Retraites agricoles : le gouvernement bloque le vote, les sénateurs crient au scandale
En imposant le vote bloqué contre un texte des communistes sur la revalorisation des retraites agricoles, le gouvernement a réussi à lever l’ensemble des sénateurs, de gauche comme de droite, contre lui. De quoi compliquer encore les discussions sur la réforme de la Constitution.

Retraites agricoles : le gouvernement bloque le vote, les sénateurs crient au scandale

En imposant le vote bloqué contre un texte des communistes sur la revalorisation des retraites agricoles, le gouvernement a réussi à lever l’ensemble des sénateurs, de gauche comme de droite, contre lui. De quoi compliquer encore les discussions sur la réforme de la Constitution.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Le gouvernement ne pouvait pas faire mieux pour jeter de l’huile sur le feu dans ses relations avec le Sénat. En décidant d’utiliser l’article 44-3 de la Constitution, ou vote bloqué, l’exécutif a coupé court à la discussion sur une proposition de loi du groupe communiste sur la revalorisation des retraites agricoles. Le texte, déjà adopté par l’Assemblée, avait pourtant été voté à l’unanimité en commission. Autrement dit, le texte allait être adopté. Mais le gouvernement préfère attendre la réforme des retraites et vérifier la compatibilité avec son futur texte. De quoi repousser la réforme de deux ans. Et faire des économies d’ici là. Car c’est aussi le coût que regarde le gouvernement regarde.

85% du Smic

La proposition de loi communiste prévoit de faire passer le minimum garanti pour les anciens chefs d’exploitation de 75% à 85% du Smic net agricole, soit de 871 à 987 euros par mois. 30.000 retraités supplémentaires bénéficieraient du dispositif pour un coût estimé à 350 millions d’euros.

Mais le report demandé par l’exécutif ne tient pas pour les sénateurs. Toutes couleurs politiques confondues, ils crient au scandale. Le Sénat fait corps. Si le vote bloqué avait été utilisé en 2013 sur la loi sur la sécurisation de l’emploi ou en 2010 sur la réforme des retraites, c’est une première, de mémoire de sénateur, que le gouvernement l’utilise sur une proposition de loi déposée par un groupe dans sa « niche parlementaire ». C'est-à-dire le moment où les groupes ont la main sur l’ordre du jour… Pour les sénateurs, après le recours aux ordonnances, et l’annonce, hier, de l’encadrement du droit d’amendement, c’est une nouvelle attaque en règle du pouvoir exécutif sur les parlementaires.

« Un coup de force d’une rare violence contre le Parlement »

Vote bloqué : Eliane Assassi lance la fronde unanime au Sénat contre le gouvernement
02:33

« Il s’agit d’un coup de force d’une rare violence contre le Parlement » a dénoncé la présidente du groupe communiste, Eliane Assassi, à l’ouverture de la séance (voir la vidéo ci-dessus). « Le gouvernement utilise le gouvernement comme un paillasson » accuse sa collègue PCF Cécile Cukierman. Un « oukase inadmissible du gouvernement au Sénat contre les retraites agricoles, le Parlement et la démocratie » s’indigne le sénateur et numéro 1 du PCF, Pierre Laurent, sur Twitter. « Une honte » pour la sénatrice écologiste, Esther Benbassa, qui ajoute : « Où va notre démocratie ? Le jeune roi Macron n'en a que faire ».

Même indignation de la part de la majorité sénatoriale. « Juste après le Salon de l’agriculture, quel signal envoyé aux agriculteurs » lance le sénateur LR des Deux-Sèvres, Jean-Marie Morisset, « abasourdi » par la nouvelle. Le président LR de la commission des lois, Philippe Bas, y voit « un précédent extrêmement dangereux », « il y a le droit. Mais il y a aussi l’abus de droit quand on sort de l’esprit de la Constitution » (voir la première vidéo). « C’est mal augurer de l’avenir de nos discussions sur le travail législatif », ajoute le sénateur. Autrement dit, le coup de force du gouvernement va encore compliquer les discussions entre Emmanuel Macron et Gérard Larcher sur la réforme constitutionnelle. Elles n’étaient déjà pas des mieux engagées. Si le gouvernement voulait provoquer davantage le clash avec le Sénat, il ne ferait pas mieux…

« Bâillonage du Parlement »

Le groupe PS, deuxième groupe de la Haute assemblée, est lui aussi solidaire et s’indigne tout autant. Il dénonce « un bâillonage du Parlement », « une attitude qui confirme le peu de respect du gouvernement pour la souveraineté nationale et qui inspire une grande méfiance sur la réforme constitutionnelle à venir ». Le président de groupe, Patrick Kanner, doit justement rencontrer Edouard Philippe sur la réforme vendredi. Il ne manquera pas d’exprimer sa « très grande inquiétude sur l’utilisation de cet article pour museler le débat ».

Une conférence des présidents a été convoquée en fin de journée au Sénat. La ministre en charge du dossier, Agnès Buzyn, peut encore revenir sur la décision de l’exécutif. Philippe Bas le demande « solennellement ». Pour le sénateur du Parti radical, Jean-Marc Gabouty, « ce serait bien de sortir par le haut » et de laisser le Sénat adopter ce texte.

Partager cet article

Dans la même thématique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027
7min

Politique

« On est déjà dans le vide, sans parachute » : la grande inquiétude de la majorité sénatoriale sur le budget 2027

Les groupes engagés dans l’ancien socle commun attendent que le gouvernement sorte du bois, s’agissant des pistes pour les prochains textes budgétaires. Cette année, ils n’ont pas adressé de propositions précises au gouvernement mais des grandes orientations, laissant à Matignon le point de départ des discussions. Alors que l’équation budgétaire se complique avec le ralentissement de la croissance, les rapporteurs généraux craignent le pire dans les prochains mois.

Le

Illustration in India.
2min

Politique

Cabinet de conseils : le parquet national financier annonce une saisie de 65 millions d’euros dans l’enquête pour fraude fiscale autour de McKinsey

Le parquet national financier a annoncé vendredi la saisie, avec la justice belge, d’une somme de 65 millions d’euros dans le cadre de l’enquête pour blanchiment aggravé de fraude fiscale autour du cabinet de conseil McKinsey. L’enquête avait été ouverte en mars 2022 dans le prolongement de la commission d’enquête du Sénat sur l’influence des cabinets de conseil privés sur les politiques publiques depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron en 2017.

Le

FRA – GARCHES – HOPITAL RAYMOND-POINCARRE – PMR
6min

Politique

Fauteuils roulants, prestations sociales, école inclusive, accessibilité : quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière de handicap ?

Après deux quinquennats, la situation pour les personnes handicapées est mitigée. Des progrès sont là, avec le remboursement des fauteuils roulants, une hausse des aides sociales ou une présence accrue des élèves en situation de handicap à l’école. Mais les difficultés d’emploi, le manque de places dans le secteur médico-social ou des problèmes d’accessibilité rendent encore la vie des personnes handicapées difficile.

Le

Drought severely weakens maize crops. A lack of rainfall and high temperatures cause water stress, which can slow plant growth and reduce yields. Faced with these weather conditions, farmers must adapt their practices and optimize water use to safeguard th
7min

Politique

Plan d'aide d'1 milliard pour les agriculteurs : « Le gouvernement doit sortir de la perpétuelle urgence », demande Guillaume Gontard

Après un été de canicules, d'incendies et de sécheresse exceptionnels, le gouvernement a annoncé vendredi plus d'1 milliard d'euros d'aides d'urgence pour soutenir une agriculture française durement éprouvée. Insuffisant pour les syndicats qui réclament au moins le double. Le président du groupe écologiste du Sénat, Guillaume Gontard, demande au gouvernement une réponse structurelle à une crise systémique qui passe par une réduction des émissions et l'adaptation au climat.

Le