Le torchon brûle entre François Ruffin et Raphaël Glucksmann. L’ancien « insoumis », lancé dans la course à l’Elysée, a interpellé sur le réseau social X Raphaël Glucksmann, le co-fondateur de Place publique, donné favori de la primaire qu’organise le Parti socialiste les 9-10 et 16-17 octobre, évoquant la possibilité d’élargir ce mode de désignation à sa candidature. Il faut dire que l’idée est poussée par Olivier Faure, le Premier secrétaire du PS – également candidat à cette primaire –, et qui militait initialement pour la tenue d’un scrutin rassemblant l’ensemble des principales forces de gauche, hors LFI, avant qu’un vote des militants ne tranche en faveur d’une primaire réservée au seul pôle social-démocrate.
« Olivier Faure propose, à nouveau, une primaire de ‘Ruffin à Glucksmann’ et un coût de participation de deux euros. Pour moi, c’est oui. Et toi, @rglucks1, que réponds-tu ? (…) Je te propose même un débat, pour que tu t’en expliques, de ça et de tes choix. Il y a bien une chaîne que ça intéresserait, non ? », écrit François Ruffin. Réponse de l’intéressé : « Les militants socialistes ont tranché, on ne change pas les règles en cours de jeu. »
Depuis cet échange, les soutiens des uns et des autres ont multiplié les prises de position et les interpellations sur les réseaux sociaux, donnant le ton d’une campagne qui débute à peine, et que l’entourage d’Olivier Faure promettait d’être « apaisée et sans coup bas ». Il faut dire que depuis plusieurs semaines, François Ruffin joue les empêcheurs de tourner en rond : le président de Debout ! a fait une apparition à Blois fin août, pour la rentrée politique des socialistes, fustigeant devant un parterre de journalistes un « suffrage censitaire », alors que les sympathisants de gauche non-adhérents de l’un des partis organisateurs de la primaire devront s’acquitter d’un tarif de 15 euros (10 euros pour les faibles revenus) pour pouvoir voter.
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« Comment peux-tu prétendre incarner la gauche sociale-démocrate ? »
Trois partis se sont accordés sur l’organisation de cette primaire : le Parti socialiste, Place publique et la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), le petit parti du député Emmanuel Maurel. Au-delà du fait que les candidats doivent appartenir à l’une de ces trois formations, ils devront également signer une charte des valeurs, par laquelle ils s’engagent à soutenir celui qui sera élu. Or, du côté de Place publique, d’aucuns estiment que les positions de François Ruffin, comme sa proximité passée avec Jean-Luc Mélenchon, l’excluent d’office de cet attelage. « Tu es anticapitaliste, tu es souverainiste, tu es contre le nucléaire civil, tu es opposé à la régularisation des travailleurs étrangers. Sans ton crime de lèse-majesté, tu serais encore avec La France insoumise. Comment peux-tu prétendre incarner la gauche sociale-démocrate ? », a épinglé le député Sacha Houlié, un proche de Raphaël Glucksmann, sur X.
« Quand Raphaël Glucksmann dit qu’il est contre la nationalisation d’Arcelor, on peut en débattre, mais il faut rencontrer les salariés et les syndicats », plaide François Ruffin auprès de Public Sénat. « Je ne suis pas favorable à l’entrée de l’Ukraine dans l’Union européenne, mais on peut en débattre. Par contre, je suis contre la TVA sociale que propose François Hollande, qui est une TVA anti-sociale », détaille-t-il.
Une partie à trois joueurs
De son côté, la direction du PS assure qu’elle est tenue par le vote de ses militants, en dépit des déclarations de son Premier secrétaire qui continue de vouloir élargir le scrutin. Par ailleurs, lors des négociations estivales sur le détail de l’organisation de cette primaire, les partis se seraient entendus sur une règle stricte : pas de changement du périmètre de participation sans l’accord préalable de l’ensemble des organisateurs, explique-t-on. En clair, « tout candidat membre d’une organisation qui n’est pas le PS, Place publique ou GRS, ou qui n’appartient à aucune organisation politique, devra obtenir le consensus des trois autres organisations », détaille Johanna Rolland, la première secrétaire déléguée du Parti socialiste. « À ce jour, nos trois organisations n’ont pas été formellement sollicitées par un autre parti qui souhaiterait participer à cette primaire », ajoute-t-elle.
Le cas échéant, il y a désormais fort à parier que Place publique y mette son veto. « De toute façon, au lendemain de la désignation, il faudra bien engager un dialogue avec les autres forces de gauche, c’est une nécessité », tempère un poids lourd socialiste.
Multiplication des candidatures
À ce stade, sept candidats sont désormais déclarés à cette primaire. Outre Raphaël Glucksmann et Olivier Faure, on compte sur la ligne de départ les députés Jérôme Guedj, Philippe Brun et Emmanuel Maurel, l’ancienne ministre Ségolène Royal et Fabien Verdier, l’ancien maire de Châteaudun. Chaque parti fixe « ses propres conditions de recevabilité des candidatures présentées en son nom », indique le PS. Pour les socialistes, les candidats devront justifier d’un certain nombre de parrainages : 15 membres titulaires du Conseil national du Parti socialiste, ou 10 parlementaires socialistes, ou 50 maires socialistes, ou encore 50 conseillers départementaux ou régionaux socialistes. Une manière d’éviter la multiplication des candidatures chez les roses.
Le dépôt des candidatures s’achève le 15 septembre. Passé cette date, une commission d’organisation de la primaire, composée de membres des différents partis, et présidée par l’ancien député PS Patrick Mennucci, se réunira pour examiner leur recevabilité. Le scrutin, baptisé « Choisir 2027 » se tiendra électroniquement ; le vote pour le premier tour sera ouvert du vendredi 9 au samedi 10 octobre à 20 heures, et celui pour le second tour une semaine plus tard, du vendredi 16 au samedi 17 à 20 heures. Les résultats devraient être communiqués dans la foulée.