Présidentielle : pourquoi le match retour entre Macron et Le Pen s’annonce plus serré qu’en 2017
Bis repetita. Emmanuel Macron et Marine Le Pen s’affrontent de nouveau pour le second tour de l’élection présidentielle. Mais à la différence d’il y a 5 ans, les choses sont plus ouvertes pour le second tour. Explications.

Présidentielle : pourquoi le match retour entre Macron et Le Pen s’annonce plus serré qu’en 2017

Bis repetita. Emmanuel Macron et Marine Le Pen s’affrontent de nouveau pour le second tour de l’élection présidentielle. Mais à la différence d’il y a 5 ans, les choses sont plus ouvertes pour le second tour. Explications.
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L’histoire se répète. Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont qualifiés pour le second tour de la présidentielle. Cinq ans après, c’est finalement le même duel. L’histoire semblait un peu trop écrite d’avance. Mais les Français n’ont pas fait mentir les sondages. C’est l’heure du match retour.

Avec 27,6 % des voix, le chef de l’Etat réalise un score de quatre points supérieurs à celui de 2017, où il était déjà sorti en tête, avec 24,01 % des voix. Un résultat finalement plus élevé que les derniers sondages. Une avance qui lui donne, au premier abord, une bonne dynamique pour le second tour. Mais à la différence de 2017, Emmanuel Macron n’incarne plus une forme de renouveau. Il est le Président sortant, forcément critiqué. Emmanuel Macron devra faire face au risque du « tout sauf Macron », sur lequel va compter Marine Le Pen.

Le chef de l’Etat semble aussi pris à son propre piège. Il a misé sur une campagne courte, avec une entrée dans l’arène tardive. Une stratégie qui lui permettait de ne pas s’exposer. Il s’est trouvé ensuite contraint par la guerre en Ukraine. Résultat, le chef de l’Etat a donné l’impression de mener campagne à reculons, de ne pas jouer le match à fond.

« Il y a un risque que le piège se referme sur ce qu’a voulu installer Emmanuel Macron »

S’il est qualifié, c’est malgré tout une forme d’échec pour Emmanuel Macron, qui avait fixé comme objectif en 2017 de faire reculer les extrêmes. « Je ferai tout, durant les 5 années qui viennent, pour qu’il n’y ait plus aucune raison de voter pour les extrêmes », avait déclaré Emmanuel Macron, devant le Louvre, le soir de sa victoire. Cinq ans après, l’extrême droite est au plus haut, à 30 %, en cumulant les scores de Marine Le Pen d’Eric Zemmour. Un niveau énorme.

Chez les soutiens d’Emmanuel Macron, la tentation est forte de jouer l’affrontement entre les deux camps. Il faut « rassembler tout ce qui n’est pas l’extrême droite dans notre pays » explique ainsi Christophe Castaner, patron des députés LREM. Un calcul périlleux. « Il y a un risque que le piège se referme sur ce qu’a voulu installer Emmanuel Macron : les populistes contre les progressistes », souligne sur notre plateau Martial Foucault, directeur du Cevipof.

C’est pourtant ce qu’a semblé dessiner le candidat dimanche soir. Contre « l’international des populistes et des xénophobes », Emmanuel Macron veut défendre « un projet de progrès, d’ouverture » et proeuropéen. Il remercie les autres candidats qui appellent à « faire barrage à l’extrême droite ». Et semble esquisser une forme d’union nationale : « Je suis prêt à inventer quelque chose de nouveau ».

Dédiabolisation et banalisation de l’extrême droite

Forte de sa dynamique de fin campagne, Marine Le Pen finit à 23 %. Un score là aussi supérieur à celui de 2017, où la candidate d’extrême droite avait totalisé 21,30 % des voix. Marine Le Pen a réussi durant cette campagne à peu s’exposer, cherchant à lisser encore un peu plus son image sulfureuse héritée du FN. La candidature d’Eric Zemmour, aux propos extrêmes, a facilité ce travail de dédiabolisation, déjà entamé lors des précédents scrutins. Ce travail sur son image lui servira pour le 24 avril, où il lui faut rassembler large.

Pour le second tour, on comprend pourquoi les choses semblent bien plus ouvertes qu’en 2017, où le chef de l’Etat avait été élu avec 66,10 % des voix, contre 33,90 % pour Marine Le Pen. A la grande différence de 2017, Marine Le Pen dispose cette fois des réserves de voix, avec Eric Zemmour (7,2 %), qui « ne se trompe pas d’adversaire » et « appelle à voter pour Marine Le Pen », Nicolas Dupont-Aignan (2,1 %) et, d’après les sondages, une part de l’électorat de Jean-Luc Mélenchon, troisième avec 22,2 % des voix.

Marine Le Pen mise sur le « tout sauf Macron »

Marine Le Pen ne s’y trompe pas. Dans sa prise de parole, après 20 heures, elle se tourne vers ces électeurs de gauche, parlant de son « ambition économique et écologique », de « solidarité envers les plus vulnérables ». La candidate du RN en « appelle tous les Français, de droite, de gauche et d’ailleurs ». « Tous ceux qui n’ont pas voté Macron ont bien vocation à rejoindre ce rassemblement », lance la candidate, misant clairement sur le tout sauf Macron pour faire la différence.

Autre phénomène : scrutin après scrutin, le front républicain s’effrite du fait de la banalisation du RN, grâce à des scores élevés. Et si Anne Hidalgo (1,7 %) ou Yannick Jadot (4,7 %) ont appelé à faire barrage à l’extrême droite, que Jean-Luc Mélenchon a répété qu’« il ne faut pas donner une seule voix à Madame Le Pen », les électeurs de gauche ne suivront pas automatiquement les consignes.

Macron a besoin des voix des électeurs de gauche… et de droite

C’est l’un des enjeux et une difficulté pour Emmanuel Macron, pour ce second tour : être en capacité d’attirer les électeurs de gauche. Après cinq ans de pouvoir décriés, certains ne seront plus prêts à voter pour lui, même pour faire barrage à Marine Le Pen. D’où l’appel du pied lancé sur notre antenne par Richard Ferrand, le président LREM de l’Assemblée. « Moi qui suis un homme de gauche, qui connaît bien la gauche, […] je sais très bien que nous avons des idées différentes » mais « des valeurs communes », dit-il, réagissant à la prise de parole de Jean-Luc Mélenchon.

En même temps, Emmanuel Macron doit attirer ce qui reste de l’électorat LR. Valérie Pécresse lui a donné un coup de pouce, en déclarant que « malgré de profondes divergences », qu’elle « votera en conscience Emmanuel Macron pour empêcher l’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen et le chaos qui en résulterait ». Mais avec 4,8 %, son apport potentiel de voix reste limité.

Des sondages de second tour très serrés, avec Macron donné vainqueur entre 54 et 51 %

Si on ajoute un niveau d’abstention élevé – avec derrière la capacité de chaque camp à mobiliser plus que l’autre, soit l’abstention différentielle – l’incertitude reste grande pour ce second tour. Et les sondages le confirment : selon notre étude Ipsos-Sopra Stéria pour France 2, France Inter, Public Sénat et LCP-AN, Emmanuel Macron l’emporterait avec 54 % des voix, contre 46 % à Marine Le Pen.

Les autres instituts présentent des résultats encore plus serrés. Un sondage Elabe pour BFMTV/RMC/L’Express/SFR donne 52 % à Emmanuel Macron contre 48 % à la candidate du RN. Selon l’institut Ifop-fiducial pour TF1/LCI/Paris Match/Sud Radio, Emmanuel Macron l’emporterait même d’un cheveu, à 51 % contre 49 % pour Marine Le Pen. On est ici complètement dans la marge d’erreur, si bien que la candidate d’extrême droite pourrait l’emporter, selon ce sondage. Tout est possible pour le second tour.

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Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». 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