Loi Pacte : le Sénat rejette l’article sur la prise en compte des enjeux sociaux et environnementaux
Le projet de loi Pacte veut repenser la place des entreprises dans la société, en consacrant dans le Code civil la notion d’intérêt social. La droite sénatoriale y a vu une épée de Damoclès au-dessus des TPE et PME, et a supprimé l’article 61 du texte.

Loi Pacte : le Sénat rejette l’article sur la prise en compte des enjeux sociaux et environnementaux

Le projet de loi Pacte veut repenser la place des entreprises dans la société, en consacrant dans le Code civil la notion d’intérêt social. La droite sénatoriale y a vu une épée de Damoclès au-dessus des TPE et PME, et a supprimé l’article 61 du texte.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Après les privatisations d’Aéroports de Paris et de la Française des jeux, le Sénat a retiré, dans la nuit de mercredi à jeudi, l’une des autres dispositions phares du projet de loi Pacte (croissance et transformation des entreprises) : le renforcement du rôle social et environnemental des entreprises.

S’inspirant du rapport remis en mars 2018 par Jean-Dominique Senard et Nicole Notat (« l’entreprise, objet d’intérêt collectif »), l’article 61 du texte prévoyait de dépoussiérer l’un des chapitres du Code civil sur l’entreprise. Dans sa version actuelle, l’article 1833 dispose que « toute société doit avoir un objet licite et être constituée dans l'intérêt commun des associés ». Le projet de loi Pacte prévoyait de le compléter, à la lumière de nouveaux enjeux du XXIe siècle : « La société est gérée dans son intérêt social, en prenant en considération les enjeux sociaux et environnementaux de son activité. »

Selon le gouvernement, l’article ne fait que consacrer une jurisprudence sur l’intérêt social, et oblige les employeurs à examiner les effets de leurs décisions sur le plan social et environnemental. Il n’est question que d’une obligation de moyens, et non de résultats.

Risque de contentieux

Une très grande partie du groupe LR a considéré que cette modification risquait de créer une instabilité juridique pour les entreprises, en contradiction avec l’objectif du projet de loi, à savoir simplifier leur quotidien et assouplir certaines contraintes. « Il est de nature à favoriser des actions en responsabilité en raison d'une prise en considération, que certains acteurs pourraient estimer insuffisante, des enjeux sociaux et environnementaux. Comment le juge interprétera-t-il alors cette notion imprécise ? » s’est inquiétée la sénatrice (LR) Patricia Morhet-Richaud.

« Cela n'impose aucune contrainte supplémentaire mais sécurise les entreprises », assure le rapporteur du texte

Comme nous l’avions expliqué, ce point du projet de loi avait déjà suscité des craintes lors de l’examen en commission spéciale au mois de janvier (relire notre article). Michel Canevet, le rapporteur (UDI) de ce chapitre, a rappelé à ses collègues que la commission avait retravaillé la rédaction, pour la sécuriser juridiquement. Regardez :

Intérêt social de l'entreprise : la commission spéciale sur la loi Pacte défend sa position
03:04

Pour le sénateur centriste, « on ne peut faire l’économie d’une évolution de la définition de l’entreprise ». Il a d’ailleurs pris l’exemple de la sécurité alimentaire, épinglée d’ailleurs la veille dans le dernier rapport annuel de la Cour des comptes (relire notre article). « Nous sommes tous choqués des scandales alimentaires qui se multiplient. La responsabilité sociale des entreprises figure dans le Code de commerce, mais il convient de l'étendre à toutes les formes de société. »

« Irréaliste pour une TPE ou une PME », dénonce un sénateur UDI

Pas suffisant pour convaincre ses collègues. Marc Laménie (LR), s’est inquiété d’une « nouvelle embûche pour le monde économique ». Sophie Primas, présidente (LR) de la commission des Affaires économiques (LR), a estimé, sur la responsabilité sociale et environnementale, que c’était aux « entreprises d'en faire un outil de différenciation » et que « l'inscrire dans le Code civil anéantirait cet élan ».

La secrétaire d’État Agnès Pannier-Runacher, qui a reçu sur cet article le soutien inhabituel du sénateur communiste Fabien Gay, n’aura pas réussi à faire infléchir la droite sénatoriale. « C'est un article équilibré, qui ne présente pas de risque d’ouvrir la boîte de Pandore», selon elle. « La rédaction a été pesée au trébuchet avec le Conseil d'État », a-t-elle tenté de rassurer.

Enjeux sociaux et environnementaux : « C'est un article équilibré » (Pannier-Runacher)
02:20

« La ministre dit que tout a été pesé au trébuchet. En fait, ce qui nous gêne, c’est que toute cette notion est risquée, elle est extrêmement large […] Comme toute obligation de moyens, il convient de se ménager la preuve que cette dernière a bien été remplie […] Tout ça est irréaliste pour une TPE ou une PME », a répliqué le sénateur (UDI) Olivier Cadic, entrepreneur de profession, et qui se définit comme libéral.

Enjeux sociaux et environnementaux : « cette notion est risquée, extrêmement large » (Olivier Cadic)
01:37

Partager cet article

Dans la même thématique

Loi Pacte : le Sénat rejette l’article sur la prise en compte des enjeux sociaux et environnementaux
2min

Politique

PMA : « pour un projet on ne peut plus intime on ne devrait pas avoir à traverser des frontières », déplore cette lyonnaise après neuf tentatives

C’est historique. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, le nombre de décès en France a dépassé celui des naissances en 2025. Mais à rebours de cette tendance démographique, certains couples se battent pour avoir des enfants. C’est le cas d’Eugénie, originaire de Lyon, qui a été contrainte de partir à l’étranger pour bénéficier d’un parcours de PMA plus rapide. Interrogée par Quentin Calmet, elle témoignage de ses obstacles et difficultés dans l’émission Dialogue Citoyen.

Le

Paris : Vote on the 2026 budget bill at the Senate
8min

Politique

[Série 4/4] Macron et le Sénat, 10 ans de relations : du « Sénat bashing » à « une forme d’aura » retrouvée

Le Sénat et Emmanuel Macron. Bientôt 10 ans d’une relation tumultueuse, faite de moments électriques, de réchauffement, de pragmatisme et d’attaques. Une décennie de vie politique et parlementaire, sur laquelle publicsenat.fr revient cet été. Dix ans de macronisme auront finalement permis au Sénat, souvent critiqué, de redorer son blason. Rôle de contre-pouvoir renforcé avec les commissions d’enquête, travail législatif mis en lumière, hémicycle apaisé et constructif par rapport à l’Assemblée : c’est la recette qui a permis à la Haute assemblée de réaffirmer son rôle institutionnel.

Le

Loi Pacte : le Sénat rejette l’article sur la prise en compte des enjeux sociaux et environnementaux
3min

Politique

« Il peut y avoir des moments festifs sans pour autant être obligé de boire » juge la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly

En ce début d’année, un million de Français ont choisi de ranger leurs verres pour relever le défi du « dry january » ou « janvier sobre ». Une pause bienvenue dans un pays où l’alcool est omniprésent dans la vie sociale et reste responsable de milliers de morts chaque année. Souvent taboue et parfois accentuée par la pression sociale, l’addiction à l’alcool constitue un enjeu de santé publique majeur. Comment réduire les risques ? l’addictologue Delphine Moisan et la sénatrice communiste Cathy Apourceau-Poly sont les invitées de l’émission Et la santé ça va ? pour en débattre.

Le

francois-patriat-en-septembre-dernier-photo-sipa-jeanne-accorsini-1680805422
6min

Politique

« Adieu Fanfan » : le sénateur François Patriat, ancien socialiste, fidèle d'Emmanuel Macron est mort à l'âge de 83 ans 

Le sénateur de Côte-d’Or est décédé à l’âge de 83 ans. En 2016, François Patriat avait été parmi les premiers soutiens d’Emmanuel Macron, au moment où il se lançait dans la campagne présidentielle. Jusqu’en 2026, le Bourguignon restera l’un des plus proches soutiens du président de la République. Le dernier acte d’une très longue carrière de parlementaire entamée dans les années 80.

Le