La canicule aura eu raison des événements festifs, militants et sportifs de ce week-end. A Paris, comme ailleurs en France, les fortes chaleurs ont poussé les préfectures à prendre des arrêtés d’interdiction. Dans la capitale, le festival Solidays n’ouvrira pas ses portes ce soir, et l’hippodrome de Paris-Longchamp ne vibrera pas au rythme de la musique jusqu’à dimanche. La Marche des fiertés prévue demain après-midi ne prendra pas non plus le départ.
Dans un communiqué publié ce vendredi matin, la préfecture de police de Paris « a demandé aux organisateurs d’annuler leurs événements. Dans l’hypothèse où ils n’y consentiraient pas, le préfet de Police les interdira par arrêté ». Une décision motivée par les fortes chaleurs encore attendues jusqu’à la fin de la semaine et la surcharge des hôpitaux parisiens. Le préfet de police Patrice Faure estime que « ces événements [vont] créer un risque élevé d’un dispositif sanitaire déjà mobilisé jusque dans ses limites ».
Une interdiction acceptée
Le couperet est tombé à quelques heures de la tenue de ces événements mais a été accepté par tous les organisateurs bien que la temporalité de la décision interpelle certains d’entre eux. « On comprend cette décision, car il s’agit de santé publique, mais on peut regretter que l’annulation ait été décidée ce matin, sans concertation. Nous attendons l’arrêté d’interdiction de la préfecture car ce sont eux qui annulent et pas nous qui annulons », explique Anouk Veyret, co-présidente de l’Inter-LGBT organisatrice de la Marche des fiertés parisienne qui attendait 500 000 personnes venues de toute l’Europe samedi. « On comprend cette décision, on l’entend, on l’accepte », indique Luc Barruet, directeur et fondateur du festival Solidays.
La préfecture a-t-elle tout fait pour sauver ces événements jusqu’au dernier moment ? « Il y a vraiment eu une volonté de leur part de monitorer jusqu’à la dernière minute et de prendre la décision la plus proche de la réalité. Personne n’avait envie de voir cette Marche des fiertés annulée », indique Annah Bikouloulou, adjointe au maire de Paris en charge de l’égalité, de la lutte contre les discriminations et des droits humains. Un avis partagé par Luc Barruet, également directeur et fondateur de l’association Solidarité Sida. « Cette décision est intervenue tardivement parce que les gens qui sont nos interlocuteurs se sont battus jusqu’au bout pour croire qu’il y avait peut-être une issue qui nous était plus favorable », a-t-il expliqué lors d’une conférence de presse organisée à la hâte ce vendredi midi.
« Nous avons répondu aux demandes de la préfecture »
Les efforts des organisateurs pour s’adapter à la canicule n’auront donc pas suffi pour convaincre la préfecture. L’inter-LGBT avait augmenté son nombre de secouristes et d’ambulances présents pour la Marche des fiertés et loué un deuxième camion-citerne pour arroser la foule. Au moment où l’interdiction est tombée, les bénévoles étaient sur le point de débuter l’installation d’un dispositif de brumisation sur la place de la République à Paris. Lors de sa conférence de presse, le directeur des Solidays a également détaillé le dispositif prévu sur l’hippodrome Paris-Longchamps pour « que les gens se protègent du soleil et se rafraîchissent » : des brumisateurs, des jets d’eaux, des camions frigorifiques pour conserver les 80 palettes de bouteille d’eau au frais.
Des mesures prises en concertation avec le préfet de police tout au long de la semaine : « Nous avons répondu à toutes les demandes de la préfecture », indique Anouk Veyret. Mais comme l’a rappelé le directeur des Solidays, « le risque zéro n’existe pas » et personne ne pouvait garantir à 100 % que ces évènements ne participent pas à engorger les hôpitaux avec des patients en hyperthermie.
Compensation de l’Etat ?
Mais ces interdictions de dernière minute ne sont pas sans conséquences financières pour les organisateurs. D’abord pour le festival Solidays dont les recettes représentent 70 % du budget de l’association Solidarité Sida. « Nous perdons immédiatement 3 millions d’euros de résultat », détaille Luc Barruet alors même que l’association est « dans une situation économique un peu tendue ». Son directeur assure ne pas savoir « de quoi va être fait l’avenir de Solidarité Sida » et en appelle à la solidarité des acteurs privés et publics car l’association finance des programmes dans 18 à 21 pays contre la propagation du VIH. « C’est le moment où l’Etat devrait dire qu’en même temps qu’il annule ce type de manifestations, il fournit une aide directe », plaide Anne Souyris, sénatrice écologiste de Paris et engagée dans la lutte contre le VIH. « L’Etat doit compenser ces 3 millions d’euros, c’est primordial », abonde Antoine Alibert, adjoint au maire de Paris en charge de la Santé qui précise que la ville subventionne l’évènement à hauteur de 650 000 euros. Contactés sur ce point, ni le ministre de l’Intérieur, la ministre de la Santé et la ministre de la Culture n’ont donné suite à nos sollicitations.
De leur côté, les 165 organismes qui ont engagé des frais pour la Marche des fiertés font leurs comptes. « La boulangerie qui nous a fait 300 sandwichs pour nos bénévoles demain, on est obligé de la payer », explique Anouk Veyret qui attend de contacter tous ses prestataires pour avoir une vue d’ensemble sur ce qui devra être dépensé. D’autant que la Marche sera reportée probablement au mois de septembre. « Il faudra voir si les camions pour les chars sont disponibles à ce moment-là. La décoration n’est pas perdue, il faut la stocker », raconte Alban Vanderkerkove, président de l’association de rugby les Coqs festifs. « On va devoir rembourser l’aller-retour et l’hôtel de notre DJ mais ce n’est pas ça qui va nous couler », ajoute-t-il. Même constat pour le char prévu par la fédération des sports LGBT qui sur 5500 euros engagés va perdre 510 euros « de petit matériel en lien avec la canicule : des glaçons, des pistolets à eau, des bouteilles d’eau », énumère Kévin Lévêque, en charge de l’organisation du char.
« Ça pose une question plus globale : quels moyens seront mis en place pour que ces annulations ne se répètent pas à l’avenir ? Parce que les canicules vont se multiplier », ajoute Annah Bikouloulou membre des Ecologistes. La sénatrice de son parti politique Anne Souyris demande également une loi pour mieux encadrer l’annulation de ce type d’événements qui ne sont pas considérés comme des catastrophes naturelles en dépit des pertes générées.