NANTES :  Electoral posters for municipal elections.
Crédit : Sebastien Salom-Gomis/SIPA

« Les partis ne parlent plus aux gens » : pourquoi de nombreux candidats aux municipales masquent leur appartenance partisane

Si les listes « sans étiquette » ont toujours été nombreuses dans les petites communes, de nombreux candidats affiliés à un parti affichent également une neutralité de façade dans les grandes villes. Une façon de se tenir à distance du chaos politique national. A l’exception notable du Rassemblement national et de La France insoumise, qui assument de nationaliser ce scrutin pour en faire un tremplin vers les présidentielles de 2027.
Christian Mouly

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Des affiches de campagne sans logo, des professions de foi expurgées de toute référence à un quelconque parti, des slogans dépourvus de connotation politique. La tendance semble claire pour les candidats aux élections municipales des 15 et 22 mars : s’éloigner le plus possible des querelles partisanes nationales. Rien de surprenant dans les petites communes, où le vivier restreint de candidats oblige historiquement à constituer des listes qui transcendent les clivages. Mais, cette année, les grandes villes n’échappent pas à cette volonté d’éclipser les enjeux nationaux.

« Beaucoup d’observateurs de terrain font remonter ce constat, confirme Bruno Cautrès, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). Le contexte politique national, confus et chaotique, explique ce choix de ne pas se référer aux partis politiques. D’autant que ces derniers ont perdu leur aptitude à parler aux gens. » En effet, à peine 15 % des Français font confiance aux partis, d’après le baromètre 2026 de la confiance politique du Cevipof. Loin du crédit accordé à la figure du maire (60 % des sondés).

Des figures nationales « sans étiquette »

Plus frappant encore, « l’absence d’engagement des poids lourds de la politique national, hormis pour le Rassemblement national et La France insoumise, poursuit Bruno Cautrès. On ne connaît donc rien de leur programme, de leur vision du rôle d’une mairie, de leur position sur les questions qui concernent tout le territoire, comme le logement. »

De nombreuses figures nationales, attachées de longue date à un parti, parfois députés, poursuivent ainsi une campagne présentée comme « sans étiquette ». C’est le cas de l’ancienne maire socialiste Catherine Trautmann à Strasbourg ; de Jean-Michel Aulas, soutenu par la droite et la majorité présidentielle, à Lyon ; du maire sortant Horizons Arnaud Robinet à Reims ; de l’ancien ministre macroniste Thomas Cazenave à Bordeaux ; ou encore de Sarah Knafo à Paris, eurodéputée et figure de proue de Reconquête.

Une orientation qui répond certes à l’état de l’opinion publique : seulement 19 % des votants « tiendront compte avant tout de la situation politique nationale le jour du scrutin », indique une étude réalisée par l’Ifop pour l’institut Terram auprès d’un échantillon de 10 000 personnes. Ils sont un peu plus nombreux dans les villes de plus de 500 000 habitants (28 %), mais encore très minoritaires. 36 % des Français estiment même que « c’est une bonne chose que leur maire rejette toute appartenance politique ».

Au centre, la difficulté de composer avec un Président impopulaire

Mais pour les membres de la majorité comme Thomas Cazenave, c’est surtout l’impopularité du Président qui est en cause. « Ce n’est pas les quelques points de popularité glanés récemment par Emmanuel Macron qui règlent le problème de fond : l’image du Président est très dégradée. Ce n’est guère mieux pour Sébastien Lecornu, qui est d’une grande discrétion. On ne sent pas l’appareil exécutif en ordre de bataille », insiste Bruno Cautrès. Ce, malgré les candidatures de plusieurs ministres, Rachida Dati en tête.

Dans ce contexte, se présenter sous la bannière présidentielle devient difficile à assumer explicitement. Antoine Armand, lui aussi ancien ministre macroniste, ne fait aucune mention de ses proximités partisanes dans le cadre de sa campagne à Annecy. Même attitude à Lille pour la députée Renaissance Violette Spillebout, dont la volonté d’ouvrir des postes d’adjoints municipaux au RN et à LFI une fois élue a suscité l’incompréhension dans son propre camp.

Beaucoup de candidats Renaissance sont également absorbés par des alliances conclues avec le centre et la droite. Cette année, seules sept listes sur l’ensemble du territoire disposent de l’étiquette Renaissance, contre 247 en 2020. Le parti veut éviter de rééditer l’échec d’il y a six ans, avec seulement 9 mairies gagnées. « L’idée n’est pas de planter notre drapeau partout comme la dernière fois. Notre stratégie est plus lucide : rejoindre une majorité sortante ou constituer un rassemblement », assume Franck Riester, chargé des élections au sein de Renaissance, dans les colonnes du Point.

Au PS et à LR, l’implantation locale plutôt que les consignes nationales

Du côté du Parti socialiste (PS) et des Républicains (LR), on craint aussi de nationaliser le scrutin. « Pour ces deux grands acteurs des élections municipales, très implantés localement, se mettre en avant comme parti impliquerait de devoir parler de leurs alliances. Une question très embarrassante, avec des prises de parole contradictoires des états-majors vis-à-vis de ce qui se passe au niveau local », note Bruno Cautrès. La traditionnelle dichotomie entre la tête et la base partisane s’en trouve décuplée.

Le PS en sait quelque chose. La semaine dernière, son bureau national a dégainé un communiqué qualifiant « d’antisémites » les récentes sorties de Jean-Luc Mélenchon et rejetant toute possibilité d’accord national au premier et au second tour avec LFI. Dans le même temps, des candidats LFI et PS figurent sur des listes communes dans une soixantaine de circonscriptions. Dans treize villes, le PS dirige même une liste qui comprend des candidats insoumis. A droite, l’alliance à Bourg-en-Bresse avec Reconquête, le parti d’extrême droite d’Éric Zemmour, fait grincer des dents au siège de LR, qui compte au total 201 listes à son nom, contre 389 en 2020.

LFI et le RN à rebours des autres partis

Le constat est évidemment bien différent pour le RN et LFI, deux partis pleinement engagés vers la présidentielle de 2027 et dont l’ancrage local n’a jamais fait la force. « Ce sont les challengers, ils ont tout à gagner. Ils veulent prouver que ce sont des acteurs clés et qu’ils ont une capacité de nuisance », affirme Bruno Cautrès. Jordan Bardella a lancé lui-même la campagne il y a plusieurs mois et, depuis, fait le tour des municipalités convoitées par le parti, en particulier sur les terres de conquête du Nord et du Sud-Est. Vendredi dernier, il s’est affiché avec le candidat Franck Allisio, à Marseille, avant de rejoindre le meeting d’Alexandra Masson, à Menton, en compagnie de son allié Éric Ciotti (UDR), en bonne position pour rafler la mairie de Nice.

Jean-Luc Mélenchon, lui aussi, a sa tête placardée sur bon nombre d’affiches de campagne LFI. Le leader insoumis a même donné un meeting à Lyon, théâtre de la mort de Quentin Deranque, pour y redire son « soutien à l’antifascisme ». Quitte à remettre de l’huile sur le feu et éclipser la campagne municipale. Ce soir-là, il avait à peine mentionné le nom de la candidate LFI Anaïs Belouassa-Cherifi.

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