Pas une année sans que de nombreux parlementaires ne s’émeuvent du manque d’action dans les textes budgétaires en faveur de la prévention en santé. Le levier est pourtant bien réel. Pour l’Assurance maladie, elle constitue un pilier puissant, aux côtés des mesures de régulation et de qualité des soins, pour maîtriser des dépenses appelées à croître dans le contexte de vieillissement de la population.
« Si on veut que la part du PIB consacré à la santé reste stable, il faut agir sur deux leviers complémentaires. Bien sûr, un levier de régulation, mais ce levier seul ne suffit pas », a expliqué Guillaume Couillard, directeur délégué de la Caisse nationale de l’assurance maladie (Cnam), devant la commission des affaires sociales du Sénat ce 21 octobre. Le haut fonctionnaire estime que les mesures de régulation permettraient d’économiser « une quinzaine de milliards » d’euros d’ici 2030. Le PLFSS, soumis au Parlement cet automne, prévoit de ramener le déficit de l’Assurance à 7,8 milliards d’euros, au lieu des 12,5 milliards en 2026.
« Un rendement de l’ordre de 10 milliards d’euros à horizon 2030 »
La prévention est indispensable pour arriver à contenir l’envolée des dépenses de santé, puisqu’elle permet de s’attaquer à la hausse des maladies chroniques et des polypathologies dans la population, un facteur essentiel dans les défis budgétaires de l’Assurance maladie. « On a estimé que si on était vraiment performant sur ce levier-là, on pouvait espérer un rendement de l’ordre de 10 milliards d’euros à horizon 2030 », a ajouté le directeur général délégué de la Cnam.
Dans cette stratégie, la vaccination occupe une place importante. Le projet de loi de financement prévoit d’ailleurs (à l’article 27) une disposition pour favoriser la vaccination des personnes hospitalisées ou résidents en Ehpad. « C’est une mesure dont on espère qu’elle va nous faire gagner quelques pourcentages d’adhésion de la population aux campagnes de vaccination », a commenté Guillaume Couillard.
De son côté, l’Assurance maladie encourage à mettre l’accent sur la vaccination contre le pneumocoque, car cette pathologie engendre environ 3 milliards d’euros de dépenses d’hospitalisation. Moins de 20 % des plus de 60 ans sont vaccinés aujourd’hui contre elle. La sénatrice Nadia Sollogoub (Union centriste et indépendants) a souligné que les soignants n’étaient « pas très bien vaccinés » également, de manière générale. « Ils entraînent avec eux les patients, si eux-mêmes n’adhèrent pas à la vaccination ! »
Le Nutri-Score, un « retour sur investissement » très fort en matière de santé publique
Évoquant une étude conduite par l’OCDE sur l’impact économique des mesures de prévention en santé, Guillaume Couillard a insisté fortement sur l’affichage informationnel sur les produits alimentaires. « La mesure qui ressort en premier de cette étude, celle qui a le plus fort retour sur investissement si on peut parler de cette façon-là, c’est le Nutri-Score », a développé l’ancien conseiller technique santé à Matignon, lorsqu’Édouard Philippe était en poste.
L’Assurance maladie préconise d’aller au-delà de la présence obligatoire sur les emballages du Nutri-Score, avec l’affichage d’une « petite bannière noire lorsque le produit est ultra transformé ». Actuellement, le PLFSS prévoit d’étendre la taxe sur les boissons sucrées à des produits alimentaires industriels à teneur en sucre ajouté trop élevée, pour un rendement attendu de 300 millions d’euros. Même si la prévalence de sucre dans l’alimentation est bien reconnue pour ses dangers sur la santé, la mesure devrait faire débat chez les parlementaires. « Augmenter le prix, c’est une taxe », a opposé la sénatrice LR Anne-Marie Nédélec, qui estime préférable d’imposer un cahier des charges strict aux industriels.
Les installations de nouveaux médecins ont augmenté de 35 %
La prévention, c’est aussi la qualité et la bonne réussite de la détection, en particulier des cancers. Guillaume Couillard s’est montré rassurant sur la tendance des campagnes de dépistage. « On est plutôt en augmentation sur tous les dépistages », a-t-il confié, parlant par exemple de 70 % de dépistage, organisé et individuel, pour le cancer du sein. La Cnam reste malgré tout préoccupée par les chiffres de dépistage sur le cancer colorectal. « On doit être à 35 %. »
Interrogé par la sénatrice PS Annie Le Houérou, le directeur général délégué a aussi fait état de chiffres en amélioration sur le nombre de médecins, et donc l’accès aux soins. « Les installations de médecins traitants au global, et les installations de médecins traitants en zone sous dense [les déserts médicaux, ndlr] sont en nette augmentation sur l’année 2025 », a-t-il relaté. Selon lui, les installations de nouveaux médecins sur l’ensemble du territoire ont augmenté de 35 %, et même de 42 % dans les zones dites sous denses. Bonne nouvelle aussi pour les personnes en affection de longue durée (ALD), qui étaient sans médecin traitant. « La tendance est orientée à la baisse. Aujourd’hui on est à 4,1 % de patients ALD sans médecin traitant », a exposé le haut fonctionnaire.
Nouvelle campagne à venir pour empêcher la surconsommation d’antibiotiques
La sénatrice LR Corinne Imbert a évoqué les sujets d’antibiorésistance et de surconsommation de médicaments, qui provoquent des bactéries plus résistantes. Une annonce a eu lieu pendant l’audition. L’Assurance Maladie va relancer d’ici la fin de l’année sa campagne historique contre l’antibiorésistance avec une déclinaison renouvelée : « Les antibiotiques, ce n’est vraiment pas automatique ». « Les antibiotiques, c’est pas automatique » était une campagne de sensibilisation des années 2000.
La CNAM a également indiqué qu’elle poussait en faveur de la « désescalade thérapeutique », notamment en cancérologie pour réduire les doses sans perte de bénéfice clinique. Elle encourage aussi de lutter contre le gaspillage. Interrogé sur le retour du débat sur la dispensation de médicaments à l’unité, le directeur général délégué a rappelé que le système de distribution de médicaments n’est « pas prévu » pour cette solution à l’heure actuelle. « Si on le fait, il y un coût de transition et un coût d’équipement des pharmacies, et il faut être sûr que tout ça, à la fin, soit vraiment à la hauteur de ce qu’on espère. »