Budget 2027 : la rapporteure générale du budget au Sénat tire à boulets rouges sur le scénario du gouvernement

« Une récession n’est pas à exclure » : la rapporteure générale du budget au Sénat tire à boulets rouges sur le scénario du gouvernement

Dans son rapport sur les grands équilibres du budget 2027, la sénatrice Christine Lavarde (LR) se montre extrêmement critique sur la stratégie budgétaire du gouvernement. Le redressement budgétaire est « à l’arrêt », selon elle, est repose trop sur les prélèvements obligatoires, plutôt que sur les économies. Le scénario macroéconomique est par ailleurs « trop optimiste » à ses yeux, ce qui ouvre la porte à une « nouvelle désillusion ».
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Au fil des auditions ou de ses interventions publiques, la rapporteure générale du budget au Sénat n’avait jamais caché son incrédulité face aux grands équilibres du projet de loi de finances pour 2027. Son rapport général sur le contexte économique et financier, adopté en commission ce 4 novembre, met en évidence les fragilités et les défauts des textes budgétaires.

Pour Christine Lavarde (LR), la prévision de croissance de 1 % établie par le gouvernement pour l’an prochain, sur laquelle se fondent les prévisions de recettes est « hors sol ». « Construire un budget sur une hypothèse optimiste, c’est prendre le risque d’une nouvelle désillusion. L’optimisme n’est pas une stratégie budgétaire », a dénoncé ce matin devant ses collègues la sénatrice des Hauts-de-Seine.

Nous sommes « entre le scénario défavorable et le scénario très défavorable »

Selon elle, le gouvernement « semble rejouer la partition exagérément optimiste du début du quinquennat ». On se rappelle l’accident budgétaire de l’année 2023, avec des recettes qui n’ont pas été au rendez-vous. Les prévisions de rebond de l’investissement, du côté des entreprises, et dans une moindre mesure des ménages, sont notamment pointées du doigt, alors que le climat des affaires est particulièrement sombre.

Les aléas extérieurs qui pourraient mettre à mal la progression de l’activité sont par ailleurs nombreux. Le rapport sénatorial liste davantage de raisons à penser que la croissance ne décollera pas davantage l’an prochain, plutôt que l’inverse. Politique monétaire restrictive, risque climatique, tensions géopolitiques, risque d’un éclatement de la bulle financière de l’IA : les éléments qui pourraient contrarier la prévision gouvernementale ne manquent pas. Sans compter que les prix élevés du pétrole et du gaz continueront de peser sur l’année 2027. Actuellement, le pays se situe « entre le scénario défavorable et le scénario très défavorable » des projections macroéconomiques de la Banque de France. « Dans ces conditions, une récession n’est pas à exclure pour l’année à venir », redoute Christine Lavarde.

Les nuages n’ont jamais aussi nombreux au-dessus de l’économie française. Et pourtant, ces risques sur la croissance et la nécessaire préparation du changement climatique auraient nécessité des marges de manœuvre budgétaires «désormais inexistantes », regrette la sénatrice LR. La faute à des finances publiques « dans un état rare décrépitude ».

« Le risque d’une intervention de la BCE ou d’une crise de financement ne peut plus être écarté »

Le rapport alerte sur un point particulièrement inquiétant : le « nœud coulant de la dette se resserre ». Avec la hausse des taux d’intérêt, et la prime de risque spécifique lié à notre signature, la charge de la dette s’envole, si bien qu’une « part significative » de l’effort budgétaire de 2027 est consommée par le paiement des intérêts supplémentaires. « Entre l’asphyxie générée par la charge de la dette et une hausse des taux qui pourrait s’aggraver, le risque d’une intervention de la BCE ou d’une crise de financement ne peut plus être écarté », a averti ce matin la rapporteure générale. Elle estime qu’un « effet boule de neige défavorable est à craindre pour l’année 2027 », ce phénomène d’emballement de la dette, qui s’auto-alimente, jusqu’à devenir hors de contrôle.

La sénatrice regrette également que l’ajustement budgétaire prévu par le gouvernement repose « trop » sur les recettes, « pour la troisième année consécutive ». Le taux de prélèvements obligatoires va augmenter à 44,2 % du PIB, un retour au niveau de 2019.

Les recettes fiscales augmenteraient de 18 milliards d’euros, pas en raison de la croissance, mais principalement « en raison de la création ou de la prorogation d’impôts ». Cette progression des recettes ne compenserait pas la dégradation du déficit. Celui-ci s’aggraverait l’an prochain de 19,2 milliards d’euros, par rapport au déficit révisé de 2026. « Cette augmentation du déficit est un signe de la difficulté de plus en plus grande que rencontre l’État à maîtriser son budget et de l’incapacité du gouvernement à le reprendre en main », épingle Christine Lavarde.

« Les dépenses continuent d’augmenter »

Côté dépenses, c’est davantage là que le bât blesse, selon la rapporteure générale, qui fait une analyse totalement opposée au gouvernement, qui affirme avoir fait du gel des dépenses de l’État la règle. « Lorsque l’on regarde les chiffres, ce gel n’apparaît pas, quelle que soit la métrique utilisée. Les dépenses continuent d’augmenter. Seule une inflexion de la propension historique de l’État à accroître ses dépenses pourra l’aider à retrouver la maîtrise de ses comptes », considère Christine Lavarde. « Sans les collectivités et les administrations de sécurité sociale, le déficit public se creuserait en 2027. »

Elle souligne que les effectifs de l’Etat « poursuivent leur hausse » l’an prochain, alors que Bercy « insiste de manière biaisée sur une baisse des emplois ». En résumé, le redressement budgétaire est « à l’arrêt ». La cible de déficit, à 5 %, est « identique à celle du précédent projet de loi de finances qui pourrait également ne pas être atteinte », relève-t-elle. De quoi entacher un peu plus la crédibilité de la France dans la zone euro, où elle fait figure de lanterne rouge en matière de maîtrise des finances publiques. « Les expériences étrangères de redressement montrent qu’il est préférable de s’y engager par soi-même plutôt que sous contrainte », recommande d’ailleurs Christine Lavarde, 15 ans après la crise des dettes souveraines.

À quelques jours de l’examen des amendements de séance de la commission, la sénatrice LR prend plusieurs engagements. Elle refusera d’aggraver « d’un seul euro » le déficit au cours des travaux du Sénat, et promet de « déplacer l’effort des recettes vers la dépense ». « Aucune solution durable ne viendra d’une hausse des prélèvements obligatoires […] Le budget 2027 ne révèle pas un État à court de recettes, il révèle un État qui peine encore à maîtriser durablement ses dépenses », martèle-t-elle. Elle appelle, pour finir, à « répartir l’effort de manière juste », considérant que le gouvernement veut faire payer les collectivités « pour un Etat qui ne se réforme pas ».

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Gerard Larcher re-elected President of the Senate
3min

Politique

Présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre : doublé par le gouvernement, le groupe RN « ne se laissera pas déstabiliser par les mesquineries d’un exécutif crépusculaire »

Mardi soir en conférence des présidents du Sénat, le gouvernement a réservé une surprise au nouveau groupe RN-UDR en décidant d’inscrire, le 19 novembre, dans son temps réservé, l’examen de la proposition de loi visant à instaurer une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre. Un texte que le groupe présidé par Edwige Diaz avait pourtant inscrit dans sa niche parlementaire prévue le 10 décembre. La sénatrice dénonce le « sectarisme » et les « calculs politiciens » du gouvernement.

Le

« Une récession n’est pas à exclure » : la rapporteure générale du budget au Sénat tire à boulets rouges sur le scénario du gouvernement
3min

Politique

Hausse de TVA sur les abonnements de Canal+ : la ministre de la Culture « vigilante sur les conséquences de cette évolution » pour le financement du cinéma français

Auditionnée dans le cadre du budget 2027, la ministre de la Culture, Catherine Pégard est revenue sur une mesure polémique qui vise à doubler le taux de TVA de 10 % sur les abonnements aux télévisions payantes comme Canal +. Une disposition rejetée par les députés et qui pourrait subir le même sort au Sénat car elle pourrait se répercuter sur le financement du cinéma français, comme avait prévenu le patron de Canal +, Maxime Saada.

Le

2026 Municipal Elections – Vote Counting – Lyon
6min

Politique

Election présidentielle : pourquoi les dates choisies font débat ?

Raphaël Glucksmann s’interroge à son tour sur les dates de l’élection présidentielle, fixées les 18 avril et 2 mai, soit le lendemain du 1er mai, où les syndicats défilent. Il rejoint les critiques déjà formulées par le candidat LR, Bruno Retailleau, et Louis Aliot, vice-président du RN. Mais le gouvernement n’entend pas changer le calendrier.

Le