« Y a-t-il d’autres affaires Lyhanna ? » : Gérald Darmanin appelle à la « mobilisation générale » pour « faire la vérité » et recenser les affaires les plus urgentes

Au terme da sa rencontre avec les procureurs généraux, Gérald Darmanin a appelé à la « mobilisation générale » pour déterminer les ratés de l’affaire Lyhanna, « terrible échec de l’action de l’État et de la justice ». Le garde des Sceaux a exigé une revue des 70 000 plaintes concernant des enfants victimes d’ici le 14 juillet puis un bilan avec chaque procureur général, tout en écartant de démissionner.
Christian Mouly

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

C’est une première depuis sa nomination au ministère de la Justice. Gérald Darmanin a réuni tous les procureurs généraux ce lundi 8 juin, place Vendôme, pour échanger sur les faillites mises en lumière par la mort de la jeune Lyhanna, dont le principal suspect a pu agir sans être inquiété malgré de multiples plaintes à son encontre, provoquant une émotion générale.

Un exercice délicat pour le garde des Sceaux, contraint de reconnaître les ratés de la chaîne pénale sans s’aliéner les magistrats, remontés d’avoir été pointés du doigt ces derniers jours. Le ministre a ainsi alterné entre appel à la « remise en cause », menace de sanctions et déclaration de « confiance » pour les magistrats, conscient d’ « à quel point leur travail est difficile ».

« Il faut savoir se remettre en cause »

Il n’empêche, Gérald Darmanin a renouvelé ses mots très durs de la semaine dernière, évoquant « un terrible échec de l’action de l’état et de la justice ». Des défaillances qu’il refuse d’attribuer, « dans ce cas précis », au manque de moyens dont souffre la Justice et que les syndicats de procureurs brandissent depuis l’éclatement de l’affaire. « Il faut savoir se remettre en cause et il faut dire la vérité aux Français quand nous n’avons pas su protéger des enfants, par des systèmes défaillants, par une trop grande lenteur ou la non-application de directives », a-t-il cinglé. Il a une nouvelle fois ouvert la porte à des « sanctions éventuelles » contre des magistrats à l’issue de l’inspection diligentée par Sébastien Lecornu, dont les résultats seront connus dans 15 jours.

La semaine dernière, la chancellerie laissait déjà penser que la circulaire de politique pénale générale du ministre, qui appelle à prioriser les crimes et délits commis contre des enfants, n’a pas été correctement appliquée dans l’affaire Lyhanna. Les instructions étaient les bonnes, pas leur application, a tranché, en substance, Gérald Darmanin, qui a justifié ainsi sa décision de se maintenir en poste. Une réponse aux appels à la démission venus des rangs de la gauche.

Aux attaques, le ministre réplique en décrétant la « mobilisation générale » des procureurs. Ce lundi matin, il leur a demandé, comme annoncé, une revue des quelque 70 000 plaintes concernant des enfants victimes. La priorité devra être donnée aux victimes qui sont encore mineures à l’heure actuelle, alors que beaucoup d’affaires sont traitées longtemps après les faits, voire frappées du délai de prescription. « C’est l’urgence absolue », a-t-il lancé, demandant un « état de fait ressort par ressort, tribunal par tribunal et commune par commune ».

« Y a-t-il d’autres Lyhanna en France ? »

Gérald Darmanin veut voir cette première revue achevée le 14 juillet, soit un délai d’à peine plus d’un mois – ce que nombre de magistrats jugent impossible à tenir. Le ministre recevra ensuite individuellement les procureurs généraux, avant le 31 juillet et à raison de « 3 ou 4 rendez-vous par jour », a-t-il indiqué. De quoi dresser un bilan resserré des défaillances et, surtout, prévenir la survenue d’autres affaires aussi embarrassantes pour la Justice. « Y a-t-il d’autres Lyhanna en France ? Il est légitime de se poser la question », a-t-il interrogé. Gérald Darmanin promet enfin de s’attaquer aux « près de 3 millions de plaintes déposées par les Français, des affaires criminelles et délictuelles qui ne sont pas encore remontés auprès des procureurs de la république ».

Le ministre a tout de même voulu « renouveler (sa) confiance » aux magistrats, fustigeant les menaces de morts qui leur ont été adressées ces derniers jours. Pas suffisant aux yeux du principal syndicat de magistrats, qui a tout de suite réagi à la prise de parole du ministre. Son président juge « inadmissible » que des magistrats « soient désignés responsables et soumis à la vindicte et aux menaces » avant les résultats de l’enquête administrative.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

France Simone Veil
9min

Politique

Bernadette Chirac, l’ancienne Première dame, est morte à 93 ans 

L’épouse du président Jacques Chirac, lui-même disparu en 2019, est morte vendredi 5 juin dans la soirée à 93 ans, annonce sa fille Claude à l’AFP. L’ancienne Première dame qui a progressivement pris la lumière durant les années passées à l’Elysée, a aussi mené une longue carrière d’élue locale, d’abord dans l’ombre de son mari, puis de manière indépendante.

Le

France Missing Girl
7min

Politique

Affaire Lyhanna : « Il y a une chaîne judiciaire qui n’a pas fonctionné, c’est assez accablant », affirme Isabelle Florennes

Depuis les révélations autour du profil de Jérôme Barella mis en examen pour enlèvement et séquestration de Lhyanna dans le Gers le 29 mai, la classe politique jusqu’à Emmanuel Macron pointe les failles de la justice. Les sénateurs attendent que les résultats de l’enquête administrative diligentée par le gouvernement leur soient présentés dans les semaines à venir.

Le