Plot twist dans les rangs de l’exécutif. Monique Barbut, la ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature restera en poste. Sur le départ, elle a finalement « accepté de poursuivre sa mission à la demande » du président de la République, « qui l’a assurée de son soutien », a fait savoir son cabinet auprès de l’Agence France-Presse.
Dans la foulée de l’adoption définitive par le Parlement du projet de loi d’urgence agricole, Monique Barbut avait annoncé dans un post sur son compte LinkedIn vouloir présenter sa démission, fustigeant « le recul environnemental de trop », avec le maintien de dispositions relatives à la réintroduction de certains pesticides.
« La ministre a effectivement présenté sa démission au Président de la République. […] Ils ont convenu d’un désaccord sur la loi agricole telle qu’elle a été votée au Parlement et non telle qu’elle avait été présentée par le gouvernement », a précisé Maud Bregeon, la porte-parole du gouvernement, au sortir du Conseil des ministres à la mi-journée. « Le président de la République a refusé sa démission, et ils se sont accordés sur trois piliers fondamentaux qui fondent son action : la question des forêts, de l’eau et de la santé environnementale. Il s’agit de trois chantiers sur lesquelles Monique Barbut a accepté de rester pleinement investie », a détaillé Maud Bregeon. « Elle est entière, si elle a fait le choix de rester, c’est qu’elle estime que les conditions sont réunies et qu’elle a eu les garanties suffisantes de la part du chef de l’Etat et du Premier ministre pour mener à bien ses objectifs. »
Le Fonds vert porté à un milliard en 2027
La veille, Sébastien Lecornu s’était longuement entretenu avec Monique Barbut. Dans les colonnes de Paris Match, où il livre une interview fleuve, le chef du gouvernement indique avoir « beaucoup parlé du Fonds vert » avec sa ministre. « Nous allons le porter à 1 milliard d’euros pour 2027 », glisse-t-il, alors que cette enveloppe destinée à financer la transition écologique dans les territoires est passée de 2,4 milliards à 837 millions d’euros en seulement deux exercices budgétaires. « Mais il faut aller plus loin et réformer pour verdir le FCTVA – le fonds de compensation de la TVA destiné aux collectivités », ajoute le Premier ministre.
En mettant sa démission dans la balance, Monique Barbut, plutôt isolée au sein de l’exécutif, aura au moins pu obtenir ces deux avancées. D’aucuns se souviennent qu’elle avait déjà menacé de quitter le gouvernement en janvier – sans toutefois aller aussi loin – pour obtenir un arbitrage favorable face à Naïma Moutchou, la ministre des Outre-mer, alors favorable à des forages pétroliers en Guyane.
« C’est un vaudeville. Elle ne cesse de répéter qu’elle n’est pas d’accord, et pourtant elle reste. Je ne citerais pas la célèbre phrase de Jean-Pierre Chevènement, lorsqu’il a lui-même quitté le gouvernement [‘Un ministre, ça ferme sa gueule ; si ça veut l’ouvrir, ça démissionne’, ndlr], mais je pense que Monique Barbut s’est plutôt abîmée avec cette séquence. Elle n’est pas très bien identifiée auprès du grand public, désormais les Français se souviendront d’elle comme de celle qui a failli partir », relève sénatrice LR Christine Lavarde.
« Porter le Fonds vert à un milliard n’est pas vraiment une victoire, cela n’empêchera pas qu’il soit gelé ou amputé d’une partie de ses crédits en cours d’exécution », remarque encore l’élue des Hauts-de-Seine, membre de la commission des finances du Sénat. « Par ailleurs, je note qu’il ne s’agit pas nécessairement de crédits supplémentaires en faveur des collectivités. Dans la mesure où la mission budgétaire ‘relations avec les collectivités territoriales’ est en baisse de 200 millions d’euros, il peut s’agir d’un simple transfert de crédits d’une enveloppe à une autre. »
« Le ministère du psychodrame permanent »
Huitième ministre de l’Environnement d’Emmanuel Macron, Monique Barbut est aussi le seul membre du gouvernement, depuis 2017, hormis Sébastien Lecornu en septembre dernier, à avoir publiquement annoncé son départ pour finalement rester à la demande expresse du chef de l’Etat. Une volte-face abondamment critiquée par le reste de la classe politique.
De manière générale, c’est depuis les rangs de la droite, pourtant souvent alliée du bloc central depuis la dissolution, que viennent les commentaires les plus acerbes. Mais il faut rappeler que les mesures dérogatoires sur les pesticides contre lesquelles a bataillé Monique Barbut ont été intégrées au texte par la droite sénatoriale, à l’initiative du rapporteur LR Laurent Duplomb. Pour l’eurodéputée Céline Imart, vice-présidente des Républicains et agricultrice de profession, « la menace de démission de Monique Barbut n’aura été qu’un caprice de plus dans un ministère devenu celui du psychodrame permanent, ingérable, paralysé par les querelles de militants et toujours plus éloigné des réalités du terrain, à commencer par celles de nos agriculteurs. »
« Aucun ministre de l’Environnement ne pouvait accepter les dispositions votées dans la loi d’urgence agricole »
« Heureusement le ridicule ne tue pas ! », cingle le sénateur socialiste Michaël Weber sur son compte X. « Comme la canicule, Monique Barbut revient », ironise Boris Vallaud, le chef de file des députés PS. Son homologue du Sénat, Patrick Kanner, évoque « une pantalonnade ». « Avec une victime collatérale, la santé des Français. C’est vraiment minable », ajoute l’élu du Nord auprès de Public Sénat.
« Du rififi chez les zombies », tacle Jean-Luc Mélenchon sur ses réseaux sociaux. « La ministre de l’Ecologie, démissionnaire il y a une heure, accepte finalement de continuer ‘sa mission’ parce que le président Macron la soutient. Contre qui ? Contre le vote des députés macronistes manipulés par le premier ministre Lecornu et leurs alliés du RN », écrit le candidat insoumis à la présidentielle. À l’autre bout du spectre politique, le RN Sébastien Chenu, estime que la valse-hésitation de la ministre « décrédibilise encore davantage la politique ». Pour mémoire, Monique Barbut s’était dite « horrifiée » par le plan de généralisation de la climatisation proposé par le parti de Marine Le Pen fin juin.
Chez les écologistes, c’est plutôt la perplexité qui domine. Dans un communiqué publié après l’annonce de la démission de Monique Barbut, le sénateur de la Loire-Atlantique Ronan Dantec a d’abord salué « sa lucidité », estimant qu’« aucun ministre de l’Environnement ne pouvait accepter les dispositions votées dans la loi d’urgence agricole ». Mais quelques minutes plus tard, alors que le cabinet de Monique Barbut confirme son maintien, Guillaume Gontard, le président du groupe écologiste au Sénat, laisse éclater sa surprise : « C’est assez incompréhensible, elle n’a rien obtenu, elle n’obtiendra rien mais elle reste, certainement faute de remplaçante ou de remplaçant. C’est une fin de règne assez désastreuse », commente l’élu auprès de Public Sénat. « C’est révélateur de la pensée du président, l’écologie pour lui n’est qu’un prétexte », poursuit Guillaume Gontard. « Comment avoir un vrai ministre de l’Environnement dans un gouvernement écocidaire ? J’ose le mot ! »