La campagne s’accélère à gauche. Les cinq candidats à la primaire social-démocrate, Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel, débattront pour la première fois ce mercredi soir, à partir de 20h40 sur le plateau de LCI. Mais cette affiche n’est pas totalement inédite. Déjà à l’automne 2006, Ségolène Royal avait participé à la primaire organisée par le Pari socialiste pour la présidentielle. L’une des premières du genre, pour départager les ambitions qui s’agitaient à l’intérieur du parti à la rose, tandis que la fin du second quinquennat de Jacques Chirac laissait espérer un boulevard à la gauche.
Une primaire « semi-ouverte »
À la rentrée 2006, trois candidats socialistes sont sur la ligne de départ : l’ancien ministre de l’Économie Dominique Strauss-Kahn, l’ancien Premier ministre Laurent Fabius, et Ségolène Royal, alors présidente du Conseil régional de Poitou-Charentes, déjà présentée dans les sondages comme la favorite de ce scrutin interne.
Le principe d’une primaire pour départager les candidats à l’investiture socialiste figure dans les statuts du parti depuis sa création en 1971. Si une première primaire avait été organisée par le PS en 1995 – opposant alors Lionel Jospin à Henri Emmanuelli – le vote était alors réservée aux seuls adhérents à jour de cotisation. C’est encore le cas pour la primaire de 2006, sauf que la direction du parti entend faire largement la promotion de cette campagne, pour pousser les sympathisants de gauche à rejoindre les rangs du PS. Est ainsi lancée l’opération « carte à 20 euros », avec un objectif de 200 000 adhérents. À l’arrivée, ils seront un peu moins de 180 000 votants. C’est la raison pour laquelle on a parfois qualifié cette primaire de « semi-ouverte ».
Trois débats télévisés
Pour animer cette campagne le Parti socialiste mise sur l’organisation de six débats, trois en public et trois télévisés – une première !-, retransmis par les deux chaînes parlementaires, LCP et Public Sénat. Le cahier des charges est particulièrement strict pour éviter que les échanges ne virent au pugilat : le cadre est sobre, les temps de parole sont scrupuleusement minutés et les candidats n’ont pas le droit de s’interrompre ou de s’apostropher. « Nous étions un peu bloqués en raison des nombreuses contraintes imposées à ces trois rencontres entre les candidats de l’époque. Il est vrai que l’on a été moins dans le débat que ce qui est possible aujourd’hui. Le format était relativement austère », reconnaitra quelques années plus tard le journaliste Emmanuel Kessler, qui avait coanimé ces échanges.
Le premier débat, le 17 octobre, se veut courtois et policé. Les divergences se font surtout sentir sur la question des 35 heures. Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn, suivent le programme du Parti socialiste et promettent leur généralisation. Inversement, Ségolène Royal est plus circonspecte et estime que la réforme de la réduction du temps de travail a pu constituer, « pour une minorité de salariés », une régression sociale.
Dès son propos introductif, Ségolène Royal égrène le leitmotiv qui va irriguer sa campagne : « Mettre en place un ordre économique, social et environnemental juste ». Vingt ans plus tard, elle continue d’agiter ce même mantra. Ce mardi, lors de sa première réunion publique à Alfortville, elle l’a mâtiné d’une référence mitterrandienne, en promettant « un ordre juste dans une France tranquille ».
Deux outsiders face à la favorite
Le ton monte d’un cran lors du second débat, une semaine plus tard, centré sur les questions de société. Au cours des échanges, Laurent Fabius reproche à Ségolène Royal de verser dans « le populisme » après avoir proposé de mettre en place des « jurys citoyens » pour juger l’action des élus. La présidente du Conseil régional de Poitou-Charentes se voit également épinglée pour avoir proposé un « encadrement militaire » pour les jeunes délinquants.
En marge de ce deuxième débat, Ségolène Royal accuse ses deux compétiteurs de s’être entretenu avant l’émission avec Jean-Pierre Elkabbach, alors président de Public Sénat.
Le dernier débat, le 6 novembre, est consacré à l’Europe et aux questions internationales. Déjà à l’époque, le Moyen Orient et le nucléaire iranien sont au cœur de l’actualité. Et encore une fois, Ségolène Royal se démarque des deux autres candidats en affirmant vouloir « absolument empêcher le processus qui permet à l’Iran de se doter du nucléaire civil ». Plus nuancés, Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius défendent alors le droit du peuple iranien à accéder à une technologie qui n’est pas celle, rappellent-ils, de la bombe nucléaire.
Les débats en région auront été autrement plus mouvementés. Le 26 octobre, devant plus de 5 000 personnes au Zénith de Paris, Ségolène Royal est copieusement huée à plusieurs reprises. Son équipe de campagne reproche à celle de « DSK » d’avoir sciemment rempli la salle de strauss-kahniens, certains responsables en viennent même aux mains. Un ultime débat à Toulouse, le 10 novembre, marque la fin de la campagne.
Le 16 novembre, Ségolène Royal plie le match dès le premier tour et s’offre un tremplin pour la présidentielle : elle remporte l’investiture socialiste avec 60,65% des suffrages exprimés, contre 20,69% pour Dominique Strauss-Kahn et 18,66% pour Laurent Fabius.