C’est un texte « absolument nécessaire », estime le général Olivier Kempf, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique, lorsqu’il évoque le projet de loi d’actualisation de la loi de programmation militaire (LPM) dont l’examen en commission commence ce mardi 2 juin au Sénat. Malgré un contexte de contrainte budgétaire, le gouvernement veut rallonger le budget de la défense de 36 milliards d’ici 2030. Une somme encore en dessous des enjeux pour les sénateurs qui souhaitent porter le montant à 50 milliards.
Munitions, avions, frégates, le nerf de la guerre
Dans un contexte géopolitique incertain depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, les besoins en munitions et équipements militaires se sont accrus. Alors que le sommet de l’Otan de 2025 a rehaussé l’objectif de dépenses de défense des pays membres à 3,5 % du PIB, cette nouvelle programmation budgétaire doit permettre de tendre vers cet objectif d’ici la prochaine décennie. : « On va passer à 2,5 %, mais ce n’est qu’une marche, de toute façon cette marche reste insuffisante par rapport à l’objectif de 3,5 % du PIB », explique le général Olivier Kempf.
Par ailleurs, la nouvelle LPM doit permettre de restaurer les capacités nationales pour les préparer à un conflit sur la durée. Comme observé en Ukraine, le renforcement des stocks de munitions est identifié comme un secteur prioritaire. « Le taux de consommation de munitions, quand vous êtes dans un conflit assez intense, dépasse toutes les estimations qu’on avait avant », rappelle d’ailleurs Olivier Kempf.
Au-delà des munitions, la LPM doit permettre d’acheter 30 Rafale et trois frégates. « Au tournant des années 1990 on avait 270 avions alignés en arsenal, aujourd’hui on est à 170 ou 140. On est réellement en dessous du besoin nécessaire », note Olivier Kempf. Ce dernier rappelle également que la marine française dispose actuellement de moins de frégates de premier rang que l’Italie.
Une LPM pour se préparer à la « possibilité d’un choc »
Concrètement, ces éléments doivent permettre de se préparer au mieux à la « possibilité d’un choc », explique Olivier Kempf considérant qu’il est « possible que la Russie vienne tester la cohésion de l’alliance ». Dans le cadre de la guerre en Ukraine, plusieurs drones russes sont tombés sur le territoire de pays de l’Otan et de l’Union européenne comme en Roumanie le 29 mai. Dans ce contexte, Olivier Kempf juge indispensable de renforcer « les grands mécanismes d’alliances collectives », a fortiori à un moment où la relation stratégique avec les Etats-Unis est remise en question.