Déposée en juin sur le site de l’Assemblée nationale par un particulier, la pétition appelant à « supprimer CNews de l’audiovisuel français » a vu le nombre de ses signataires décoller après l’attentat raciste de Trappes et de La Verrière (Yvelines), qui a conduit à la mort d’un jeune homme, Pengo Bossio Wangi, et a fait sept blessés, dont une fillette de 11 ans. Kevin Tessier, le tireur présumé, a reconnu en garde à vue avoir voulu cibler spécifiquement des personnes « de type musulman ou africain/nord-africain ». Mercredi, la pétition dépassait les 800 000 signatures.
Le seuil des 500 000 signatures, largement dépassé, a déclenché une réunion du bureau de la commission des affaires culturelles de l’Assemblée, compétente sur le sujet. Son président, Alexandre Portier (LR), a indiqué qu’il allait être « proposé un rapporteur » pour que la commission examine « dans les prochains jours le classement (sans suite, NDLR) ou l’organisation d’un débat suite à la pétition ».
« Aumône jetée au visage de la République »
Au Sénat, la sénatrice écologiste Antoinette Guhl a interpellé le gouvernement sur ce sujet lors des questions d’actualité du Sénat. « En 2026, c’est 300 000 euros d’amende pour CNews. Vous trouvez cela élevé par rapport aux milliards détenus par la famille Bolloré ? C’est l’aumône jetée au visage de la République. Le prix pour pouvoir continuer le travail méthodique de sape de notre démocratie. Toujours les mêmes obsessions, les étrangers, l’immigration, les Noirs, les Arabes, du matin au soir, le racisme à toutes les sauces. Entrée, plat, dessert », a-t-elle lancé avant d’ajouter : « Dans le complot contre la France que mène aujourd’hui l’Empire Bolloré, rien n’est laissé au hasard. Tout est méticuleusement calculé et cela conduit à la violence. Après l’attentat raciste de Trappes, nous n’avons plus le choix, nous devons agir et agir vite », a-t-elle plaidé, demandant au gouvernement de doter l’Arcom « d’outils juridiques » pour que le racisme n’ait définitivement plus sa place sur les fréquences publiques.
Pour lui répondre, la ministre de la Culture, Catherine Pégard, a considéré que le débat sur la ligne éditoriale d’un média audiovisuel était « légitime » mais qu’il ne lui appartenait pas de le « préempter ». Elle a rappelé que la liberté de communication et éditoriale des chaînes telle que définie dans la loi de 1986 sur l’audiovisuel s’exerçait dans les limites fixées par la loi, telles que l’injure, la diffamation, l’incitation à la haine…
« Cet équilibre est placé sous le contrôle du juge, mais aussi sous le contrôle d’une autorité indépendante, l’Arcom. Ce sont les garants de nos libertés fondamentales. C’est à eux qu’il revient d’apprécier si ces principes, si ces règles sont respectées, et le cas échéant d’en tirer les conséquences ». La ministre a également évoqué le projet de loi contre le racisme et l’antisémitisme qui sera examiné en décembre au Sénat. « Il permettra de compléter utilement l’arsenal législatif en matière de lutte contre les propos haineux, discriminatoires, en particulier en ligne ».