Finances locales : « Notre intention n’est pas de maintenir un mécanisme de sanction », annonce Élisabeth Borne au Congrès des maires
En clôture du Congrès des maires, Porte de Versailles à Paris, la première ministre, Elisabeth Borne, a annoncé vouloir partir d’un nouveau pied avec les collectivités locales. Elle a annoncé la fin d’un dispositif qui contraignait les élus locaux à modérer leurs dépenses, les fameux « contrats de Cahors ».  

Finances locales : « Notre intention n’est pas de maintenir un mécanisme de sanction », annonce Élisabeth Borne au Congrès des maires

En clôture du Congrès des maires, Porte de Versailles à Paris, la première ministre, Elisabeth Borne, a annoncé vouloir partir d’un nouveau pied avec les collectivités locales. Elle a annoncé la fin d’un dispositif qui contraignait les élus locaux à modérer leurs dépenses, les fameux « contrats de Cahors ».  
Simon Barbarit

Par Public Sénat

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Elisabeth Borne a entendu « les remarques » des associations d’élus. L’intégration surprise d’un contrat de confiance dans le budget 2023, visant à intégrer les collectivités au redressement des finances publiques, avait soulevé une certaine animosité. Le dispositif « des contrats de confiance » proche de celui « des contrats de Cahors », abandonné en 2020 suite aux protestations, limite la hausse des dépenses de fonctionnement des collectivités à hauteur de l’inflation, diminuée de 0,5 %, sur la durée du quinquennat, agrémenté d’un système de sanction spécifique en cas de dépassement.

« Nous ne voulons pas de nouveaux contrats de Cahors »

« L’engagement pris était sur l’absence d’un retour aux contrats de Cahors. La réalité, c’est un dispositif encore plus violent », avait dénoncé, il y a quelques jours, David Lisnard, le président de l’AMF sur Public Sénat.

Le gouvernement change aujourd’hui son fusil d’épaule. « Notre intention n’est pas de maintenir un mécanisme de sanction. Nous ne voulons pas de nouveau contrats de Cahors. Nous devons trouver un chemin avec les parlementaires, avec vous », a annoncé la première ministre, en clôture du Congrès de l’AMF, reconnaissant que ce dispositif avait pu apparaître « comme vexatoire, voire inutile ».

Elisabeth Borne ne lâche en revanche pas sa volonté de maintenir « une trajectoire des finances publiques crédible ». Ainsi, comme le demandait notamment le président LR du Sénat, Gérard Larcher, « chacun doit prendre sa juste part à l’effort national. Cette trajectoire sera la même pour l’Etat et les collectivités ». Un objectif sera « toujours inscrit dans la loi, c’est une obligation pour répondre aux attentes européennes », précise-t-on à Matignon, où on ajoute : « Les collectivités et l’Etat sont soumis au même niveau d’exigence ». Les collectivités ne sont donc pas exemptées d’efforts, mais le feront au même titre que l’Etat.

L’annonce de la suppression de ces nouveaux contrats de Cahors a été saluée par une salve d’applaudissements des maires réunis au Parc des expositions à Paris. C’est donc une autre version du budget, actuellement en examen au Sénat, qui devra être adopté à l’Assemblée nationale, probablement via l’article 49 alinéa 3 de la Constitution.

Pas d’indexation de la DGF sur l’inflation

Un autre objectif de l’AMF était la mise en place d’une indexation de la dotation générale de fonctionnement (DGF). Cette dernière, déjà revalorisée à 320 millions contre 210 auparavant, reste insuffisante pour les représentants de l’association qui souhaitent l’indexer sur l’inflation.

Sur ce point, la Première ministre a rappelé que cette hausse de 320 millions « était une première en 13 ans ». « Grâce à cette décision 95 % des communes verront leur DGF se stabiliser ou augmenter », a-t-elle vanté.

Cette hausse est « de l’esbroufe communicationnelle », a commenté David Lisnard sur le plateau de Public Sénat à l’issue du discours, comme il l’avait expliqué lundi (voir notre article).

Mercredi soir, le Sénat a modifié le projet de loi de finances (PLF), en revalorisant la dotation globale de fonctionnement la hauteur de l’inflation prévue pour 2023, soit 4,2 %, représentant 1,1 milliard d’euros. Mais cette modification ne devrait pas survivre à la navette parlementaire.

Energie : « Nous allons baisser les seuils pour rendre le filet de sécurité plus accessible »

Le gouvernement ne reste pourtant pas les bras croisés. La première ministre a rappelé les mesures d’urgence prises pour aider les collectivités à faire face aux coûts de l’énergie : amortisseur électricité, filet de sécurité, sans oublier une hausse de 320 millions d’euros de la dotation globale de fonctionnement. « Au total, c’est 2,5 milliards d’euros de soutien aux collectivités ». « S’il faut adapter ces outils, nous les adapterons », (r) assure Elisabeth Borne, qui a déjà « décidé de simplifier ces aides ».

« En s’appuyant sur le travail du Parlement, nous allons baisser les seuils pour rendre le filet plus accessible, nous allons simplifier les critères, devenus trop complexes et trop nombreux », affirme-t-elle, alors que le Sénat a justement élargi, mercredi soir, le filet de sécurité, dans le cadre de l’examen du budget 2023.

Zéro artificialisation nette des sols : des dérogations seront possibles

Autre sujet sensible, que connaissent les maires : la zéro artificialisation nette des sols. A l’horizon 2030, le rythme d’artificialisation des sols devra être réduit de moitié. Mais le sujet ne « doit pas raviver de vieilles querelles entre territoires urbains et ruraux. Je pense en particulier aux maires de montagne », souligne la première ministre. Comme l’a annoncé la veille Emmanuel Macron devant mille maires, réunis à l’Elysée, « nous devons territorialiser et différentier nos objectifs » en la matière.

Lire aussi » « Zéro artificialisation nette » : la droite sénatoriale demande un moratoire

« Des sujets d’envergure nationaux comme les lignes à grande vitesse et les projets d’infrastructures ne seront pas décomptés à l’échelle de la région mais à l’échelle nationale ». De quoi sortir « la LGV Occitanie ou le Canal Seine-Nord », précise-t-on à Matignon. Autre idée : « Les communes rurales auront une facilité de construction, en particulier lorsqu’elles ont peu construit par le passé », ajoute Elisabeth Borne. Les communes pourront « contractualiser avec les préfets pour obtenir des dérogations aux objectifs nationaux, dès lors que ça correspond à un projet d’intérêt majeur », précise Matignon.

« Les communes doivent être intéressées par l’accueil d’entreprises sur leurs territoires »

Sur la suppression de la CVAE, impôt dont bénéficient les collectivités, la première ministre « entend » les inquiétudes, et répète que « cette suppression sera compensée par la TVA, qui est une recette plus dynamique ». Il sera tenu « compte du développement de l’activité économique ». « Les communes doivent être intéressées par l’accueil d’entreprises sur leurs territoires. Nous établirons ensemble la clef des recettes supplémentaires », précise la locataire de Matignon, qui entend faire du dialogue sa marque de fabrique, dans la relation qu’elle construit avec les collectivités.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

France Politics
9min

Politique

[Série 2/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : avec l’affaire Benalla, le temps du contre-pouvoir

Le Sénat et Emmanuel Macron. 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Avec l’affaire Benalla, le Sénat s’érige en contre-pouvoir du macronisme triomphant. Une forme de revanche, qui va créer des moments de fortes tensions entre l’exécutif et la majorité sénatoriale. Le Sénat va jouer à fond son rôle de contrôle, avec une conception plus anglo-saxonne des commissions d’enquête.

Le

Heat wave at Ehpad in Bordeaux
3min

Politique

Ehpad : « Ça s’est un peu amélioré, mais on est loin du compte. » alerte la sénatrice Anne Souryis

Le placement de personnes âgées en Ephad est toujours une étape redoutée par les familles. Les principaux intéressés ne veulent pas quitter leur domicile et l’entourage craint toujours une mauvaise prise en charge. Des craintes amplifiées depuis l’enquête de Victor Castanet dans son livre « Les Fossoyeurs » en 2022 qui a révélé un système privilégiant le rendement au détriment du bien être des patients. Depuis, les politiques se sont emparés du sujet, mais les moyens déployés sont-ils suffisants ? La prise en charge s’est-elle améliorée ? Et quelles sont les alternatives ? La sénatrice écologiste Anne Souyris et le gériatre Jean-Pierre Aquino en débattent dans l’émission Et la santé, ça va ? présentée par Axel de Tarlé.

Le

Finances locales : « Notre intention n’est pas de maintenir un mécanisme de sanction », annonce Élisabeth Borne au Congrès des maires
5min

Politique

Ingérences étrangères : « Depuis les années 2010, aucun rendez-vous électoral n’a été épargné »

A l’heure de la manipulation des algorithmes et du recours croissant à l’intelligence artificielle sur les plateformes numériques, des experts alertent le Sénat sur la multiplication d’ingérences d’origine étrangères en Europe. Avec pour objectif de déstabiliser les périodes électorales, à coups de désinformation et d‘altération de la confiance envers les institutions.

Le

Macron Sénat 1 ok
9min

Politique

[Série 1/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : un début constructif, avant la montée des tensions

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Après des débuts plutôt bienveillants, la relation va vite se tendre sur les collectivités, avant qu’elle ne se dégrade sur le projet de réforme constitutionnelle, qui finira enterré.

Le