Primaire : les candidats se concentrent sur leurs fondamentaux pour la fin de campagne
Le dernier débat doit permettre aux candidat de la primaire de gauche de marquer encore leurs différences. En cette fin de campagne, Arnaud Montebourg a retrouvé ses accents de 2011, Manuel Valls fait du Manuel Valls. Benoît Hamon continue lui de défendre son revenu universel.

Primaire : les candidats se concentrent sur leurs fondamentaux pour la fin de campagne

Le dernier débat doit permettre aux candidat de la primaire de gauche de marquer encore leurs différences. En cette fin de campagne, Arnaud Montebourg a retrouvé ses accents de 2011, Manuel Valls fait du Manuel Valls. Benoît Hamon continue lui de défendre son revenu universel.
Public Sénat

Temps de lecture :

7 min

Publié le

Mis à jour le

Face à l’incertitude du résultat du premier tour de la primaire, les candidats font ce qu’ils savent faire le mieux : être eux-mêmes. En cette fin de campagne, Arnaud Montebourg et Manuel Valls donnent l’impression de se recentrer sur leur fondamentaux.

« Formules cinglantes » et « cohérence globale » pour Montebourg

Montebourg un peu terne ? Certains ont trouvé l’ancien ministre du Redressement productif un peu en retrait, lors des deux premiers débats. En meeting mercredi soir à Paris, Arnaud Montebourg a fait mentir les critiques. Le chantre de la démondialisation, lors de la primaire de 2011, a retrouvé toute sa verve. « Nous allons écrire une nouvelle page de l’Histoire de France, nous avons rappelé qui nous sommes (…) il y a un désir rectiligne de transformer le pays, de le changer, de reprendre le drapeau du discours du Bourget, tombé à terre dans la poussière ! Nous le relèverons, ensemble ! » a lancé le candidat devant plus de 2.000 personnes (voir la vidéo : images Cécile Sixou). « Fier » autant de Jaurès, des mineurs de Florange que de « Taubira », il entend faire renaître la flamme de la gauche et la reprendre là où François Hollande l’aurait laissée.

« Le discours était  très fort d’un point de vue rhétorique, avec quelques formules cinglantes, bien ciselées. Mais c’était moins dans l’emphase que dans l’enthousiasme et l’élan » selon le sénateur PS Jérôme Durain, soutien d’Arnaud Montebourg. Ce proche souligne qu’« il a beaucoup travaillé depuis le printemps, avec un programme chiffré. Il en a peut-être un peu pâti durant la dernière partie de campagne, car la richesse du programme peut faire perdre la vision d’ensemble. Que la dernière phase de campagne permette de redonner le fil, la cohérence globale du projet, c’est normal. Il y avait cette dimension très sociale, très claire autour de 3-4 marqueurs forts ».

Preuve que la fin de campagne se tend : les représentants d’Arnaud Montebourg ont saisi la Haute autorité de la primaire sur une cérémonie de vœux que Benoît Hamon compte tenir samedi, alors que la campagne officielle sera close, selon une information de Paris Match.

« Si on n’aborde pas les questions sur la République et les principes lors de la présidentielle, on ne les abordera jamais » (Olivier Dussopt, porte-parole de Manuel Valls)

A sa manière, Manuel Valls suit le même chemin. Il fait… du Valls. « Il parle de sujet sur lesquels il est particulièrement investi : conception de la République, laïcité, sécurité, la bataille fondatrice pour la cohésion sociale. Evidemment, il en parle » reconnaît son porte-parole, le député de l’Ardèche Olivier Dussopt, « mais il ne parle pas que de ça » précise-t-il aussitôt, évoquant « le pouvoir d’achat, la défiscalisation des heures supplémentaires, l’éducation, la formation, la culture ». Mais il ajoute : « Si on n’aborde pas les questions sur la République et les principes lors de la présidentielle, on ne les abordera jamais ».

Valls est donc là où on l’attend. Pour faire oublier le début de campagne et son recentrage à gauche, parfois mal compris et un peu rapide ? « Il n’y avait pas de recentrage » corrige Olivier Dussopt. « Comment aurait-on pu imaginer que Manuel Valls aille vers l’élection sans évoquer l’intégralité des sujets ? Son expérience au ministère de l’Intérieur et à Matignon l’a amené à parler plus de certains sujets que d’autres. Mais il est candidat à la présidentielle, il embrasse tous les sujets ». Le porte-parole admet « peut-être une incompréhension » sur le 49.3, que Manuel Valls souhaite supprimer, « mais elle existe quand on réduit ses propositions à ça. Or il propose aussi de modifier la composition du Parlement, de mieux associer les citoyens ».

« Hamon fait du Hamon. Il n’a pas varié depuis le début. Il est dans son couloir »

Pendant qu’Arnaud Montebourg rassemblait ses partisans, Benoît Hamon tenait lui aussi dans la capitale son plus grand meeting de campagne, avec 3.000 personnes revendiquées. Celui qui a marqué la campagne par sa proposition de revenu universel n’a lui pas voulu en faire des tonnes. Pas de grands effets de manche, mais surtout de la pédagogie. « Hamon fait du Hamon. Il n’a pas varié depuis le début. Il est dans son couloir, dans des propos de fond. Il n’a pas de raison de varier » souligne son porte-parole, le député Régis Juanico. « C’est plutôt les autres candidats qui étaient sur ses propositions. Eux recentrent peut-être aujourd’hui avec la nécessité de revenir à leur base » pointe le député PS de la Loire.

Benoît Hamon a pourtant fait un peu bouger sa proposition, en proposant qu’une conférence citoyenne décide des modalités du revenu universel. « Pourquoi on dirait d’avance que c’est bouclé, ficelé ? » demande Régis Juanico, qui n’y voit pas d’évolution.

Lors de son meeting, Benoît Hamon s’est réjoui d’avoir pesé, quel que soit le résultat. « Aujourd’hui, le débat n’est plus « y aura-t-il un revenu universel ou pas. La question c’est : « quel revenu universel mettrons-nous en place ? » » a-t-il lancé devant ses partisans. Alors que ses concurrent dénoncent le coût – environ 400 milliards d’euros – de sa mesure, il propose « une première étape » du revenu universel pour les seuls 18-25 ans pour un coût de « 45 milliards d’euros. Le même montant que le CICE et le Pacte de responsabilité… » Une manière de répondre à la pauvreté qui touche les jeunes et aux difficultés pour l’entrée dans l’emploi, souvent à coups de stages et CDD. Regardez (images : Quentin Calmet) :

Benoît Hamon sur le revenu universel
00:59

« Le sentiment d’imprévisibilité domine, donc il faudra différencier, montrer qui en a le plus envie »

Pour le dernier débat d’avant premier tour, Benoît Hamon va mettre en avant « des idées nouvelles », affirme Régis Juanico, ou du moins pas encore évoquées lors des précédents débats. « Il y a une carte blanche. Benoît Hamon va s’exprimer sur le thème de l’accompagnement de la fin de vie, et l’accompagnement nécessaire des aidants, ceux qui aident les personnes handicapées et âgées ».

Les candidats comptent encore sur les débats pour transformer l’essai. « La fin de campagne annonce un scrutin indécis. Le sentiment d’imprévisibilité domine, donc il faudra différencier, montrer qui en a le plus envie, qui est le plus prêt. Il faut sans doute marquer des points ce soir » prévient Jérôme Durain pour Montebourg. Le sénateur parle de « stratégie de différenciation, de mise en avant de son avantage comparatif ». « Dire ce sur quoi on n’est pas d’accord, c’est la meilleure façon d’éclairer le vote des électeurs » confirme Olivier Dussopt. « Tout le monde est challenger dans cette élection. Il faut se battre pour arriver en tête du premier tour ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Primaire : les candidats se concentrent sur leurs fondamentaux pour la fin de campagne
4min

Politique

« On surmonte nos rancœurs » : Agnès Evren (LR) défend un mariage de raison entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel pour battre la gauche à Paris

À Paris, la fusion des listes entre Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel relève davantage du réalisme politique face à l’avance de la gauche que d’un rapprochement sincère et naturel. Il a fallu surmonter « une forme d’inimitié » entre les deux candidats, reconnait la vice-présidente de LR et sénatrice de la capitale Agnès Evren, qui compte aussi sur les reports de voix des électeurs de Sarah Knafo.

Le

Primaire : les candidats se concentrent sur leurs fondamentaux pour la fin de campagne
5min

Politique

Municipales à Montpellier : sécurité, gestion des déchets, transports… Que retenir du débat d’entre deux tours ?

A Montpellier, c’est une triangulaire qui opposera, dimanche prochain, le maire sortant socialiste Michaël Delafosse, en tête avec 33,41 % au premier tour, la candidate LFI, Nathalie Oziol, deuxième avec 15,36 % et le candidat indépendant, Mohed Altrad (11,31 % des voix). Si dans de nombreuses grandes villes de France, comme Lyon, Toulouse, Nantes… LFI et le reste de la gauche se sont unis au deuxième tour des élections municipales, dans l’Hérault, il n’en a pas été question, tant les deux gauches semblent irréconciliables. Pas d’union à gauche Lors du débat organisé Public Sénat, France Télévisions ICI Occitanie et la radio ICI Hérault organisaient, les protagonistes ont rappelé leur position. « Je constate que depuis que j’ai l’honneur d’être maire de Montpellier, LFI pilonne l’ensemble des mesures que nous portons et met plus d’énergie dans la critique de l’action d’un maire de gauche que contre l’extrême droite », a justifié Michaël Delafosse qui précise, néanmoins, n’avoir eu qu’un adversaire lors de cette campagne : c’est l’extrême droite. Nathalie Oziol a estimé que l’absence de l’extrême droite au second tour à Montpellier, c’était grâce à la France Insoumise. Dans cette configuration, l’union de la gauche n’était pas nécessaire car le choix des électeurs, selon elle, résidait entre le « système socialiste en place » et les Insoumis. L’homme d’affaires, milliardaire, propriétaire du club de rugby local, Mohed Altrad qui, contrairement à 2020, n’a pas fait d’alliance pour le second tour avec l’humoriste Rémi Gaillard et une autre candidate de gauche Alenka Doulain, s’est présenté comme un homme qui n’était pas politique mais qu’il s’éloignerait « le plus possible » de son entreprise s’il était élu. Transports Michael Delafausse a défendu la mesure phare de son mandat, la gratuité des transports, financée par le versement mobilité, même si un rapport de la Cour des comptes a jugé la mesure coûteuse et peu efficace pour inciter les Montpelliérains à ne pas prendre leur voiture. Nathalie Oziol soutient la mesure mais la considère mal appliquée. « Des trams et des bus ont diminué en fréquence. Nous n’avons pas vérifié si le maillage territorial était suffisant », a-t-elle reproché. Autre dossier, le COM (le Contournement Ouest de Montpellier), une voie qui doit relier deux autoroutes pour désengorger la circulation en centre-ville, dont les travaux doivent démarrer cette année, est contesté par les adversaires du maire sortant. « Le COM permettra de contourner Montpellier plutôt que d’envoyer tout le trafic vers l’avenue de la Liberté. C’est financé par les péages », a défendu Michaël Delafosse. « Hors de question. C’est notre A69 à nous. C’est une aberration environnementale, les arbres coupés… C’est une 10 voix qui va passer sous les fenêtres des Montpelliérains », a dénoncé la candidate LFI. Mohed Altrad s’y est montré lui favorable mais à condition que le COM ne soit pas payant pour les Montpelliérains. Sécurité En ce qui concerne la police municipale, Nathalie Oziol, a défendu son désarmement. « Il faut que la police municipale devienne une police de proximité qui fasse le lien avec les habitants ». Prenant l’exemple de la ville de Béziers, la mesure phare de Mohed Altrad est celle d’un couvre-feu au moins de 16 ans à partir de 22h, mais aussi doubler les effectifs de la police municipale et renforcer la vidéoprotection. Le maire sortant a défendu l’armement de la police municipale, la création d’une police des transports, le recrutement de 100 agents supplémentaires et le doublement des caméras de surveillance. Traitement des déchets La validation par le conseil de la Métropole de Montpellier d’une unité de valorisation énergétique par combustibles solides de récupération (CSR) est l’autre dossier chaud de l’élection. « C’est de la folie, c’est la pollution, c’est le cancer […] C’est une technologie expérimentale. Comme toute technologie récente, on a besoin de temps pour l’expérimenter », a dénoncé Mohed Altrad. Nathalie Oziol regrette qu’il n’y ait pas d’autres solutions envisagées. « Ce que nous proposons, c’est une convention populaire sur toute la gestion des déchets. L’objectif que nous devons viser, c’est l’objectif zéro déchet ». Michaël Delafosse a rappelé que le CSR était une solution préconisée par l’Ademe (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie). « Il nous faut continuer à mieux collecter les biodéchets comme le verre », a-t-il ajouté. Pour conclure sur les défis de la nouvelle mandature, comme l’augmentation de la population dans la ville, en moyenne 8 000 habitants par an, Nathalie Oziol a estimé que rien n’a été fait pour accueillir les gens ». Mohed Altrad a aussi jugé que la ville n’était pas à la hauteur des autres villes de taille similaire. Il propose de mieux gérer l’argent public en économisant 25 % de ce qu’il considère comme du « gaspillage ». Mickaël Delafosse s’engage à construire 1 000 nouveaux logements étudiants dans le secteur d’Agropolis et des logements pour seniors mais aussi le développement des BRS (bail réel et solidaire) qui ne permette à personne en logement sociaux d’accéder à la propriété ou encore poursuivre l’encadrement des loyers et la lutte contre Airbnb.  

Le

FRA – LR RETAILLEAU – ELECTION MUNICIPALES 2026
8min

Politique

Municipales : en lâchant Christian Estrosi à Nice, Bruno Retailleau enflamme toute la droite, avec 2027 en ligne de mire

À quelques jours du second tour des municipales à Nice, Bruno Retailleau, le patron des LR, a déclenché une crise ouverte au sein de sa propre famille politique et du bloc central, en refusant de soutenir le maire sortant Christian Estrosi face à Éric Ciotti, allié du RN. Plus largement, le psychodrame azuréen fragilise l'accord national passé avec Horizons, mais révèle aussi les fractures d’une droite à la recherche de sa boussole stratégique pour 2027.

Le

Paris : Sarah Knafo – Meeting au Dome de Paris
6min

Politique

Municipales : le retrait calculé de Sarah Knafo recompose le jeu à Paris

Qualifiée de justesse pour le second tour des municipales parisiennes avec 10,4 % des voix, la candidate Reconquête, Sarah Knafo, a finalement choisi de se retirer « pour Paris », sans toutefois donner de consigne de vote, mais « pour battre la gauche ». Une décision présentée comme un « choix de responsabilité », mais qui soulève autant de questions stratégiques que politiques.

Le