Contrairement à ses concurrents dans la course à l’Élysée, Jean-Luc Mélenchon reste discret sur le plan médiatique. Il privilégie des prises de parole espacées, consacrées au détail de son programme. Cette conférence de presse s’inscrit dans cette logique : plutôt que d’enchaîner les déplacements, le candidat a choisi de profiter de la rentrée pour exposer les grandes priorités de sa campagne.
Cette intervention survient dans un climat de tensions sociales. Mardi 22 septembre, alors que la crise du détroit d’Ormuz continue de faire grimper les prix à la pompe, le gouvernement a présenté un plan de 450 millions d’euros. Il comprend une « règle d’or » sur la fiscalité des carburants et un doublement de l’aide aux automobilistes les plus dépendants de leur véhicule. Au sein de l’exécutif, certains redoutent le retour du spectre des Gilets jaunes, ce mouvement né en 2018 qui avait pris de court le pouvoir macroniste.
« Le gouvernement est dépassé par la situation »
Pour le candidat insoumis, les mesures annoncées ne sont pas à la hauteur de l’enjeu. Il accuse l’exécutif de « fluctuer entre des arguments qui ne tiennent pas plus debout les uns que les autres » et de mener une « politique incohérente qui n’a pas d’effet sur la situation ». Il vise en particulier le doublement de l’aide aux automobilistes, jugé sans rapport avec les sommes réellement dépensées par les « grands rouleurs » à la pompe.
Face à cette crise, Jean-Luc Mélenchon estime que la puissance publique a une obligation fondamentale : « C’est donc le devoir de l’État de répondre à l’état d’urgence social », a-t-il déclaré, jugeant qu’un État incapable de protéger ses citoyens perd le sens même de son existence.
Le blocage des marges plutôt qu’une baisse de la TVA
Jean-Luc Mélenchon s’est aussi démarqué des solutions défendues par ses concurrents, à commencer par la baisse de la TVA sur les carburants que prône Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national. Le candidat insoumis la juge inefficace : une baisse de taxe ne garantit pas, selon lui, que l’avantage fiscal soit intégralement « répercuté sur le prix payé par le consommateur ». Il en veut pour preuve la réduction de la TVA dans la restauration, dont l’effet sur les prix aurait été nul.
À cette approche fiscale, il oppose une intervention directe sur les marges des compagnies pétrolières, TotalEnergies en tête. « Ce qui est en cause, c’est les marges », a-t-il résumé. L’idée n’est pas nouvelle, La France insoumise défend depuis plusieurs années un encadrement des prix de l’énergie. Le candidat en a détaillé les deux volets. D’une part, un prix maximal de 1,70 euro le litre à la pompe, que l’État pourrait imposer en s’appuyant sur l’article L410-2 du Code de commerce, lequel l’autorise à réglementer les prix en cas de crise ou de situation anormale du marché. D’autre part, un plafonnement légal de la marge des raffineurs, afin que cette limite de prix ne fragilise pas les stations-service. La France insoumise accuse ces groupes d’avoir fortement accru leurs profits au détriment des consommateurs.
Jean-Luc Mélenchon écarte en revanche la nationalisation des groupes pétroliers, qu’il juge trop longue à mettre en œuvre face à l’urgence. Il a également devancé l’objection selon laquelle un tel dispositif mettrait les compagnies en péril : « Qu’on ne nous dise pas que Total s’écroulerait aussitôt », a-t-il lancé, en évoquant les bénéfices records que le groupe aurait engrangés depuis le début de la crise énergétique.
Le candidat a conclu son intervention par un appel à la mobilisation, en citant plusieurs rendez-vous militants à venir cet automne, dont la manifestation du 17 octobre pour le pouvoir d’achat. Le tribun insoumis détaillera son programme présidentielle lors d’une convention le 7 novembre.