« Pour répondre à Zemmour, la meilleure solution c’est de raconter l’histoire de l’Histoire », selon l’historien Laurent Joly
Comment écrire l’histoire des années sombres ? Quels fils peut-on tirer entre l’histoire et le présent notamment à l’heure où le candidat Éric Zemmour fait ressurgir les fantômes du passé ? Deux approches différentes cette semaine dans Livres & vous sur Public Sénat, celle d’un historien, chercheur au CNRS, Laurent Joly, auteur de « La falsification de l’histoire – Éric Zemmour, l’extrême-droite, Vichy et les juifs » et celle d’une académicienne, Dominique Bona avec la réédition chez Tempus de sa biographie de « Stefan Zweig ».

« Pour répondre à Zemmour, la meilleure solution c’est de raconter l’histoire de l’Histoire », selon l’historien Laurent Joly

Comment écrire l’histoire des années sombres ? Quels fils peut-on tirer entre l’histoire et le présent notamment à l’heure où le candidat Éric Zemmour fait ressurgir les fantômes du passé ? Deux approches différentes cette semaine dans Livres & vous sur Public Sénat, celle d’un historien, chercheur au CNRS, Laurent Joly, auteur de « La falsification de l’histoire – Éric Zemmour, l’extrême-droite, Vichy et les juifs » et celle d’une académicienne, Dominique Bona avec la réédition chez Tempus de sa biographie de « Stefan Zweig ».
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Écrivain autrichien des années 30, Stefan Zweig est aujourd’hui un « écrivain contemporain » affirme l’académicienne Dominique Bona. « A chaque fois qu’un de ses livres parait, une réédition ou un inédit, il a un succès formidable, cet auteur a un extraordinaire privilège, ses lecteurs rajeunissent d’année en année, au lieu d’être oublié il fait partie du paysage d’aujourd’hui. Les gens trouvent dans ses récits une nourriture spirituelle et des moments de communion d’un monde qui est comme un miroir de notre époque ».

Un auteur intemporel donc qui raconte l’amour, les souffrances, les désespoirs, « tout cela dans n’importe quel pays, à n’importe quelle époque » ajoute-t-elle.
Sauf que Stefan Zweig n’est pas né dans n’importe quel pays, à n’importe quelle époque. Il naît à Vienne dans une famille juive laïque bourgeoise. Européen convaincu, universaliste, il voit le monde en grand et crée vite des amitiés au-delà des frontières.

Stefan Zweig a décrit l'inexorable montée du nazisme

Mais l’époque marque inévitablement l’auteur, qui dépeint sous sa plume une ambiance crépusculaire de la période d’avant-guerre. Comme le souligne Dominique Bona, « toutes les nouvelles de Stefan Zweig se déroulent sur un fond sombre, c’est la nuit ou la tombée de la nuit ».
Une ambiance pesante… Voici peut-être un point commun entre l’ouvrage biographique de Dominique Bona et le dernier livre de Laurent Joly « La falsification de l’histoire ». Un livre pour répondre à celui qui est devenu homme politique et candidat à la prochaine présidentielle : Éric Zemmour.

« Cela fait plusieurs années que je repère chez Zemmour ce que j’appelle des falsifications sur Vichy et la déportation des juifs » explique l’historien avant de poursuivre : « Mais là, son entrée en campagne m’a décidé à faire ce livre en accord avec mon éditeur. Pour répondre à Zemmour, la meilleure solution est, pour moi, la suivante : raconter l’histoire de l’Histoire, les faits on les connaît, il les manipule, il faut le rappeler, mais aussi comprendre d’où parle Zemmour et voir que les discours qu’il tient ne sont pas nouveaux, c’est une vieille histoire ».
« Faire des tours de passe-passe, transformer la politique criminelle en une forme d’opération de sauvetage, de raison d’Etat, c’est un mensonge, un mensonge ancien qui remonte au procès de Pétain en 1945, » rappelle l’historien. Une argumentation fausse reprise par ses avocats hier avec les mêmes « trémolos » qu’Éric Zemmour aujourd’hui. Et l’historien ajoute : « Vichy mène une politique antisémite et de collaboration ».

Ne pas réécrire l'histoire pour en tirer les bonnes leçons

Mais alors, comment « monter de telles argumentations » ? En falsifiant l’Histoire, comme l’explique Laurent Joly : En France, bien plus de juifs ont survécu à la Seconde guerre mondiale que dans d’autres pays d’Europe, une réalité qui permet à l’ancien polémiste de construire de fausses vérités. Mais pour comprendre cette réalité factuelle, il faut aussi comprendre la réalité de la politique allemande « qui n’a pas mis de gros moyens pour arrêter les juifs en France, qui s’en est remise à la police française […] mais Vichy n’a pas sauvé les juifs et près de 75 000 d’entre eux ont été déportés ».
Il faut donc sortir des raisonnements pour comprendre l’Histoire et « ne pas tomber dans les pièges » lancés notamment par Éric Zemmour. « Quand on est historien, on discute, on débat, Zemmour lui présente une doxa, opinion ou jugement dont on ne peut dévier au risque d’être condamné ».

Retrouvez l’intégralité de l’émission ici.

« Stefan Zweig » de Dominique Bona – Ed. Tempus
« La falsification de l’histoire » de Laurent Joly – Ed. Grasset


 

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