Lors d’une conférence de presse lundi 14 mars, Valérie Pécresse a détaillé son programme, en insistant tout particulièrement sur les mesures consacrées à la souveraineté de la France, à l’UE et à la défense. Autant de thématiques à travers lesquelles la candidate LR espère faire jeu égal avec un président candidat largement accaparé par la situation en Ukraine.
Présidentielle : Valérie Pécresse mise sur un projet « de rupture » pour se différencier d’Emmanuel Macron
Lors d’une conférence de presse lundi 14 mars, Valérie Pécresse a détaillé son programme, en insistant tout particulièrement sur les mesures consacrées à la souveraineté de la France, à l’UE et à la défense. Autant de thématiques à travers lesquelles la candidate LR espère faire jeu égal avec un président candidat largement accaparé par la situation en Ukraine.
Pas de véritables nouvelles mesures, mais une présentation très solennelle. Valérie Pécresse, la candidate Les Républicains à la présidentielle, avait réuni lundi la presse et ses principaux soutiens dans l’un des salons de l’Hôtel de l’Industrie, en plein cœur de Paris, pour présenter son « projet présidentiel ». Un programme déjà largement connu, qu’elle égrène depuis plusieurs mois, et qu’elle revendique comme « clairement assis sur les fondamentaux de la droite ». Mais alors que l’invasion russe de l’Ukraine a complètement bousculé la course à l’Elysée, cette conférence de presse était aussi l’occasion pour la candidate de faire résonner certains pans de son projet de gouvernement avec l’actualité. Une manière aussi d’essayer de se hisser à la hauteur d’un président candidat qui refuse de débattre avec ses autres concurrents avant le premier tour, et qui, face à la crise, se concentre essentiellement sur son rôle de chef d’Etat.
Sanctions contre la Russie et inflation obligent, c’est donc par les enjeux de souveraineté que la présentation débute. Valérie Pécresse a vanté « un projet de rupture face à la crise d’indépendance stratégique révélée par la crise du covid-19 et la guerre en Ukraine ». Elle décline cinq objectifs de souveraineté, autour de la défense, de l’énergie, de la réindustrialisation, du numérique et de l’alimentation. « Pour conforter notre défense, il faut aller au-delà de la loi de programmation militaire », explique l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy, qui veut faire passer le budget de la défense nationale de 41 milliards d’euros à 65 milliards d’ici 2030. « Pour sortir de la dépendance du gaz russe », elle souhaite une relance du nucléaire avec la construction de 6 nouveaux EPR. Elle propose également l’installation d’un haut conseil à la souveraineté économique et numérique, avec une relance de la recherche sectorielle, la mise en place de quotas de commandes publiques de logiciels, ou encore la création d’un cloud européen.
Quelques mesures aussi sur l’Europe : le renforcement de Frontex avec le recrutement de 10 000 garde-frontières supplémentaires, l’instauration d’une taxe carbone aux frontières de l’UE et le développement d’une défense européenne autonome.
« La crise en Ukraine ne peut pas priver les Français d’un débat démocratique »
Indéniablement, en se concentrant sur la souveraineté et l’Europe, davantage que sur les questions d’immigration et de justice qui ont largement occupé sa campagne jusqu’à présent, la candidate LR a cherché ce lundi à se positionner sur des thématiques que la situation internationale place au cœur de la présidentielle. Elle tente aussi de contrebalancer l’« effet drapeau », ou, selon sa propre formule, « le réflexe légitimiste » dont semble bénéficier Emmanuel Macron, avec une forte dynamique sondagière depuis l’éclatement du conflit ukrainien. Une situation qui agace la droite. Ainsi, Xavier Bertrand refuse de voir la présidentielle « transformée en référendum pour ou contre la guerre. » « Actuellement, tout le monde a cette inquiétude de la guerre, quelles que soient les générations. Mais les 10 et 24 avril prochains, le sujet ne sera pas tout à fait celui-là. C’est : qui va diriger le pays ? Et là, je pense que les Français ne se tromperont pas », explique à Public Sénat le président de la région Hauts-de-France.
« La crise en Ukraine ne peut pas priver les Français d’un débat démocratique », s’agace Valérie Pécresse. Elle a accepté de participer, ce lundi soir, à une émission politique organisée par TF1 sur l’Ukraine. Les huit principaux candidats à la présidentielle, dont Emmanuel Macron, se succéderont à l’antenne, mais sans confrontation directe. « Je regrette qu’il n’y ait pas de débat, parce que je pense qu’ils sont éclairants, qu’ils permettent de démonter les programmes », poursuit la candidate. « Quand on se dérobe au débat, c’est sans doute qu’on en a peur », ajoute-t-elle. « Et moi je n’ai pas peur, je l’ai démontré la semaine dernière face Éric Zemmour ».
Pourtant, lorsqu’on lui demande ce qu’elle ferait à la place du locataire de l’Elysée dans le dossier ukrainien, Valérie Pécresse prend soin de ne pas se démarquer. « La guerre est aux portes du continent européen, mais je serai dans la continuité de la responsabilité sur ce terrain-là », admet-elle. À savoir : la poursuite d’une politique de sanctions et le maintien du dialogue avec le géant russe. D’ailleurs, c’est sur sa capacité à négocier avec un Vladimir Poutine qu’elle souhaite insister. « J’ai une vraie expérience internationale, je connais bien la Russie qui est un pays dans lequel j’ai travaillé (elle a appris à parler russe à l’adolescence, ndlr). Je connais bien ces dossiers-là », répète-t-elle. « Dans la période très grave, exigeante, dans laquelle nous sommes, avec la guerre sur le continent, je peux vous dire que Valérie Pécresse est à la hauteur », renchérit Michel Barnier, l’un des quatre « mousquetaires » de Valérie Pécresse, spécialiste des questions internationales. « Elle est préparée, elle s’intéresse à tous ces sujets, elle a une vision du projet européen. Elle est patriote et européenne. »
Un nouveau souffle pour la dernière ligne droite
Bien que jugée assez cacophonique par de nombreux commentateurs, la séquence face à Éric Zemmour, le 10 mars, a semblé profiter davantage à la candidate LR qu’au polémiste d’extrême droite. De quoi donner un second souffle à une campagne qui patine depuis le meeting du Zénith ? Les enquêtes d’opinion ne sont guère encourageantes. Un sondage Ipsos-Sopra Steria pour Le Parisien et franceinfo la place désormais en cinquième position pour la présidentielle, loin derrière Emmanuel Macron (30,5 %) et Marine Le Pen (16 %), et dans un mouchoir de poche avec Éric Zemmour (13,5 %) et Jean-Luc Mélenchon (12 %). Comme souvent devant de mauvais sondages, la candidate et son équipe se refusent à tout commentaire.
« Il reste quatre semaines, c’est une forme de dernière ligne droite, et c’est là que les Français feront leur choix », assure Xavier Bertrand. « Il y a deux forces de gouvernement possible dans cette campagne. Monsieur Macron avec en Marche ! et Valérie Pécresse avec Les Républicains et l’UDI. C’est pour cela que l’on souhaite un vrai débat. Il n’aura pas lieu si Monsieur Macron fait une proposition tous les cinq jours sur une réforme qu’il n’a pas faite. »
Projet contre projet
Car l’un des enjeux pour la droite est de parvenir à se démarquer d’un président sortant qui continue à braconner sur les terres LR. Il y a d’abord eu les ralliements des dernières semaines, ceux de Renaud Muselier, d’Éric Woerth, de Jean-Pierre Raffarin, de Martine Vassal. Désormais ce sont les idées qui semblent passer d’un camp à l’autre, avec le risque que le candidat président n’absorbe une partie du programme LR. Depuis l’annonce de la candidature d’Emmanuel Macron, le 3 mars, les propositions tombent au compte-goutte dans l’attente d’un programme complet de réélection : un âge de départ à la retraite porté à 65 ans, la suppression de la redevance télévisuelle, et, selon une information du Point, une annonce prochaine autour du RSA, qui pourrait être conditionné à des heures de travail ou de formation. Or, ces trois mesures, qui devraient être détaillées lors d’une conférence de presse jeudi du candidat Macron, selon une information desEchosconfirmée à Public Sénat, figurent déjà dans le programme de Valérie Pécresse.
« Est-ce que les Français peuvent croire qu’Emmanuel Macron va faire ce qu’il n’a pas fait pendant cinq ans ? », s’agace la candidate. « Si les Français veulent un projet original de réforme, il faut qu’ils préfèrent l’original à la copie ! ». Autour de la candidate, on invoque le sérieux du projet face aux « généralités » du candidat Macron, que dénonce notamment Hervé Marseille, le président du groupe centriste au Sénat et l’un des soutiens de Valérie Pécresse. « Pour l’instant on est sur des objectifs, on ne rentre pas dans le détail », pointe-t-il auprès de Public Sénat. « Le réveil sera difficile pour beaucoup de Français, parce que lorsqu’un nouveau Premier ministre fera sa déclaration de politique générale au mois de juillet, ils découvriront ce que personne ne leur a dit, et qu’ils vont devoir payer très cher. »
Ce lundi, Valérie Pécresse s’est targuée de présenter un programme équilibré sur le plan budgétaire, où les économies l’emportent sur les dépenses. « Ce sont 42 milliards de dépenses pour 84 milliards d’économies », précise-t-elle. Pour y parvenir, elle mise sur la réforme des retraites, de l’assurance chômage, du RSA, la suppression de 200 000 postes de fonctionnaires ou encore la traque contre la fraude fiscale. « Je veux faire les réformes fortes de 2017 (celle du projet de François Fillon, ndlr), mais je veux les rendre désirables », ajoute-t-elle. « Je serai la surprise du second tour par la puissance de mon projet », martèle encore la candidate. Un mantra que l’on se répète aussi dans l’équipe de campagne. Ou du moins l’on essaye : « Encore quatre semaines de campagnes à tenir », soupirait lundi, dans les couloirs de l’Hôtel de l'Industrie, un membre du staff. Avant de se reprendre aussitôt : « Enfin six, j’espère… »
Le Parti socialiste, qui détient plusieurs grandes villes, à commencer par Paris, où « ça va être chaud », présente 2500 listes pour les élections municipales. Uni avec les Ecologistes dans plusieurs communes, le parti fait face aux listes LFI, qui attaquent les socialistes sans hésiter. Au-delà de l’enjeu de conserver ses villes et quelques gains possibles, à Saint-Etienne ou Amiens, le numéro 2 du PS, Pierre Jouvet, espère montrer avec le scrutin « la possibilité de construire l’alternative politique dans le pays ».
En tenailles entre l’érosion du vote LR dans les grandes villes et le spectre d’une « union des droites » portée par le RN, le parti de Bruno Retaileau mise sur son solide maillage territorial pour résister lors du scrutin des 15 et 22 mars prochains. LR pourrait toutefois créer la surprise à Nantes et Besançon. Surtout, la droite caresse l’espoir d’un basculement historique à Paris avec Rachida Dati.
Pour les élections municipales, les enjeux sont multiples. Les LR et le PS tentent de conserver leurs nombreuses villes moyennes, pour la droite, ou grandes, pour la gauche et les écolos, avec une élection cruciale à Paris, que vise Rachida Dati. Pour le RN et LFI, qui partent de loin, il s’agit de renforcer l’implantation locale. Le parti d’extrême droite vise Toulon et rêve de gagner Marseille. Horizons essaie de garder ses grands maires. Et pour Renaissance, ce sera à nouveau un scrutin difficile. Le scrutin du 15 et 22 mars devrait réserver quelques surprises.
En réaction aux bombardements israélo-américains, l’Iran a bloqué le détroit très stratégique d'Ormuz. Plus de 20 % des stocks de pétrole mondiaux y transitent par bateaux, entraînant une flambée du prix des carburants à travers le monde. Invité dans l’émission Bonjour chez vous, le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, a tenu à balayer les inquiétudes des particuliers et des professionnels.