Le scandale des violences dans le périscolaire a pesé sur cette rentrée scolaire. Ce vendredi, plus d’une quinzaine de familles ont annoncé porter plainte contre Anne Hidalgo, maire de Paris de 2014 à 2026, contre Patrick Bloche, son ancien adjoint en charge des affaires sociales, et contre Emmanuel Grégoire, actuel maire de la ville. Fin août, trois plaintes avaient déjà été déposées contre l’ancienne édile et son adjoint par des parents de l’école Saint Dominique.
Les familles dénoncent une « omerta systémique »
Les familles, membres du collectif MeTooEcole, accusent les mis en cause d’avoir eu connaissance « du caractère systémique du péril ». La plainte mentionne la mise en danger délibérée d’autrui, la non-assistance à personne en danger et la non-dénonciation d’infraction sur les enfants. D’après la porte-parole du collectif, Barka Zerouali, « ces faits révèlent l’omerta systémique qui s’est installée au sein de la Ville de Paris ».
132 animateurs suspendus depuis le début 2026
Depuis le début de l’année 2026, la ville de Paris a suspendu 132 animateurs, dont 52 pour suspicion de violences sexuelles ou sexistes. Mais ces faits ne se limitent pas à la capitale. Ce matin, la cellule investigation de Radio France révèle que les vingt plus grandes villes de France sont confrontées à des signalements pour violences dans le périscolaire. Angers, Lyon, Toulon, Le Havre ou encore Lille sont concernées, par exemple.
« Qui peut imaginer la maire de Paris vouloir protéger des prédateurs sexuels ? »
« Il n’y a jamais eu de la part d’Anne Hidalgo ni défaillance, ni faiblesse, ni inaction. Qui peut imaginer la maire de Paris vouloir protéger des prédateurs sexuels ? », réagit son avocat, Patrick Klugman. Du côté de l’actuel maire de Paris, on assure « prendre acte » et « se [tenir] naturellement à disposition pour apporter toute sa coopération à la justice ». Son entourage l’affirme, depuis le début de son mandat en mars 2026, il est « pleinement mobilisé en faveur de la protection des enfants et la sécurité dans le périscolaire, tant pour accompagner les victimes et leurs familles que pour renforcer les dispositifs de prévention, de signalement et de contrôle ». Le sujet est politiquement explosif : il est venu percuter de plein fouet la campagne municipale d’Emmanuel Grégoire, sommé de se prononcer sur le dossier. Le nouveau maire a fait du périscolaire une « priorité absolue » de son mandat, avec un plan de 20 millions d’euros. Il a rencontré les familles après sa prise de poste, lancé une convention citoyenne sur le périscolaire et ouvert une école de formation des animateurs.
« C’est un sujet qui dévaste tout le monde »
« On aurait tort collectivement d’imaginer une seconde que le sujet est seulement parisien », avertit Colombe Brossel, sénatrice PS de Paris, « aujourd’hui dans les villes grandes et petites, la parole est écoutée, pas encore parfaitement. C’est ce grand mouvement qu’il faut accompagner ». « C’est un sujet qui dévaste tout le monde », reconnaît-elle, « il y a certainement des dysfonctionnements dans les remontées d’information aux familles. Il y a une forme de prise de conscience globale des élus et des administrations, et on doit arriver à le traduire en mesures législatives ».
« Il y a une attente très forte que la responsabilité de la ville de Paris soit examinée »
La droite parisienne a pris la main sur ce dossier. Sa représentante au Sénat, Agnès Evren, a lancé à l’été 2026 une commission d’enquête sur les violences dans le périscolaire. La conseillère LR de Paris Inès de Raguenel est la présidente de la mission d’information et d’évaluation transpartisane de la ville de Paris dédiée au dossier. « Il y a une attente très forte que la responsabilité de la ville de Paris soit examinée. C’est pour cela qu’on a demandé une mission d’information et d’évaluation de la ville et qu’Agnès Evren a demandé une commission d’enquête. La multiplication des cas pose la question du recrutement et du contrôle », affirme Nelly Garnier, conseillère LR de Paris et membre de la mission. « Les familles restent très en attente de réponses. En cette rentrée, des parents retirent leurs enfants du périscolaire. Cela témoigne d’une rupture de confiance envers l’école publique », s’inquiète-t-elle.
« Je considère que c’est un problème de ressources humaines sur une réforme inadaptée »
Dans ce scandale, c’est la réforme des rythmes scolaires de Vincent Peillon qui est pointée du doigt par la droite. Mise en place en 2013, elle fait passer la semaine de quatre à quatre jours et demi pour les élèves de primaire, en allongeant la pause de midi à 1h30, augmentant significativement les besoins d’animateurs périscolaires. Cette réforme a été décriée par certaines communes, qui l’ont abandonnée, et par un rapport du Sénat de 2017, qui juge la méthode « inefficace » et regrette une « impréparation coupable ». « Je considère que c’est un problème de ressources humaines sur une réforme inadaptée. Elle a amené à faire des recrutements sans contrôle », dénonce Nelly Garnier, « à Paris, il y a eu un choix politique de soutenir la réforme coûte que coûte, de la mettre en place très rapidement et de la maintenir, alors que beaucoup de villes sont revenues dessus ».
Des accusations contre lesquelles Anne Hidalgo, Patrick Bloche et Emmanuel Grégoire pourront se défendre. Les deux premiers seront entendus par la commission d’enquête du Sénat le 15 septembre prochain. L’actuel maire de Paris y est attendu le 16. En attendant, il sera auditionné par la mission d’information et d’évaluation de la ville mardi prochain.