Carburants : en attendant les annonces, le Sénat fustige une écologie punitive
Alors que se tenait ce lundi à Matignon, une réunion destinée à trouver des pistes pour accompagner la hausse des prix et des taxes sur les carburants, au Sénat, on pointe les tâtonnements de l’exécutif au préjudice des Français.

Carburants : en attendant les annonces, le Sénat fustige une écologie punitive

Alors que se tenait ce lundi à Matignon, une réunion destinée à trouver des pistes pour accompagner la hausse des prix et des taxes sur les carburants, au Sénat, on pointe les tâtonnements de l’exécutif au préjudice des Français.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

« Je ne souhaite pas de chèque carburant. Je l’ai déjà dit. Je pense qu’un chèque carburant, c’est subventionner le pétrole. C'est-à-dire subventionner notre dépendance vis-à-vis de puissances étrangères ». Sur France Inter ce matin, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire a donc clairement écarté cette piste pour atténuer la hausse des prix et des taxes sur les carburants.

Mais pour les arbitrages définitifs, il va falloir encore attendre quelques jours. Depuis la semaine dernière, les réunions interministérielles se succèdent. Ce lundi, les ministres, Bruno Le Maire, François de Rugy, Gérald Darmanin et Élisabeth Borne étaient, pour la troisième fois en huit jours, réunis à Matignon autour d’Édouard Philippe, afin de finaliser les mesures dites d’accompagnement à la transition écologique. Le temps presse pour l’exécutif. À cinq jours de la journée de mobilisation des « gilets jaunes » du 17 novembre, le problème semble insoluble : concilier écologie et pouvoir d’achat des Français.

Quelles mesures seront annoncées avant le 17 novembre ?

Le Premier ministre, Édouard Philippe devrait s’exprimer mercredi et parmi les pistes déjà évoquées, le renforcement du chèque énergie arrive donc en tête. Il passerait de 150 à 200 euros pour payer les factures de fioul de chauffage, de gaz ou d’électricité. 6 millions de Français y seraient éligibles contre 4 millions actuellement. La prime à la conversion pour l’achat d’un véhicule plus propre pourrait également toucher un plus grand nombre de véhicules. Près d’un million d’ici 2022 contre 500 000 prévus actuellement. L’exécutif pourrait, enfin, accélérer la mise en place, dès le début de l’année prochaine d’un forfait covoiturage de 200 euros, versé par les employeurs à leurs salariés.

« Hold-up fiscal »

Au Sénat, d’un bout à l’autre de l’hémicycle, cette hausse des taxes sur les carburants est fustigée. « Sentiment de Hold-up fiscal » pointait jeudi dernier lors des questions au gouvernement, le sénateur communiste, Fabien Gay. Huit jours plutôt, c’est le sénateur socialiste du Doubs, Martial Bourquin qui, lors d’un échange houleux avec le ministre de la Transition écologique, lançait : « Ce n’est pas parce qu’on peint un matraquage fiscal en vert, qu’il devient écologique ».

C’est en effet l’un des principaux reproches fait au gouvernement. Seule une petite partie des 34 milliards de la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE), servirait au financement de la Transition écologique. « La taxe carbone en elle-même, c’est 7,9 milliards d’euros en 2019. Le soutien aux énergies renouvelables et le soutien aux infrastructures de transports, c’est 8,5 milliards d’euros. Ce sont des chiffres équivalents » s’est défendu, François de Rugy, jeudi, au micro de Public Sénat.

La droite sénatoriale souhaite revenir « à un examen annuel » du niveau de la taxe carbone

Du côté de la majorité sénatoriale, on pointe une fiscalité écologique punitive accélérée par le gouvernement. « Il faut faire en sorte que l’effort soit réparti équitablement sur tous les acteurs. « Nous avons l’opportunité de changer le logiciel de la pensée politique et le gouvernement réagit dans l’urgence et à tâtons » regrette Jean-François Husson, rapporteur du budget consacré à l’écologie. « Le rehaussement de la trajectoire carbone cumulé au rapprochement accéléré du diesel et de l'essence aura pour conséquence une forte hausse de la fiscalité pesant sur les produits énergétiques d'ici à 2022 » relevait-il dans son rapport, l’année dernière. Raison pour laquelle, le président du Sénat, Gérard Larcher, a demandé à revenir « à un examen annuel du niveau de la taxe sans écarter les préoccupations écologiques » lors de l’examen du prochain budget.

 

Pour autant, la droite sénatoriale rejette l’idée d’un chèque carburant de 100 euros mensuels, proposé par deux députés LR, Damien Abad et Guillaume Pelletier. « Nous ne sommes pas du tout sur cette ligne-là au Sénat (…) Il faut faire simple et il faut repenser la taxation des carburants (…) et la gérer en fonction du prix du baril » a indiqué à Public Sénat, la présidente de la commission des affaires économiques, Sophie Primas qui espère un « moratoire » sur les prix du carburant.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: Deputes dans la salle des quatre colonnes
7min

Politique

Sénatoriales dans les Bouches-du-Rhône : dénonçant sa place sur la liste de Renaud Muselier, Valérie Boyer se lance de son côté

La sénatrice LR sortante, qui avait obtenu l’investiture à la troisième place d’une liste d’union UDI-Renaissance-LR, demandait la première place. Après avoir dénoncé un accord déséquilibré et se sentant « en décalage politique », Valérie Boyer décide de lancer sa liste dissidente. Renaud Muselier « regrette qu’elle ait cassé l’accord ». De quoi amener une dose d’incertitude de plus dans le scrutin.

Le

Tribute to Edgar Morin
7min

Politique

Présidentielle 2027 : « La candidature de Bernard Cazeneuve traduit la difficulté de notre personnel politique à se renouveler », selon Bruno Cautrès

Bernard Cazeneuve s'avance un peu plus sur le chemin déjà bien embouteillé de la présidentielle. Sans se déclarer officiellement candidat, l'ancien Premier ministre vient de publier une « Lettre aux Français » aux allures de programme, couplée à une interview dans Le Parisien dans laquelle il réaffirme son positionnement social-démocrate. Un espace déjà convoité par François Hollande et Raphaël Glucksmann.

Le

Montrouge: Entretiens politiques sur l energie avec Terra Nova
9min

Politique

Présidentielle : devant ses amis réunis à la questure du Sénat, François Hollande se prépare et met en garde contre les « candidatures de témoignage »

L’ancien chef de l’Etat, qui aspire à la redevenir, a réuni ses fidèles mercredi soir à la questure du Sénat. François Hollande, qui sortira un livre début septembre, planche sur « quelques grandes idées ». S’il n’est pas encore déclaré, il espère être en situation pour pouvoir se lancer. Mais pour lui, l’éventuel retour à l’Elysée ne passera pas par la case primaire.

Le

Paris: Questions au Gouvernement Assemblee nationale
8min

Politique

Interdiction du voile : en envisageant la piste d'un référendum, Marine Le Pen met la pression sur le Conseil constitutionnel

Mesure phare du programme de Marine Le Pen depuis de nombreuses années, l'interdiction du voile dans l'espace public nourrit quelques divisions au sein du RN. Selon les informations du Monde, la candidate à la présidentielle privilégierait désormais la piste du référendum pour faire passer cette réforme qui, sur le principe, serait contraire à la Constitution. Une voie qui permettrait d'éviter une censure a posteriori du Conseil constitutionnel. Le rôle des Sages serait toutefois déterminant en amont de la consultation des citoyens. Explications

Le