Français bloqués à l’étranger : « C’est l’échec de la politique sanitaire du gouvernement »
L’interdiction de sortir ou de rentrer sur le territoire, « sans motif impérieux », a plongé bon nombre de Français établis hors de France dans le désarroi, au point de faire émerger une pétition rassemblant 16 000 signatures, un hashtag #JeVeuxRentrerChezMoi, et un recours devant le Conseil d’Etat.

Français bloqués à l’étranger : « C’est l’échec de la politique sanitaire du gouvernement »

L’interdiction de sortir ou de rentrer sur le territoire, « sans motif impérieux », a plongé bon nombre de Français établis hors de France dans le désarroi, au point de faire émerger une pétition rassemblant 16 000 signatures, un hashtag #JeVeuxRentrerChezMoi, et un recours devant le Conseil d’Etat.
Public Sénat

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

« Le gouvernement a brandi l’arme ultime par facilité. Il est tombé dans le liberticide en prenant cette décision car il n’a pas été capable de mettre en place des contrôles stricts dans les aéroports et dans les ports. C’est l’échec de la politique sanitaire du gouvernement ». Hélène Conway-Mouret, sénatrice PS des Français établis hors de France ne décolère pas depuis l’annonce de Jean Castex le 29 janvier dernier de fermer les frontières aux pays extérieurs à l’Union européenne, « sans motif impérieux ».

« L’absence totale jusqu’alors de contrôles dans nos aéroports et nos ports »

La veille, la sénatrice adressait d’ailleurs une question écrite au ministre de la Santé Olivier Véran dans laquelle, elle l’alertait sur « l’absence totale jusqu’alors de contrôles dans nos aéroports et nos ports, afin de vérifier les tests PCR des passagers arrivant en France ». « Je n’ai pas eu de réponse. Les choix faits par le gouvernement nous plongent dans une incompréhension totale. Même en Europe, nos partenaires européens sont en capacité de faire ces contrôles », appuie-t-elle.

« Nous avons fait un déplacement à Roissy au mois de septembre dans le cadre de la commission d’enquête du Sénat sur l’épidémie de covid-19 et on s’est rendu compte des défaillances du contrôle sanitaire. La doctrine : tester, tracer, isoler, était inexistante. » confirme Damien Regnard, sénateur LR des Français établis hors de France

Depuis le 31 janvier, date de la fermeture des frontières, les conseillers consulaires sont débordés de demandes de Français s’interrogeant pour savoir si la raison de leur voyage pourrait correspondre « aux motifs impérieux ». Ils sont listés dans l’attestation de déplacement téléchargeable sur le site du ministère de l’intérieur. Une vingtaine de motifs y sont définis tels que « l’urgence médicale vitale », « la convocation par une autorité judiciaire ou administrative » ou encore « l’assistance aux personnes âgées, malades ou handicapées ».

« Je reçois chaque jour une vingtaine de mails de cas plus terribles les uns que les autres »

« C’est une liste qui s’allonge de jour en jour. Vous avez des motifs qui sont légitimes mais qui ne sont pas impérieux. Par exemple, vous avez un parent qui a la maladie d’Alzheimer. Il n’est pas en fin de vie, ça n’en fait pas partie. Je reçois chaque jour une vingtaine de mails de cas plus terribles les uns que les autres », explique Damien Regnard.

Une pétition lancée par Yan Chantrel, conseiller élu à l’Assemblée des Français de l’Étranger pour le Canada, a déjà rassemblé plus de 16 000 personnes. Ils demandent « le retrait de cette « décision discriminatoire interdisant l’entrée et la sortie des Français de leur propre pays ». Et les témoignages affluent sur les réseaux sociaux sous le hashtag #JeVeuxRentrerChezMoi.

La question de la légalité de cette mesure sera tranchée prochainement, le Conseil d’Etat a été saisi par plusieurs Français résidant aux Etats-Unis. « Si la loi peut restreindre, de façon strictement proportionnée aux risques sanitaires encourus, et appropriée aux circonstances de temps et de lieu, le droit d’aller et venir sur le territoire français et le droit de le quitter. Il est impossible de restreindre d’aucune façon ou d’interdire à un ressortissant français de revenir en France », assure dans le Figaro, Me Pierre Ciric, avocat à New York qui a déposé le recours devant la plus haute juridiction administrative.

Damien Regnard déplore cette décision prise « à la va-vite et sans la consultation des élus établis hors de France, mais surtout l’atteinte aux libertés fondamentales qu’elle entraîne. L’élu met en avant l’article 4 de la Convention de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales selon lequel, « nul ne peut être privé du droit d’entrer sur le territoire de l’Etat dont il est le ressortissant, mais aussi le droit à la vie privée. « Les compagnies aériennes recrutent des agents locaux qui sont en charge de contrôler les justificatifs des passagers au départ de l’avion. Mais de quel droit un agent d’une compagnie aérienne peut décider si votre certificat médical est valable ? Où est le secret médical ? C’est de toute manière totalement inopérant et incohérent. Pourquoi interdire l’entrée sur le territoire en provenance de pays non européen alors que le Portugal, par exemple, est fortement touché par l’épidémie ? Vous pouvez aussi prendre un avion à destination d’un autre pays européen et rejoindre la France par la suite. J’ai eu aussi l’exemple de résidents au Royaume-Uni, qui ont eu leurs deux doses de vaccins contre le covid mais qui, malgré ça, ne peuvent pas rentrer en France ».

« Les Français sont tout à fait prêts à suivre les protocoles sanitaires qui seront mis en place ; Mais qu’on les laisse rentrer chez eux », conclut Hélène Conway-Mouret.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Pierre-Yves Bournazel Holds Major Campaign Rally in Paris
8min

Politique

Présidentielle 2027 : « Le comité de liaison a acté qu’il y avait sur la primaire un désaccord entre Edouard Philippe et Gabriel Attal »

Le comité de liaison du bloc central, qui réunit Horizons, Renaissance, Modem, UDI et Parti radical, ne suit pas Gabriel Attal, qui n’écarte pas de recourir à une primaire, début 2027, pour départager les candidats. « Très majoritairement, cette idée de primaire a été plutôt mise de côté », confie un membre du conclave, qui s’est réuni ce mercredi à la questure du Sénat. Prochaines réunions : en juillet, puis les mois suivants.

Le

Français bloqués à l’étranger : « C’est l’échec de la politique sanitaire du gouvernement »
2min

Politique

Affaire Lyhanna : le groupe communiste demande une nouvelle fois la création d’une délégation des droits de l’enfant au Sénat

A la sortie des questions d’actualité au gouvernement, la présidente du groupe communiste du Sénat, Cécile Cukierman a indiqué qu’elle avait demandé au président du Sénat, Gérard Larcher, la création d’une délégation des droits de l’enfant au Sénat. Une demande rejetée à plusieurs reprises par la chambre haute ces dernières années.

Le

Français bloqués à l’étranger : « C’est l’échec de la politique sanitaire du gouvernement »
3min

Politique

« Liste noire » dans l’Education nationale : « Aucun individu dangereux ne doit pouvoir mettre les pieds dans une école », défend le ministre

Le gouvernement souhaite lister dans un fichier les personnels licenciés par l’administration en raison de comportements inappropriés avec les mineurs, même sans décision de justice. « Ils ne pourront plus rentrer par la fenêtre quand on les a chassés par la porte », défend Édouard Geffray le ministre de l'Éducation nationale.

Le

Français bloqués à l’étranger : « C’est l’échec de la politique sanitaire du gouvernement »
3min

Politique

Affaire Lyhanna : « Le viol est un problème d’hommes, le meurtre est un problème d’hommes », dénonce la sénatrice écologiste, Mélanie Vogel

Dans la foulée du meurtre de la jeune Lyhanna dans le Gers et de celle de Noahm à Metz sur fond d’homophobie, la sénatrice écologiste, Mélanie Vogel a livré un réquisitoire sévère contre « le système des violences masculines », lors des questions d’actualité au gouvernement du Sénat.

Le