St Denis: JL Melenchon meeting campagne presidentielle 2027
Credit : ISA HARSIN

À Saint-Denis, Mélenchon frappe fort et veut s’imposer comme le candidat du vote utile à gauche

Devant une foule revendiquée de 26 000 personnes réunies au pied de la basilique de Saint-Denis, le leader insoumis a lancé sa campagne présidentielle dans une démonstration de force. Multipliant les messages à destination de l’extrême droite, il s’y présente comme le principal, voire l’unique adversaire du Rassemblement national. — Reportage
Emma Bador-Fritche

Temps de lecture :

6 min

Publié le

La tortue est son emblème. Mais dimanche, le chef de file insoumis a avancé à un tout autre rythme. Le 7 juin après-midi, au pied de la basilique de Saint-Denis, entre les tombeaux des rois de France et une mairie conquise il y a quelques mois par les Insoumis, Jean-Luc Mélenchon a lancé sa campagne présidentielle devant une marée de drapeaux tricolores et une foule revendiquée à 26 000 personnes. Une à une, les figures de La France insoumise apparaissent au balcon de l’hôtel de ville. Mathilde Panot, Antoine Léaument, … À chaque apparition, la foule scande leurs noms. Lorsque le maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, surgit à son tour, poing levé, les ovations montent encore d’un cran. Le symbole n’échappe à personne. En remportant la deuxième ville d’Île-de-France au printemps dernier, l’élu insoumis a fait de Saint-Denis l’incarnation de cette « Nouvelle France » que Jean-Luc Mélenchon entend désormais ériger en récit de campagne. C’est ici, entre l’hôtel de ville et la basilique, que le candidat a choisi de lancer sa quatrième conquête de l’Élysée.

Dès le début de l’après-midi, la place Victor-Hugo se remplit bien au-delà des prévisions. Dix mille participants étaient attendus ; les organisateurs en revendiquent finalement 26 000. Un chiffre répété comme un trophée dans les rangs du mouvement. Les militants débordent du périmètre prévu, s’accrochent aux fenêtres, se hissent aux barrières pour apercevoir la scène. Dans les haut-parleurs résonnent Stevie Wonder, Amadou et Mariam, Aya Nakamura ou encore Théodora. Toutes les composantes de l’écosystème insoumis sont là.

La « Nouvelle France » à l’assaut des symboles

Le choix du lieu est tout sauf anodin. Face à la basilique de Saint-Denis, nécropole des souverains français, Jean-Luc Mélenchon s’installe dans un décor chargé d’histoire. « Je crois à la force des lieux », expliquait-il avant le meeting. Lorsqu’il prend la parole, le candidat exploite immédiatement cette symbolique. « Voyez la basilique. Notre pays s’est inventé ici même », lance-t-il à la foule. Puis il poursuit : « Il faut savoir regarder la France comme ça. Son passé devient une expérience profitable pour le présent. »

Drapeaux tricolores omniprésents, références à l’histoire de France, évocation du « peuple des Lumières » ; tout concourt à démontrer que l’identité nationale ne saurait être abandonnée à la droite et à l’extrême droite. Jean-Luc Mélenchon reprend lui-même le slogan « On est chez nous », longtemps associé au Front national puis au Rassemblement national. Jean-Luc Mélenchon l’inscrit dans une démonstration plus large sur les transformations démographiques et sociales du pays. « Nous ne renierons pas mesdames et monsieur les fachos, les sacrifices et l’amour de nos grands-parents qui nous permettent d’être ici dans ce pays qu’ils ont tant contribué à bâtir. On est chez nous », affirme-t-il avant que plusieurs milliers de personnes ne reprennent le slogan en chœur. À travers sa « Nouvelle France », Mélenchon cherche à démontrer que patriotisme et diversité ne sont pas incompatibles.

Un duel avec Bardella, un avertissement à la gauche

Sur le fond, le discours de Jean-Luc Mélenchon s’inscrit dans une stratégie présidentielle centrée sur un affrontement direct avec l’extrême droite. Le leader insoumis parle davantage de Jordan Bardella et du Rassemblement national que de ses partenaires de gauche, comme si l’issue du premier tour ne laissait déjà place qu’à un duel annoncé. Il dénonce le « suprémacisme » porté selon lui par le Rassemblement national et tente d’installer dans les esprits l’idée d’un affrontement direct entre les deux camps.

Si Jordan Bardella est omniprésent dans le discours, les autres dirigeants de gauche reçoivent eux aussi un message. Et il est particulièrement clair : « La primaire est finie », tranche-t-il devant ses partisans. Le candidat estime que le débat sur une candidature commune appartient désormais au passé. Il se présente comme celui qui a déjà pris l’avantage dans la course à gauche. « C’est nous qui avons gagné l’honneur de marcher en première ligne », affirme-t-il. Puis vient l’appel au vote utile : « Chaque voix compte dès le premier tour. Ceux qui n’ont aucune chance d’accéder au second tour devraient se garder de nous empêcher d’essayer de le gagner. » Le message est limpide. La France insoumise entend apparaître comme la seule force capable d’emmener la gauche au second tour. Après le meeting, Manuel Bompard, député LFI assure que « la discussion reste ouverte » avec les autres formations de gauche, tout en les invitant à rejoindre la campagne déjà lancée.

Le pari Mélenchon

La journée s’achève dans une ambiance de célébration. La Marseillaise retentit, suivie de l’Internationale. Sur scène, plusieurs responsables insoumis esquissent quelques pas de danse tandis que Bally Bagayoko se déhanche sous les applaudissements. Une dernière fois, Jean-Luc Mélenchon apparaît au balcon de l’hôtel de ville pour saluer la foule massée sur la place Victor-Hugo. L’image est celle d’un lancement de campagne réussi. Mais au-delà de l’affluence et de la démonstration militante, le chef de file insoumis cherchait surtout à installer un rapport de force. Face à une gauche encore dispersée et à des concurrents qui n’ont pas encore véritablement lancé leur campagne, il entend apparaître comme le candidat déjà en mouvement.

Dans les semaines à venir, Raphaël Glucksmann, Édouard Philippe ou encore Bruno Retailleau tenteront à leur tour de marquer les esprits. Jean-Luc Mélenchon, lui, a choisi de prendre de l’avance.

À Saint-Denis, il n’a pas seulement lancé sa campagne présidentielle. Il a voulu démontrer que la bataille du premier tour avait déjà commencé, et il entend la mener en chef de file.

Partager cet article

Dans la même thématique

France Simone Veil
9min

Politique

Bernadette Chirac, l’ancienne Première dame, est morte à 93 ans 

L’épouse du président Jacques Chirac, lui-même disparu en 2019, est morte vendredi 5 juin dans la soirée à 93 ans, annonce sa fille Claude à l’AFP. L’ancienne Première dame qui a progressivement pris la lumière durant les années passées à l’Elysée, a aussi mené une longue carrière d’élue locale, d’abord dans l’ombre de son mari, puis de manière indépendante.

Le

France Missing Girl
7min

Politique

Affaire Lyhanna : « Il y a une chaîne judiciaire qui n’a pas fonctionné, c’est assez accablant », affirme Isabelle Florennes

Depuis les révélations autour du profil de Jérôme Barella mis en examen pour enlèvement et séquestration de Lhyanna dans le Gers le 29 mai, la classe politique jusqu’à Emmanuel Macron pointe les failles de la justice. Les sénateurs attendent que les résultats de l’enquête administrative diligentée par le gouvernement leur soient présentés dans les semaines à venir.

Le

PARIS Gerald Darmanin place Vendome
4min

Politique

Affaire Lyhanna : que dit la circulaire de Gérald Darmanin de 2025 ?

Une semaine après la disparition de la jeune Lyhanna à Fleurance, Gérald Darmanin dénonce les « dysfonctionnements » de l’État dans le suivi du principal suspect, actuellement mis en examen. Le ministre de la Justice fait notamment référence à sa circulaire de politique pénale générale, envoyée en janvier 2025, où il appelait au « traitement prioritaire » des violences sur enfants. Celle-ci n’aurait pas été respectée.

Le