Législatives : le RN, déterminé à faire cavalier seul, repousse la main tendue de Reconquête !
L’union des droites espérée par les cadres du parti d’Éric Zemmour pour les législatives ne verra pas le jour. Le Rassemblement national, misant sur la dynamique enregistrée par Marine Le Pen à la présidentielle, écarte tout rapprochement, même local, avant le premier tour. En revanche, des désistements pourraient s’organiser selon les cas de figure au second tour.

Législatives : le RN, déterminé à faire cavalier seul, repousse la main tendue de Reconquête !

L’union des droites espérée par les cadres du parti d’Éric Zemmour pour les législatives ne verra pas le jour. Le Rassemblement national, misant sur la dynamique enregistrée par Marine Le Pen à la présidentielle, écarte tout rapprochement, même local, avant le premier tour. En revanche, des désistements pourraient s’organiser selon les cas de figure au second tour.
Romain David

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À chacun sa ligne de départ. L’appel de Reconquête !, le parti d’Éric Zemmour, à une grande coalition des droites en vue des élections législatives est resté lettre morte. Fin de non-recevoir du côté du Rassemblement national, dont la présidente Marine Le Pen avait déclaré durant l’entre-deux tours de l’élection présidentielle qu’elle ne voulait « rien négocier ». Au RN, les investitures sont quasiment bouclées, elles devraient être officialisées fédération par fédération dans les prochains jours. Même constat du côté d’Éric Zemmour, dans un communiqué publié mardi sur sa page Twitter, le polémiste d’extrême droite – qui a réuni 7,07 % des voix au premier tour de la présidentielle – se targue d’être en mesure de présenter 550 candidatures à travers toute la France. La liste devrait être divulguée « d’ici la fin de semaine », glisse un cadre, afin de laisser à certains dirigeants un temps supplémentaire de réflexion. « Éric et Guillaume [Peltier] n’ont pas encore pris leur décision », ajoute-t-on.

Parmi ces candidats, « beaucoup de jeunes que l’on va devoir former », relève le sénateur Sébastien Meurant, ex-LR, parti chez Éric Zemmour durant la campagne, et qui fait désormais partie du comité politique du mouvement. Le communiqué publié par Éric Zemmour fait état d’une moyenne d’âge de 41 ans, 155 candidats auraient même moins de 35 ans. « Nous formerons toute une nouvelle génération politique car nous sommes le parti de l’avenir et de la jeunesse », lit-on. « Il faudra leur apprendre le boîtage, cela nécessite une technique bien particulière », ironise le sénateur Stéphane Ravier, un transfuge du RN. Comprenez : l’art de glisser des tracts dans une boîte aux lettres. « Pour beaucoup, c’est un peu le baptême du feu. Pour une visite de quartier, ils ne savent pas nécessairement comment procéder. Dans la rue, sur les marchés, aller à la rencontre des habitants pour un tractage n’est pas toujours naturel. On va les accompagner, leur montrer les ficelles », explique l’élu des Bouches-du-Rhône. Les cadres du parti entameront à parti du 16 mai, date d’ouverture du dépôt des candidatures auprès des préfectures, un tour de France des régions pour s’afficher sur le terrain, aux côtés des postulants à la députation.

Dans l’ombre d’un RN hégémonique

Mais au sein du mouvement, on ne se fait guère d’illusions, face à des intentions de vote situées autour des 6 % au premier tour. Pour rappel, il faut au moins quinze élus pour constituer un groupe à l’Assemblée nationale. « Ce sera très difficile. Tout comme il sera difficile pour Marine Le Pen d’avoir un groupe conséquent », estime Sébastien Meurant. « On ne peut que regretter l’absence d’accord, cela aura des conséquences électorales. Alors que dans certaines circonscriptions, la victoire nous tend les bras », soupire Stéphane Ravier qui évoque les scores réalisés par l’extrême droite dans le sud de l’Hexagone, et notamment les départements du littoral méditerranéen. Aux élections législatives, un candidat doit rassembler au moins 12,5 % des inscrits pour pouvoir atteindre le second tour. Le risque est donc de voir les candidats RN et Reconquête ! se neutraliser du fait d’une dispersion des voix.

Au RN, on assure miser sur l’intelligence des électeurs. « Ils voient les choses. Marine Le Pen a fait plus de 23 % au premier tour, Éric Zemmour tout juste 7 %. Ils savent qu’elle est la mieux placée », assure Julien Sanchez, porte-parole du RN et membre de la commission nationale d’investiture. Le RN espère qualifier des candidats pour le second tour dans 300 circonscriptions où Marine Le Pen a réalisé de bons scores le 24 avril. « Il y a une dynamique grâce à la présidentielle. Aujourd’hui, nous appelons clairement au vote utile. N’oublions pas que c’est la candidature d’Éric Zemmour qui a failli faire accéder Jean-Luc Mélenchon au second tour », avertit Laurent Jacobelli, membre du bureau national du RN. Mais du côté de Reconquête !, on retourne l’argument : « Marine Le Pen a été la garantie de réélection d’Emmanuel Macron, maintenant elle est en train de permettre à Jean-Luc Mélenchon d’obtenir une majorité relative à l’Assemblée nationale. Elle joue avec le feu », estime Stéphane Ravier.

Mardi, le parti fondé par Jean-Marie Le Pen a dévoilé son affiche de campagne : la candidate et Jordan Bardella, le président par intérim du RN, y apparaissent côte à côte, sur un pied d’égalité. Le slogan ne laisse guère de doute quant au rôle prépondérant qu’entend se donner le parti durant le quinquennat à venir : « La seule opposition à Macron ». « La réalité, c’est que Marine Le Pen veut rester en situation de monopole sur le créneau de la droite nationale, parce qu’elle se sent en position de force », décrypte encore Stéphane Ravier. « Elle ne veut pas d’alliés, seulement des ralliés. C’est très dommage de penser à sa boutique avant de penser à la France », tacle-t-il.

Un rejet des alliances

« Les choses sont claires : pas d’alliances de parti. Marine Le Pen l’a dit et répété », rappelle Julien Sanchez. Si le programme de la députée du Pas-de-Calais et celui du polémiste se rejoignent sur de nombreux aspects, notamment les questions régaliennes, il existe aussi des points de divergences, sur les questions économiques ou l’âge de départ à la retraite par exemple. Rien qui ne paraissait insurmontable au camp d’Éric Zemmour, mais « l’exemple qui nous est donné par la coalition de gauche est là pour nous faire réfléchir », explique Laurent Jacobelli. « Des pro-nucléaires, des anti-nucléaires, des europhiles, des eurosceptiques… tout ce monde réuni sous la même bannière. Cela n’a pas beaucoup de sens pour les électeurs », dénonce-t-il. Surtout, le RN, qui s’est longtemps présenté comme « antisystème », se méfie des jeux d’alliances, ces « tripatouillages électoraux » selon la formule de Laurent Jacobelli, qui renvoient par trop au fonctionnement des vieux partis de gouvernement dont il a toujours prétendu dénoncer l’hégémonie sur la vie politique.

Au-delà des questions de ligne et de calcul politique, sans doute y a-t-il aussi une part de rancœur. Les noms d’oiseaux et les invectives échangés durant la campagne présidentielle par les deux candidats d’extrême droite ont laissé des marques, que l’appel d’Éric Zemmour à voter pour Marine Le Pen, le soir du 10 avril, n’a vraisemblablement pas suffi à effacer. « À partir du moment où Monsieur Zemmour insulte Marine Le Pen tous les jours pendant des mois, vous ne pouvez pas faire semblant », admet Julien Sanchez. Gage de bonne volonté : Reconquête ! n’investit personne dans la circonscription de Marine Le Pen, ni dans celles d’Éric Ciotti et de Nicolas Dupont-Aignan. « Je ne sais pas combien leur candidat aurait pu espérer faire face à elle », sourit Laurent Jacobelli. Un ancien responsable du RN, aujourd’hui soutien d’Éric Zemmour, évoque une présidente encline à « la rancune », « pas comme son père qui était plutôt prêt à pardonner à certains adversaires pour réaliser l’union des droites. »

Des désistements de circonstance au second tour

Mais la logique qui prévaut entre les appareils partisans n’est pas toujours la même à l’échelon local où des alliances de circonstance peuvent se nouer. Peut-on imaginer un candidat Reconquête et un candidat RN s’accorder sur une candidature commune ? « Je n’ai vu aucun candidat investi exprimer la volonté d’une alliance. Si cela se produit, vous nous contactez », balaye Julien Sanchez. Les consignes sont claires : pas de rapprochement avant le premier tour. Sur ce point, le sort de Philippe Vardon pourrait même servir d’avertissement. Ce conseiller régional RN en Provence-Alpes-Côte d’Azur, candidat aux législatives de 2017 dans la troisième circonscription des Alpes-Maritimes où il avait réuni 39,16 % des voix au second tour, devrait se voir privé d’investiture cette année. L’ancien responsable de l’antenne niçoise du Bloc identitaire avait récemment pris position pour l’union des droites, rappelle Nice-Matin. En dépit des questions posées par Public Sénat à des cadres du parti, il était difficile de connaître ce mercredi les véritables raisons de sa mise à l’écart. « Le candidat a créé son propre mouvement politique (‘Avec Philippe Vardon’, lancé le 3 mars, ndlr), ce qui est contraire à nos statuts. On ne peut pas être à la fois dedans et dehors. Voilà comment les choses se sont passées », explique Laurent Jacobelli.

En revanche, le RN pourrait se montrer plus souple, et plus pragmatique, pour le second tour. « Au second tour, il peut y avoir des accords de désistement qui nous amèneront à prendre nos responsabilités et nous pourrons nous désister et soutenir le candidat patriote le mieux placé », a déclaré Jordan Bardella au micro de CNews jeudi. Des propos tenus à peu de frais selon le sénateur Stéphane Ravier. « Jordan essaye de trouver un compromis pour casser cette image de repli sur soi. On a l’impression qu’il tend la main mais dans les faits, avec une abstention traditionnellement haute aux législatives, il y a peu de chance que l’on ait des triangulaires. Ce genre de déclaration ne l’engage à rien. »

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Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». Prenant l’exemple de la ville de Béziers, la mesure phare de Mohed Altrad est celle d’un couvre-feu au moins de 16 ans à partir de 22h, mais aussi doubler les effectifs de la police municipale et renforcer la vidéoprotection. Le maire sortant a défendu l’armement de la police municipale, la création d’une police des transports, le recrutement de 100 agents supplémentaires et le doublement des caméras de surveillance. Traitement des déchets La validation par le conseil de la Métropole de Montpellier d’une unité de valorisation énergétique par combustibles solides de récupération (CSR) est l’autre dossier chaud de l’élection. « C’est de la folie, c’est la pollution, c’est le cancer […] C’est une technologie expérimentale. Comme toute technologie récente, on a besoin de temps pour l’expérimenter », a dénoncé Mohed Altrad. Nathalie Oziol regrette qu’il n’y ait pas d’autres solutions envisagées. « Ce que nous proposons, c’est une convention populaire sur toute la gestion des déchets. 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