Retraites : « Le point d’atterrissage sera la position sénatoriale du départ à 64 ans », selon Bruno Retailleau
A quelques jours de la présentation de la réforme des retraites, le président du groupe LR du Sénat, Bruno Retailleau, qui s’est entretenu avec la première ministre, sent que le gouvernement va s’aligner sur la proposition du Sénat, soit un report à 64 ans et l'accélération de la réforme Touraine. Dans ces conditions, « je ne vois aucune raison de ne pas voter ce qu’on vote d’habitude », affirme Bruno Retailleau, qui pense que l’exécutif pourrait proposer 64 ans dès « le 10 janvier ».

Retraites : « Le point d’atterrissage sera la position sénatoriale du départ à 64 ans », selon Bruno Retailleau

A quelques jours de la présentation de la réforme des retraites, le président du groupe LR du Sénat, Bruno Retailleau, qui s’est entretenu avec la première ministre, sent que le gouvernement va s’aligner sur la proposition du Sénat, soit un report à 64 ans et l'accélération de la réforme Touraine. Dans ces conditions, « je ne vois aucune raison de ne pas voter ce qu’on vote d’habitude », affirme Bruno Retailleau, qui pense que l’exécutif pourrait proposer 64 ans dès « le 10 janvier ».
François Vignal

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Ça se précise. Ou plutôt ça se confirme. Après avoir reçu pendant deux jours les syndicats et représentants patronaux sur la réforme des retraites, Elisabeth Borne a échangé ce jeudi par téléphone avec le président du groupe LR du Sénat, Bruno Retailleau. La locataire de Matignon doit appeler également Olivier Marleix, à la tête des députés LR. Du fait de la majorité relative, ces derniers ont entre leurs mains une bonne partie des clefs de la réforme, si le gouvernement espère se passer d’un nouveau 49.3 pour l’adopter.

Dans ce jeu parlementaire, les sénateurs ont un rôle important dans l’équation. A majorité de droite et du centre, le Sénat adopte tous les ans, lors du budget de la Sécu, sa propre version de la réforme des retraites. Le gouvernement compte bien s’en inspirer. De quoi peut-être faciliter un soutien d’une partie des députés LR.

« Ce sera 64 ans »

« Chaque entretien me le confirme, et je sens bien que le point d’atterrissage sera la position sénatoriale du départ à 64 ans et l’accélération de la réforme Touraine, sur la durée de cotisation, initialement prévue pour les générations 1973, qui pourrait s’appliquer pour les générations nées en 1967 ou 1968 », affirme à publicsenat.fr Bruno Retailleau, après son entretien, « c’est-à-dire un mixte entre le report de l’âge légal et l’autre levier de la durée de cotisation ». Cette réforme dite « Touraine » prévoit de porter à 43 ans de cotisations pour bénéficier d’une retraite à taux plein.

Reste à savoir si les 64 ans seront le point de départ ou le point d’arrivée, après débat parlementaire. Sur ce point, le patron des sénateurs LR a « le sentiment que c’est ce que le gouvernement pourrait annoncer le 10 janvier prochain », soit dès la présentation de la réforme. Bruno Retailleau ajoute :

Je pense que la réforme du gouvernement sera celle que nous avons proposée au Sénat.

« Elle ne me l’a pas confirmé, mais ce sera 64 ans » assure le patron du groupe. Selon le sénateur LR de Vendée, « ça montre bien que le Sénat est une institution qui compte dans la République par son travail de fond, sa constance, sa cohérence ».

Bruno Retailleau demande la retraite minimale à 1200 euros aussi pour « ceux déjà à la retraite »

Pour Bruno Retailleau, cette version de la réforme, qu’il juge « équilibrée », « doit permettre de donner de nouveau droits, notamment pour les petites retraites ». C’est la question des retraites minimales, où un point fait débat. « Le gouvernement traite pour l’instant le flux, c’est-à-dire ceux qui rentreront dans le dispositif et qui ont la garantie de toucher 1200 euros net de retraite. Mais j’ai dit à la première ministre qu’il était inconcevable de ne pas proposer un chemin de convergence pour le stock, c’est-à-dire ceux déjà à la retraite, notamment ceux qui ont une carrière complète ». Tous les retraités ne seraient pas tout de suite concernés. « C’est pour ça que j’ai parlé de chemin de convergence », précise-t-il. Le président de groupe souligne qu’aujourd’hui, « 1,8 million de personnes touchent une retraite inférieure à 1000 euros brut, avec une retraite complète ». Il s’agit pour beaucoup « d’agriculteur, d’indépendants » et « surtout les femmes ».

C’est l’autre point sur lequel Bruno Retailleau a « insisté » : « Les retraites des mères de famille qui ont travaillé à temps partiel, et qui ont des carrières hachées. On ne peut pas faire cette réforme si on ne prévoit pas de dispositif pour ces mères de famille là. Sinon, la réforme aurait des conséquences brutales pour cette catégorie de population ».

« Création d’une pension de réversion pour les enfants handicapés »

Outre les questions des carrières longues – « aujourd’hui, c’est 60 ans, il faudra sans doute décaler à 61 ou 62 ans » – de la pénibilité et des séniors, Bruno Retailleau a aussi mis sur la table « la création d’une pension de réversion pour les enfants handicapés. Car beaucoup de parents, qui ont un enfant handicapé, ont peur de l’avenir de leur enfant après leur mort. Cette idée, c’est un coup très modeste pour donner espoir. Ce serait un nouveau droit ».

Autre point : les régimes spéciaux. « Il faut un traitement similaire. S’il y a un décalage de deux ans pour le privé, il faut un décalage de deux ans pour le public », demande l’élu vendéen.

« Si le gouvernement reprend notre réforme, je ne vois pas d’argument qui pourrait nous pousser à voter contre »

Si le gouvernement reprend bien les points principaux de l’amendement de la majorité sénatoriale LR-Union centriste, adopté chaque année, les sénateurs LR voteront bien en faveur du texte du gouvernement. « Je ne vois aucune raison de ne pas voter ce qu’on vote d’habitude. Bien sûr, on ne peut pas parler uniquement des deux leviers, on doit parler des petites retraites, des carrières longues, de la situation des mères de famille, des femmes qui constituent l’essentiel des petites retraites. Mais si le gouvernement s’appuie sur notre réforme et la reprend, s’il est dans un dialogue avec une ouverture pour prendre en compte ce qu’on vote, je ne vois pas d’argument qui pourrait nous pousser à voter contre la réforme », affirme Bruno Retailleau, qui écarte toute « attitude politicienne » sur le sujet.

Pour Bruno Retailleau, l’enjeu est « la soutenabilité de notre modèle social » et de « préserver le pouvoir d’achat des retraités à l’avenir, et aussi pour les nouvelles générations ».

« Deux textes : un PLFRSS et un texte sur le travail »

Sur le plan parlementaire, Bruno Retailleau « pense qu’il y aura deux textes : un projet de loi de financement rectificative de la Sécurité sociale et un texte sur le travail. Ce qui ne sera pas dans le premier texte, sera sur un second. Ce sera toutes les mesures qui impactent le Code du travail, qui n’impactent pas le financement de la Sécurité sociale ».

Un point important, car si le gouvernement peut utiliser un 49.3 sur un PLFRSS sans griller de joker, puisqu’il s’agit d’un texte budgétaire, il ne lui restera qu’un seul 49.3 pour un autre texte au cours de la session.

« Avec Olivier Marleix et Eric Ciotti, on trouvera entre nous un alignement sur les retraites »

Reste une question : les sénateurs et les députés LR vont-ils réussir à accorder leurs violons sur les retraites ? Difficile pour le moment d’y voir clair, tant les positions sont multiples. « On en a parlé un peu. Je lui ai conseillée d’appeler Olivier Marleix », raconte Bruno Retailleau. L’ancien candidat à la présidence des LR est néanmoins confiant. « J’ai eu Eric Ciotti (président des LR, ndlr) à plusieurs reprises pendant les vacances. Je pense qu’on converge, lui et moi », soutient le sénateur, qui insiste : « Je pense qu’avec Olivier Marleix et Eric Ciotti, on trouvera entre nous un alignement sur les retraites ».

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