Les membres de l’opposition n’ont pas ménagé le Premier ministre, ce mercredi 14 octobre, pour la reprise de la séance hebdomadaire des questions d’actualité au Sénat, la première depuis les élections sénatoriales de septembre. Sébastien Lecornu a fait face à un feu nourri d’interpellations autour du mouvement lycéen. Mais la charge la plus virulente est venue des rangs écologistes, où Mélanie Vogel, tout juste élue présidente du groupe, a épinglé la politique de maintien de l’ordre de l’exécutif.
Saluant « une jeunesse qui se lève pour la plus belle des causes, pouvoir apprendre et préparer son avenir », l’élue a dénoncé « une répression inédite et inutile avec du matériel de guerre contre des enfants de 15 ans ». « Un Etat qui tire sur ses enfants est un Etat qui a déjà perdu », a -t-elle lancé. « N’attendez pas un drame, interdisez dès maintenant définitivement l’usage des LBD et des grenades », a encore enjoint la sénatrice, évoquant la mort de Malik Oussekine, en marge de la contestation étudiante de 1986 contre la réforme Devaquet.
Dans sa réponse, Sébastien Lecornu a reproché à Mélanie Vogel de passer sous silence les violences qui gangrènent une partie de la mobilisation. « Deux minutes, plus de deux minutes [de temps de parole], et pas une seule condamnation de la violence », a-t-il pointé, faisait état de « 1 000 policiers blessés ». « Où est la gauche qui défendait les enseignants et les proviseurs ? », a poursuivi le chef du gouvernement. « Même pas un mot pour condamner des tirs de mortiers sur des salles de classe. »
« Nous avons 200 lycées en France – seulement si j’ose dire, mais c’est déjà trop – dans lesquels la situation est en train de s’enkyster avec des violences. Est-ce que cela correspond au droit de manifester, au droit de grève et à toutes les expressions que la démocratie sociale autorise par notre Constitution ? La réponse est non », a martelé Sébastien Lecornu.
« Les lycéens n’ont pas besoin qu’on leur souffle leur colère »
« Au fond, personne n’est dupe au bout de trois semaines. On voit bien une classe politique qui est en train de courir après le mouvement pour essayer de le récupérer à des fins électorales », a encore dénoncé le locataire de Matignon. Dans son interpellation, la sénatrice a également reproché au gouvernement de prendre les lycéens pour des « marionnettes », en désignant La France insoumise comme la principale instigatrice du mouvement. « Les lycéens n’ont pas besoin qu’on leur souffle leur colère. Ils la vivent déjà eux-mêmes tous les jours, dans des classes à 35, devant la chaise vide d’un professeur qui n’est jamais remplacé, sous des plafonds qui s’effondrent, dans des classes où il fait trop chaud l’été, trop froid l’hiver, avec au ventre l’angoisse de Parcoursup », a-t-elle énuméré.
Citant les premiers retours de la plateforme de concertation mise en place par le ministère de l’Education nationale, Sébastien Lecornu indique que « 79,9 % des remontées concernent l’organisation du temps scolaire et des emplois du temps », avec toutefois de très fortes disparités entre les établissements. « 51 ,5 % des remontées concernent les problèmes bâtimentaires », et « 28 ,4 % les remplacements ».