Les élections municipales passées, une autre élection, moins médiatique, a lieu : celle pour les intercommunales. Entre présidences d’agglomérations, de métropoles, de communautés de communes, qu’on surnomme « com’ com’ », ce sont de nombreux postes importants, qui sont pour l’essentiel occupés par… des hommes.
Une tribune, publié ce vendredi dans Libération et intitulée « Intercommunalités : aux femmes de prendre le pouvoir ! », vient dénoncer cette situation. « Malgré des années de lois, de combats et de discours sur l’égalité, le pouvoir reste massivement masculin. Les chiffres sont là, implacables : en France, les femmes représentent plus de 40 % des élu·es municipaux, mais elles ne sont que 20 % des maires et à peine 12 % des présidentes d’intercommunalités. Autrement dit : plus on monte dans la hiérarchie, plus les femmes disparaissent », pointent les auteures de cette tribune, exclusivement des femmes.
« Ce n’est pas un hasard, c’est un système »
Le texte est signé par Sofia Boutrih, adjointe PCF à la ville de Saint-Denis-Pierrefitte, Cécile Duflot, directrice générale d’Oxfam France, la sénatrice PS et ex-ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes, Laurence Rossignol, l’ex-garde des Sceaux, Christiane Taubira, Clémentine Autain, députée L’Après de Seine-Saint-Denis, la députée Les Ecologistes Sandrine Rousseau, Eva Joly, Marie-George Buffet, ou encore Lilianne Assassi et Laurence Cohen, deux ex-sénatrices communistes.
Pour les auteures de la tribune, cette situation « n’est pas un hasard, c’est un système. Oxfam le dit clairement : seulement 24,7 % des postes clés de pouvoir local sont occupés par des femmes, et à l’échelle de tout le pays, elles ne représentent que 28 % des positions de pouvoir ». Or être à la tête d’une intercommunalité est important. Car « c’est là que se décident les grandes orientations : logement, transports, aménagement, développement économique, et c’est là que se concentre une part essentielle du pouvoir local ».
« La parité existe, mais elle s’arrête là où commence le pouvoir »
« La parité existe, mais elle s’arrête là où commence le pouvoir », ajoute le texte, « car pendant que les listes se féminisent, les postes stratégiques, eux, restent verrouillés : 72 % des délégations aux finances sont détenues par des hommes, et à l’inverse, 72 % des délégations sociales et 94 % de celles liées à la petite enfance sont confiées à des femmes. Aux hommes, le budget, et aux femmes, le social. Autrement dit, aux hommes, la décision, et aux femmes, l’exécution », dénonce la tribune. Si des femmes sont élues, « au moment de désigner celles et ceux qui dirigent vraiment, elles doivent encore trop souvent s’effacer, pour « l’équilibre », pour « l’unité », pour « laisser passer ».
Pour les auteures de la tribune, « ce troisième tour » de l’interco’ « ne peut pas être un nouveau recul. Nous appelons les femmes élues à se présenter, à briguer les présidences d’intercommunalités, à revendiquer les vice-présidences stratégiques, à refuser de se mettre en retrait pour préserver des équilibres qui se font presque toujours à leurs dépens ».