Six mois après le déclenchement du conflit qui bloque le détroit d’Ormuz, le gouvernement a réuni ce mardi 22 septembre plusieurs ministres pour présenter un train de mesures destiné à amortir la hausse des prix des carburants, revenue à son plus haut niveau depuis le début de la crise. Roland Lescure, ministre de l’Économie, a d’abord rappelé le contexte géopolitique qui a fait replonger les prix à la pompe après une accalmie estivale : « Force est de constater que cette rentrée présente une situation dégradée ». Il a insisté sur le fait que la crise « est une situation que nous n’avons pas choisie, elle s’impose à nous ». Il a toutefois voulu se montrer rassurant sur l’approvisionnement : « pour les deux mois qui viennent, nous n’avons aucune inquiétude », tout en reconnaissant que « les incertitudes restent fortes »
Une « règle d’or » contre l’accusation de « cagnotte »
Pour couper court aux critiques sur une prétendue manne fiscale, David Amiel, ministre de l’Action et des Comptes publics, a rappelé que les recettes tirées des taxes sur les carburants (TVA et accises) ont au contraire reculé de « 407 millions d’euros par rapport à ce qu’on observait l’année dernière », la baisse des volumes consommés compensant la hausse des prix unitaires. Le gouvernement proposera ainsi un amendement au projet de loi de finances 2027 instaurant une règle d’or consistant au fait que tout éventuel surplus de recettes fiscales sur les carburants serait automatiquement redirigé vers des aides aux Français, une règle qui s’appliquerait aussi aux régions.
L’aide « grands rouleurs » doublée et élargie à 5,5 millions de bénéficiaires
Mesure phare des annonces, le dispositif de soutien aux automobilistes contraints d’utiliser leur véhicule pour se rendre au travail est renouvelé pour les mois d’octobre à décembre. Le montant de l’aide passe de 0,20 € à 0,40 € par litre équivalent, soit une indemnité totale de 100 € sur trois mois, contre 50 € auparavant. Le plafond de ressources est relevé, ouvrant le dispositif à environ 5,5 millions de Français, contre 3 millions jusqu’ici, jusqu’à 2 000 € nets mensuels environ pour une personne seule et un peu plus de 6 000 € pour un couple avec enfants. Les bénéficiaires de la précédente aide seront payés automatiquement, sans nouvelle démarche et le guichet ouvrira sur impots.gouv.fr en octobre.
Le plafond de défiscalisation de la prime carburant versée par les employeurs est par ailleurs relevé de 600 € à 1 000 € par an, et le chèque énergie, maintenu dans le budget 2027, sera versé dès janvier au lieu d’avril.
Pêcheurs, agriculteurs, BTP : les aides sectorielles prolongées jusqu’à fin décembre
Les dispositifs de soutien aux secteurs les plus exposés sont reconduits jusqu’au 31 décembre. Pour les pêcheurs, l’aide sera indexée sur le maximum autorisé par Bruxelles, couvrant 70 % de la hausse des coûts de carburant par rapport à l’avant-crise ; un prêt à taux zéro garanti par l’État, jusqu’à 50 000 € et opéré par Bpifrance, sera accessible dès le 1er octobre. L’aide GNR est reconduite à l’identique pour les agriculteurs et prolongée pour les entreprises du BTP de moins de 50 salariés (35 000 structures concernées), avec des reports de cotisations sociales possibles pour les entreprises en difficulté de trésorerie.
Un soutien renforcé pour les soignants à domicile
Stéphanie Rist, ministre de la Santé, a rappelé la vulnérabilité des professionnels du soin à domicile, alertant sur « une surmortalité des personnes à domicile » observée pendant la canicule. Elle a annoncé la création d’« un bonus territoire ruralité de 80 € » pour les infirmiers libéraux parcourant plus de 100 km par jour, soit « plus de 25 000 infirmières » concernées, ainsi qu’un accès élargi à l’aide grands rouleurs pour les aides à domicile faisant au moins 30 km quotidiens.
Sécuriser l’approvisionnement, miser sur l’électrique
En conclusion, Roland Lescure a résumé : « nous entendons les inquiétudes des Françaises et des Français […] et nous devons y répondre ». « Nous amplifions les aides en augmentant certains soutiens », avant de conclure : « nous allons rester agiles, parce que nous l’avons montré depuis sept mois, nous savons nous adapter à l’évolution de la situation ».
David Amiel a précisé que ces nombreuses mesures, chiffré à 450 millions d’euros, ne remet pas en cause l’enveloppe globale de 1,4 milliards d’euros déjà prévue pour faire face à la crise des carburants. Cela est lié à un recours plus faible qu’anticipé au dispositif grands rouleurs, dont « tous les Français qui y avaient droit ne l’ont pas demandé », seul un bénéficiaire potentiel sur deux environ ayant fait la démarche, ce qui a conduit le gouvernement à élargir aujourd’hui les critères d’éligibilité.