C’était l’un des enjeux de l’après sénatoriales. Le RN, qui a réussi à créer le premier groupe Rassemblement national de l’histoire du Sénat, allait-il obtenir aussi une vice-présidence dans le bureau de la Haute assemblée ? La réponse est oui, du moins en partie.
Il y aura plus exactement une vice-présidence tournante, qui sera partagée entre le groupe Union nationale pour les territoires (RN-UDR), le groupe écologiste et le groupe Les Indépendants (à majorité Horizons).
Selon les informations de publicsenat.fr, pour le groupe RN, c’est le sénateur du Pas-de-Calais, Christopher Szczurek, qui sera le vice-président. Pour le groupe Ecologiste, c’est le sénateur Place Publique Bernard Jomier, qui a rejoint le groupe, qui obtient la vice-présidence. Pour le groupe des Indépendants, c’est le sénateur Horizons du Maine-et-Loire, Emmanuel Capus, qui a été désigné face à Laure Darcos, qui aura un poste de secrétaire. Le poste de vice-président sera occupé un an par chaque groupe. L’ordre pourrait se faire par tirage au sort.
Trois groupes ex aequo
Comment expliquer cette « VP » tournante ? Après une semaine de « mercato » particulièrement compliquée cette année, on connaît depuis lundi la composition exacte des effectifs de chaque groupe. C’est elle qui définit la répartition des postes au sein du bureau du Sénat (3 questeurs, 8 vice-présidents, 14 secrétaires).
Avec 15 sénateurs, le groupe d’extrême droite est dernier ex aequo, avec les groupes écologiste et des Indépendants. Du côté du RN/UDR, l’arrivée de Sylvie Goy Chavent, venue du groupe LR, a permis d’atteindre le nombre de 15. Les écolos, qui ont réussi à attirer les deux sénateurs Place Publique (Grégory Blanc, qui était déjà au groupe écolo, et Bernard Jomier, qui était chez les socialistes), est aussi à 15. Tout comme le groupe Les Indépendants – République et territoires, largement affaibli après le scrutin, passant de 20 à 15 membres. Comme publicsenat.fr l’a raconté, son président a dû faire face à une fronde interne menée par le sénateur Louis Vogel, qui a été aussi en contact avec des sénateurs Nouvelle énergie pour la création d’un éventuel groupe. Au final, plusieurs membres des Indépendants ont rejoint le groupe centriste et deux sont allés au RDSE.
Bilan des courses, trois groupes à égalité. Selon le calcul des services du Sénat sur la composition du bureau, qui se fait selon une répartition à la proportionnelle de chaque groupe, cette solution d’une vice-présidence tournante est apparue. L’idée d’une neuvième vice-présidence était « dans les tuyaux » encore hier, selon plusieurs sources sénatoriales, mais elle est finalement écartée pour cette « VP » tournante. Ce n’est pas une première.
Le groupe écologiste appelle les autres groupes au « cordon sanitaire » contre le RN
Reste que chez les écolos, certains grincent un peu des dents ce mardi matin, d’autant que sa nouvelle présidente, Mélanie Vogel, appelait au « cordon sanitaire » contre le RN, au soir des sénatoriales. « Oui, surtout que nous aurions pu être 15 et éviter ça », lâche un membre du groupe. Il parle ici du refus de son groupe d’accueillir le premier sénateur LFI, Gabriel Amard, gendre de Jean-Luc Mélenchon. Yannick Jadot, qui soutient Raphaël Glucksmann, et Thomas Dossus, qui était face à lui pour la campagne dans le Rhône, s’y sont notamment opposés. Mais à 16, la huitième vice-présidence aurait pu revenir au groupe écologiste.
Face à l’arrivée de ce « VP » RN, le groupe a néanmoins rappelé, dans un courrier envoyé aux autres présidents de groupe, la nécessité d’un « cordon sanitaire » face au RN. S’il « pourra bénéficier d’une représentation au bureau du Sénat, du fait d’un règlement corseté qui ne permet pas de vote sur les postes importants et renvoie cette question politique à une désignation technique », les écologistes entendent malgré tout « ne pas collaborer avec ce groupe ». Soit ne rien voter qui viendrait de lui.
Le RN réussit ainsi un coup double : il est parvenu à créer un groupe, au détriment essentiellement du groupe LR, qui perd 7 sièges (de 131 à 124 sièges). Puis il obtient une vice-présidence tournante, qui était jusqu’ici du côté d’Horizons, via Les Indépendants. Le groupe de Claude Malhuret peut en effet avoir aussi quelques regrets. Les départs du groupe lui coûtent aussi une vice-présidence à plein.
Roger Karoutchi et Laurence Garnier vice-présidents LR
On connaît maintenant l’ensemble du bureau. Côté LR, le sénateur Roger Karoutchi a été désigné mardi 1er vice-président, comme nous le révélions hier. Laurence Garnier, une proche de Bruno Retailleau, est l’autre vice-présidente LR.
Les deux vice-présidents du groupe Union centriste et indépendants restent Loïc Hervé et Sylvie Vermeillet. Côté PS, c’est Jean-Claude Tissot, qui a été désigné.
Les trois questeurs restent Antoine Lefèvre (LR), Olivier Cigolotti (UCI) et Marie-Arlette Carlotti (PS).
Nathalie Delattre vice-présidente RDSE
Le RDSE a désigné ce matin l’ancienne ministre Nathalie Delattre comme vice-présidente, qui l’avait déjà été, et Jean-Yves Roux en secrétaire, un poste tournant là aussi, mais avec le groupe communiste.
Le vice-président communiste est Pierre Barros, sénateur du Val-d’Oise. Pour le groupe RDPI (Renaissance), qui conserve sa vice-présidence, le poste va tourner au sein du groupe. Ce sera d’abord la sénatrice de la Guadeloupe, Solanges Nadille, qui occupera le poste pendant les 18 premiers mois, puis le sénateur des Yvelines, Martin Lévrier, qui prendra le relais les 18 mois suivants.