demi-surprise tant la pression en interne en faveur de son départ était forte depuis une semaine. Lors d’un bureau politique organisé en urgence au lendemain du scrutin, le président de LR avait éludé la question d’un départ et mis en garde contre « des solutions simplistes » qui ne résolvaient rien avant d’annoncer « des états généraux » à la rentrée destinée « à tout remettre à plat » : à savoir « les valeurs, le projet, le fonctionnement et la stratégie d'alliance » de LR. Un contre-feu rapidement éteint, notamment par le président du Sénat, Gérard Larcher, qui, quelques heures plus tard, annonçait qu’il allait s’investir personnellement pour rassembler la droite et le centre, en commençant par les présidents de groupes parlementaires, les présidents des trois grandes associations d'élus et les maires. Qualifié de « mort qui continue de parler » par le sénateur de Paris Pierre Charon, Laurent Wauquiez n’avait plus d’autres choix que de « prendre du recul » (voir notre article). « Une décision qui l’honore » pour Bruno Retailleau, président du groupe LR au Sénat, « une sage décision » pour la présidente de la région Ile de France, Valérie Pécresse ou une décision d’une « grande dignité » pour le député LR, Éric Woerth

Le « chantier de la reconstruction » initié par Gérard Larcher

Laurent Wauquiez parti, Les Républicains se retrouvent face à deux défis : une ligne politique à reconstruire et un leader pour l’incarner. C’est à la première tâche que vont s’atteler, dès mardi, les participants de la réunion « chantier de la reconstruction » de la droite et du centre, initiée par Gérard Larcher 48H après les Européennes. Coincé entre La République en Marche et le Rassemblement National, le couloir de la droite dite « traditionnelle » semble de plus en plus étroit. En deux ans, Les Républicains n’ont pas réussi à arrêter l’hémorragie de leurs électeurs. De 20% des électeurs ayant voté pour François Fillon à la présidentielle, ils ne sont plus que 8,5% à avoir donné leurs voix à François-Xavier Bellamy. Et en ce qui concerne les thèmes régaliens comme l’immigration ou l’autorité de l’État, le Rassemblement National, semble, ici, avoir une longueur d’avance. « Il y a une forme de droite qui estime qu'Édouard Philippe, ou Gérald Darmanin, les représentent bien et que la majorité a eu la capacité à mener les réformes, notamment celle sur la SNCF. Dès lors, il y a eu une dévalorisation de ce qui pouvait être une forme de droite traditionnelle et, donc, oui, il y a un donc vrai péril pour LR » observe Jean-Daniel Lévy, directeur du département Politique et opinion d'Harris Interactive, interrogé par l’AFP.

« Il faut sortir de cet étau entre LREM et RN »

« François Fillon a fait 20% à la présidentielle mais n’oublions pas qu’il y avait encore Alain Juppé, Xavier Bertrand, Jean-Pierre Raffarin, l’actuel Premier ministre… À l’exception des municipales, la question est de savoir si nous sommes encore capables de faire plus de 10% à une élection nationale ? On est confronté à une situation politique qui va au-delà des questions de telles ou telles personnalités. Il faut sortir de cet étau entre LREM et RN. Sinon, on restera un parti à la marge » s’inquiète l’ancien ministre de la Coopération, Alain Joyandet.

« Il faut reconstruire un projet de A à Z » abonde le sénateur LR de Seine-Saint-Denis, Philippe Dallier. « Il faut retrouver une manière de s’adresser aux Français. Ne plus se rétrécir à un noyau dur, faire des propositions en matière de justice sociale » énumère-t-il.

Xavier Bertrand « observe avec bienveillance » l’initiative de Gérard Larcher

« Dans notre ADN, on est libéraux, européens et décentralisateurs » résume à son tour, Marc-Philippe Daubresse, sénateur du Nord pour qui l’initiative de Gérard Larcher « fédère la plupart des parlementaires et des élus LR ». Et si le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, sera, lui, absent de la réunion de demain, Marc-Philippe Daubresse assure qu’il « observe tout ça avec bienveillance ». Effectivement, à neuf mois des élections municipales, la question des départs d’élus locaux est un enjeu qui s’ajoute à de nombreux autres. Le maire LR de Quimper, Ludovic Jolivet, a annoncé vendredi qu'il quittait le parti, dont il estime qu'il s'est placé « dans le sillage des populistes », et qu'il rejoignait la formation de centre droit pro-Macron Agir. Éric Berdoati, maire LR de Saint-Cloud, ne souhaite plus prendre part « aux vaines querelles du parti » et sera désormais sans étiquette.

Vers une nouvelle guerre des chefs ?

Parallèlement à l’initiative de Gérard Larcher, 11 « jeunes » députés LR, menés par l’élu du Lot, Aurélien Pradié, appellent à la création d’un « comité du renouvellement ». « Un outil d’émancipation d’une génération de droite qui doit pouvoir porter des valeurs ancrées dans la modernité » proposent-ils. « Laurent Wauquiez et la plupart des porte-parole qu’il a mis en place n’étaient pas des vieux. Si nos problèmes ne se résumaient qu’à une question de générations, autant ne pas se réunir demain » répond Alain Joyandet. En attendant, de nouvelles élections qui pourraient avoir lieu à la rentrée, c’est Jean Leonetti, premier vice-président, qui assure l’intérim à la tête du parti. Certains d’ailleurs comme Éric Woerth ou Marc-Philippe Daubresse militent pour direction collégiale jusqu’aux municipales. « Une direction collégiale ne nous mettra pas à l’abri d’une guerre des chefs » réplique, encore une fois, Alain Joyandet. Certains comme l’eurodéputé, Brice Hortefeux, susurrent le nom de Nicolas Sarkozy, le dernier à avoir fait gagner la droite à une élection. Valérie Pécresse ? Gérard Larcher ? François Baroin… ? Personne, dans la liste des possibles prétendants au poste, ne s’impose naturellement. Et pour le président du Sénat, « il a un rôle institutionnel tellement lourd qu’on ne le voit pas président d’un parti politique » rappelle Roger Karoutchi. L’ancien ministre des Relations avec le Parlement et actuel sénateur des Hauts-de-Seine, n’exclut d’ailleurs pas de briguer la tête de LR. « Non pas parce que je me prends pour ce que je ne suis pas. Mais quand la famille politique est aussi basse… Moi, je n’ai pas d’ambition présidentielle pour 2022. Donc si on peut rendre service… »

Roger Karoutchi: "Gérard Larcher a un rôle institutionnel tellement lourd qu’on ne le voit pas président d’un parti politique"
01:13

Partager cet article

Dans la même thématique

Marseille: Funeral ceremony of Jean-Claude Gaudin
7min

Politique

Sabrina Roubache candidate aux sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : « J’invite le premier ministre et le Président à s’occuper de cette affaire », réagit Renaud Muselier

La ministre du gouvernement Lecornu, proche d’Emmanuel et de Brigitte Macron, pourrait bien se présenter aux sénatoriales en septembre prochain. Sabrina Roubache se retrouverait ainsi face au président de la région PACA, Renaud Muselier, déjà candidat et lui aussi membre de Renaissance… « On va voir si elle va faire sa liste. On va voir comment ça finira », réagit auprès de publicsenat.fr le président de la région, qui juge « inamicale » sa candidature.

Le

Illegal Teknival Party Held on Military Firing Range in Cornusse
6min

Politique

Rave-parties : quelles législations chez nos voisins européens ?

Du Royaume-Uni à l’Italie, plusieurs pays européens ont renforcé leur arsenal répressif contre les free parties. En France, une rave géante a réuni le 1er mai près de Bourges quelque 17 000 participants selon la préfecture. Le gouvernement entend désormais criminaliser plus sévèrement organisateurs et festivaliers.

Le

Démission de Wauquiez : « Sommes-nous encore capables de faire plus de 10% à une élection nationale ? »
3min

Politique

Rave-party dans le Cher : « Il faut un système beaucoup plus répressif en France », affirme la sénatrice centriste Isabelle Florennes

Invitée de la matinale de Public Sénat, Isabelle Florennes a détaillé les propositions sénatoriales pour « mieux réprimer » les rave-parties, alors qu’une nouvelle fête a réuni des dizaines de milliers de personnes dans le Cher ce week-end. Peines de prison, usage de drones, accès aux messageries cryptées… autant de mesures reprises par le gouvernement dans son projet de loi dit « Ripost », dont la sénatrice centriste se félicite.

Le