Qui décrochera la palme ? La non-démission de Monique Barbut ce mercredi, huit ans après le départ de Nicolas Hulot du gouvernement, suscite des interrogations. Le ministère de la Transition écologique, qui a été le théâtre de plusieurs démissions ou menaces de démission depuis 2017, a vu passer huit ministres à sa tête. Qu’en est-il des autres portefeuilles ? Quel est le ministère qui a vu passer le plus de ministres pendant les deux mandats d’Emmanuel Macron ?
Onze ministres de la santé en neuf ans
D’après nos décomptes, c’est le ministère de la Santé qui arrive en tête, avec onze ministres en neuf ans. Agnès Buzyn a tenu de mai 2017 à février 2020, avant d’être démissionnée puis propulsée dans la campagne municipale à Paris, à son corps défendant et en pleine crise du covid-19. Olivier Véran, qui a pris sa suite, est resté plus de deux ans, le temps de gérer la pandémie. C’est après la fin de la crise que le turn-over a été le plus important, les ministres de la Santé restant en poste moins d’un an. Cette instabilité tranche avec le mandat de François Hollande, qui avait maintenu Marisol Touraine de 2012 à 2017 à ce poste.
« C’est le contraire de la IVe République, où il y a eu beaucoup de gouvernements mais toujours les mêmes ministres »
Vient ensuite le ministère en charge des Collectivités locales, avec neuf ministres, puis les ministères de l’Education, des Outre-mer, du Logement et de l’Environnement avec huit ministres. Ce dernier ministère a connu neuf années tumultueuses : la démission surprise, après un an, de Nicolas Hulot, et les menaces de démission d’Agnès Pannier-Runacher à l’automne 2024 pour s’opposer à une baisse de son budget, et de Monique Barbut à l’été 2026, pour protester contre la réintroduction de pesticides dans la loi d’urgence agricole.
« C’est le contraire de la IVe République, où il y a eu beaucoup de gouvernements mais toujours les mêmes ministres pour les composer : Paul Bacon a été ministre du Travail dans onze gouvernements, Pierre Pflimlin a été huit fois ministre de l’Agriculture », rappelle Gilles Richard, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université Rennes 2 et président de la Société française d’histoire politique. « Sous la IVe et la Ve République, les compositions des gouvernements sont très stables », explique-t-il, « l’enchaînement de ministres est une nouveauté macroniste, même si cela avait un peu commencé sous François Hollande. »
Les ministères les plus stables : les Armées, l’Economie et les Affaires étrangères
Les ministères les plus stables sont aussi les plus régaliens : le ministère des Armées, de l’Economie ou encore des Affaires étrangères ont connu quatre ministres en neuf ans, l’Intérieur et la Justice, cinq. Aux Armées, c’est Florence Parly qui détient le record de longévité : elle a dirigé l’hôtel de Brienne pendant près de cinq ans. Bruno Le Maire, très éphémère ministre des Armées et des Anciens combattants, n’a pas été pris en compte dans ce calcul, car son mandat n’a duré que quelques heures, entre le 5 et le 6 octobre 2025. Il a eu une meilleure longévité à l’Economie, où il est resté plus de sept ans.
« Il y a un rapport entre l’instabilité de certains postes et la stabilité d’autres, c’est le signe de choix politiques »
Qu’y a-t-il à comprendre derrière ces chiffres ? Est-ce le résultat de l’instabilité politique, les effets de la crise du covid-19, ou alors un turnover normal pour des gouvernements composés de membres issus de la « société civile » ? Le dernier quinquennat d’Emmanuel Macron est marqué par l’instabilité politique : un manque de majorité absolue à l’Assemblée nationale, renforcée par la dissolution de 2024, la censure d’un gouvernement et la chute d’un autre. « Il y a un rapport entre l’instabilité de certains postes et la stabilité d’autres, c’est le signe de choix politiques », analyse Gilles Richard. L’historien ne voit pas dans le fort turnover de certains ministères le signe d’une instabilité politique : « Sous Emmanuel Macron, il n’y a plus de majorité depuis peu de temps, et la multiplication des ministres a commencé avant l’instabilité politique ». Quant aux membres de la « société civile », ce n’est pas une innovation d’Emmanuel Macron. « Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand, Jacques Chirac, tous l’ont fait. Ça s’est un peu accru parce qu’Emmanuel Macron lui-même n’avait jamais dirigé un parti et était entouré de jeunes qui n’avaient jamais été ministres », rappelle Gilles Richard.