Macron et la retraite : « Ce n’est pas un recul, l’objectif est d’arriver à 65 ans », selon François Patriat
Alors qu’Emmanuel Macron « ouvre la porte » à la retraite à 64 ans, l’opposition raille une « posture très politique » censée parler aux électeurs de gauche en vue du second tour. Mais les macronistes assurent que l’objectif des 65 ans est maintenu. « C’est un jour à gauche, un jour à droite, personne ne comprend plus rien », pointe le socialiste Patrick Kanner, qui pense « qu’Emmanuel Macron n’est pas serein ».

Macron et la retraite : « Ce n’est pas un recul, l’objectif est d’arriver à 65 ans », selon François Patriat

Alors qu’Emmanuel Macron « ouvre la porte » à la retraite à 64 ans, l’opposition raille une « posture très politique » censée parler aux électeurs de gauche en vue du second tour. Mais les macronistes assurent que l’objectif des 65 ans est maintenu. « C’est un jour à gauche, un jour à droite, personne ne comprend plus rien », pointe le socialiste Patrick Kanner, qui pense « qu’Emmanuel Macron n’est pas serein ».
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Nouvelle campagne, nouvelle posture ? A peine le premier tour passé, Emmanuel Macron est reparti sur le terrain. Lundi, dans les Hauts-de-France, le candidat s’est dit prêt à bouger sur la réforme des retraites. « On ne peut pas dire le dimanche soir « je veux rassembler » et quand on va écouter les gens dire « je ne bouge pas ». Les 65 ans ne sont pas un dogme », a-t-il affirmé. « J’ouvre la porte très clairement » à un âge de départ à 64 ans, a-t-il assuré sur BFMTV. « Peut-être que s’il y a trop de tensions, il faut s’arrêter en 2027, et ne pas préempter la suite », afin de « faire un consensus ».

Alors que Jean-Luc Mélenchon est arrivé en troisième position, fort de ses 21,95 %, on comprend que le candidat cherche à envoyer un signal à sa gauche, en lâchant un peu de lest sur les retraites, point de son programme davantage marqué à droite. Mais au lendemain de sa déclaration, les macronistes semblent minimiser ce bougé.

Juste « une mise au point »

« On avait bien dit qu’Emmanuel Macron ferait le deuxième tour en précisant ses propositions, en les affinant et éventuellement en les faisant évoluer », explique François Patriat, à la tête des sénateurs marcheurs. Mais pour ce fidèle du chef de l’Etat, « ce n’est pas un recul », juste « une mise au point. Et rien d’autre. L’objectif est d’arriver à 65 ans », soutient le sénateur LREM de Côte-d’Or. « Il a bien dit que s’il y a un accord qui permet d’y arriver dans des conditions plus acceptables, qu’il n’était fermé à rien », ajoute François Patriat, mais « le cap, c’est toujours 65 ans » assure-t-il, avec « des modalités intermédiaires ».

Même message relayé par une ministre : « L’objectif est de maintenir les 65 ans. Il va concerter sur les modalités ». « Lors de la conférence de presse sur son projet, il avait tout dit. Le programme peut être enrichi, s’il ne divise pas les Français, si ce n’est pas pour faire de la triangulation », assure la même, qui ajoute qu’« il n’y a pas de compromis de coalition, il n’y aura pas un deal avec LFI pour dire on retire telle chose ». Promis, il ne s’agit donc pas de viser l’électorat de gauche. « L’électeur de gauche, je ne sais pas ce que c’est, entre ceux qui ont voté Jadot, Mélenchon, etc », dit-on. « Il faut arrêter de penser qu’Emmanuel Macron s’adresse à la droite ou à la gauche, il s'adresse à tous les Français », soutient aussi François Patriat.

Lire aussi » Retraites : peut-on avoir recours à un référendum comme l’a évoqué Emmanuel Macron ?

Pour le sénateur LREM Xavier Iacovelli, délégué général de Territoires de Progrès, aile gauche de la macronie, c’est avant tout « une ouverture vers les Français qui étaient inquiets », même s’« il y a tout une partie de l’électorat de gauche qui n’a pas compris ou accepté cette proposition de réforme ». Pour le sénateur des Hauts-de-Seine, savoir évoluer se justifie : « Quand on fait campagne, on fait des promesses qui sont mises au débat, qui vont évoluer entre le premier et le second tour, en prenant en compte les attentes de Français ».

« Ils ont toujours refusé qu’on change l’âge de départ, lors du budget de la Sécu », rappelle le sénateur LR René-Paul Savary

A droite, où on digère encore difficilement l’énorme défaite de Valérie Pécresse, on raille « une posture très politique », réagit René-Paul Savary, sénateur LR de la Marne, Monsieur retraite au groupe LR. Il se rappelle qu’« ils ont toujours refusé qu’on change l’âge de départ, lors de l’examen de nos amendements au budget de la Sécu ». Quand Valérie Pécresse proposait 65 ans, la droite sénatoriale proposait ces dernières années de repousser l’âge de départ à 64 ans. « C’est l’âge qui permet d’équilibrer correctement le système à terme », souligne René-Paul Savary, qui attaque l’évolution du Président : « Il y a des mesures à prendre mais il faut avoir la volonté. Si on commence déjà à faiblir, à avoir la main qui tremble au premier jour de campagne de l’entre-deux tours, on se demande jusqu’où ça va aller ». Il ajoute : « Maintenant qu’il a siphonné la droite, il essaie de siphonner la gauche ».

Mais on voit que la droite risque de se diviser aussi sur le sujet. « Sur la réforme des retraites, on aura besoin de personnes venues de la droite pour faire avancer cette réforme. Il faudra travailler avec le Président, si c’est Emmanuel Macron qui est élu » via des « majorités de coalition qui poussent des projets », affirme sur BFMTV Franck Louvrier, maire LR de La Baule et ancien conseiller com' de Nicolas Sarkozy, qui vient de prendre position pour le chef de l’Etat…

« C’est une girouette qui est en train de perdre sa boussole »

A gauche, la sortie d’Emmanuel Macron passe mal aussi, notamment chez Patrick Kanner, président du groupe PS du Sénat. « C’est une intervention présidentielle en fonction de ses publics. Quand il est avec des retraités qui disent que ce n’est pas possible de partir à 65 ans, il change. Quand il est face à des gens de droite, il rechange », pointe du doigt le sénateur du Nord, qui s’étonne « des annonces à géométries variables sur des sujets aussi importants ». « Il n’y a pas de cohérence, pas de logique. C’est une girouette qui est en train de perdre sa boussole. Il a fait un programme de droite avant le premier tour, il a capté énormément de voix chez Pécresse, un peu chez nous. Et là, dans l’entre-deux-tours, un coup à gauche. Le grand écart permanent finit par faire mal aux adducteurs », ajoute Patrick Kanner, qui insiste :

C’est un jour à gauche, un jour à droite, personne ne comprend plus rien.

Le président du groupe PS « pense qu’Emmanuel Macron n’est pas serein ». « Je l’ai trouvé inquiet. Je ne l’ai pas trouvé bien hier », à la différence de Marine Le Pen, « calme et très sereine ». « Elle est en train de changer le rapport de force et ça, c’est très inquiétant », note Patrick Kanner. D’autant que le calcul que semble faire Emmanuel Macron n’est pas le bon, selon l’ancien ministre des Sports. « Il ne peut pas parler à la gauche en ayant bâti le programme qu’il a bâti, avec le RSA, la retraite, le non effort pour les plus riches », met en garde Patrick Kanner, qui pense qu’Emmanuel Macron devrait plutôt « dire qu’il est le candidat de la France républicaine, qui empêche la France d’extrême droite d’arriver au pouvoir. C’est le front républicain. Mais hier, il dit que les gens voteront pour lui pour son programme… » Il faudra voir si ne bouge pas encore. Emmanuel Macron devrait se déplacer au Havre, ville d’Edouard Philippe, en fin de semaine. L’ancien premier ministre avait plaidé lui pour un report de l’âge de départ à la retraite jusqu’à 67 ans.

Lire aussi » Retraites : Manuel Bompard (LFI) demande à Emmanuel Macron « de s’engager clairement » sur un référendum

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