Et à la fin, c’est Kanner qui gagne. Les sénateurs PS ont élu ce mardi leur président de groupe, ou plutôt réélu. Car le président sortant, Patrick Kanner, se maintient à la tête du groupe PS du Sénat. Il l’emporte par 39 voix contre 19, 4 blancs et 1 nul, face à Rachid Temal, sénateur du Val-d’Oise, qui avait occupé le poste de premier secrétaire du PS par intérim. Elu au poste pour la première fois en 2018, réélu en 2020 et en 2023, le sénateur socialiste du Nord est reconduit pour la quatrième fois de suite.
« De toute évidence, les membres du groupe ne voulaient pas de changement »
« De toute évidence, les membres du groupe ne voulaient pas de changement », constate une sénatrice à la sortie. « Il faut travailler à l’unité, et dans l’unité, pour que chacun soit respecté et contribue à la réussite de ce mandat particulier, avec l’arrivée d’un groupe RN », réagit le sénateur Michaël Weber, qui avait un temps pensé se présenter.
La candidature de Rachid Temal n’aura pas convaincu une majorité de ses collègues. Ce dernier reprochait notamment un manque de collégialité, de lien avec la direction du parti et d’animation politique à l’ancien ministre de la Ville de François Hollande. Mais les 62 sénateurs socialistes ont préféré la continuité. Un groupe qui ressort des sénatoriales sans trop de pertes, passant de 64 à 62 sénateurs. Le cas de François Rebsamen, ancien président du groupe mais aussi ex-ministre d’Emmanuel Macron, qui demande à intégrer le groupe, devra être tranché collégialement.
« Grand oral » et « intox »
C’est plus une question d’incarnation que d’animation, qui était ici en jeu. Car Patrick Kanner comme Rachid Temal sont issus du même courant au PS, soit le « TOC », le texte d’orientation porté par Nicolas Mayer-Rossignol, lors du dernier congrès du PS. Il peut exister des différences, mais tous les deux sont sociaux-démocrates, tous les deux apprécient François Hollande et tous les deux veulent la clarté vis-à-vis de LFI, c’est-à-dire que les socialistes coupent les ponts avec le parti de Jean-Luc Mélenchon.
Entre « grand oral » pour les candidats, passé mardi par les soutiens d’Olivier Faure, ou discussions de couloir, c’est une campagne discrète, mais non moins intense, qui s’est déroulée. Non sans quelques « intox » ou « boules puantes », comme l’ont raconté les sénateurs PS (lire notre article sur le sujet)
Selon nos informations, le TOA se serait davantage tourné vers Rachid Temal, quand le TOB (courant de Boris Vallaud) s’est dirigé vers Patrick Kanner. Si la lecture par courant n’explique pas tout, après le renouvellement, les nouveaux rapports de force interne donnent 27 sénateurs affiliés au TOC, 19 pour le TOA et 12 pour le TOB, selon un sénateur PS. De quoi éclairer en partie le vote.
« Le fait que Rachid Temal se soit rapproché d’Olivier Faure pour sa campagne a été mal perçu »
Mais la dimension personnelle a joué. « Je crois que c’est la connaissance des personnes, qui s’inscrit dans le temps. La politique, c’est aussi de l’humain. Certains votent par amitié, fidélité », relève un membre du groupe, qui pense que « c’était très sain d’avoir un challenger. Ça permet aussi d’avoir de nouvelles propositions, une nouvelle dynamique ». Un autre donne une explication plus politique, à la défaite de Rachid Temal : « Le fait que Rachid se soit rapproché d’Olivier Faure pour sa campagne a été mal perçu je pense. Il a quand même été le plus dur contre lui pendant des années. Toutes les ambitions ne justifient pas tout », avance un sénateur PS.
« Mais ce rapprochement n’était pas politique. Il pointait le fait que le groupe n’a pas vraiment de lien avec le parti, avec Olivier Faure. Son engagement était qu’il y ait beaucoup plus de liens entre les deux », avance un autre sénateur, qui ajoute : « Quand on est président de groupe, on ne représente pas un TO, mais le groupe dans son intégralité ». A la fin, « Rachid Temal a serré la main à Patrick Kanner. Patrick a dit qu’ils allaient se voir, pour reprendre des propositions qui sont faites. Ce n’était pas la guerre », tempère une sénatrice. Mais une bataille plus feutrée, qui connaît aujourd’hui son dénouement.