Porno : le Sénat veut bloquer l’accessibilité des sites aux mineurs
Mardi soir, lors de l’examen de la proposition de loi visant à protéger les victimes de violences conjugales, le Sénat a adopté à l’unanimité un amendement qui impose aux sites pornographiques de mettre en place un contrôle de l’âge de leurs clients.

Porno : le Sénat veut bloquer l’accessibilité des sites aux mineurs

Mardi soir, lors de l’examen de la proposition de loi visant à protéger les victimes de violences conjugales, le Sénat a adopté à l’unanimité un amendement qui impose aux sites pornographiques de mettre en place un contrôle de l’âge de leurs clients.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Avec 25 millions de clics par jour, les « tubes » pornographiques font florès en France. Accessible sur smartphones ou tablettes, l’accès à ces plateformes, souvent basées dans des paradis fiscaux qui ne coopèrent pas avec la France, est devenu un enjeu pour la protection de l’enfance. « 50% des enfants de moins de 12 ans, ont déjà vu un film pornographique en entier » s’alarme la sénatrice LR Marie Mercier, rapporteure de la proposition de loi visant à protéger les victimes de violences conjugales, adoptée à l’unanimité, mardi soir.

Le texte, déposé par deux députés LREM, est issu du Grenelle des violences conjugales et fait suite à la proposition de loi du député LR, Aurélien Pradier visant à agir contre les violences au sein de la famille. « Il n’y avait pas grand-chose dans ce texte mais il y avait l’article 11 relatif à la protection des mineurs. Des véhicules législatifs, on n’en voit pas passer tous les jours. Je ne voulais pas attendre que soit inscrite à l’ordre du jour, la loi sur l’audiovisuel pour faire passer cet amendement » explique Marie Mercier.

Le CSA en charge de mettre à demeure les sites illégaux

Son amendement, adopté lui aussi à l’unanimité, avec un avis favorable du gouvernement, complète l’article 227-24 du code pénal qui interdit la diffusion de messages pornographiques aux mineurs. Afin d’obliger les sites pornographiques à mettre en place un contrôle de l’âge de leurs clients, le CSA sera chargé de leur adresser une injonction de mise en conformité. En cas de refus, le CSA pourra saisir le président du tribunal judiciaire de Paris afin qu’il ordonne aux opérateurs de rendre impossible l’accès à ces sites depuis la France.

Promesse d’Emmanuel Macron

Par le vote de cet amendement, le Sénat a également répondu à une promesse d’Emmanuel Macron faite devant l’Unesco, le 20 novembre 2019. « Aujourd’hui, la pornographie a franchi la porte des établissements scolaires comme naguère l'alcool ou la drogue. Nous ne pouvons pas d'un côté déplorer les violences faites aux femmes et de l'autre, fermer les yeux sur l'influence que peut exercer sur de jeunes esprits, un genre qui fait de la sexualité un théâtre d'humiliation et de violences faites à des femmes qui passent pour consentantes » (…)« Je veux que soit mis en place un contrôle parental par défaut qui permettra de garantir simplement son application. Aujourd’hui c’est une démarche volontaire. Dans la plupart des cas ce n’est pas suffisant. Ça doit être un contrôle par défaut » avait-il demandé.

« L’article 227-24 du code pénal date de l’époque du minitel rose, quand le porno n’était pas diffusé sur les tubes. Cette menace de blocage va inciter les plateformes qui ne respectent pas la loi à revenir à la table des négociations » veut croire une source proche du dossier.

Les acteurs du « porno vertueux » auditionnés au Sénat ?

La semaine dernière, la commission des lois du Sénat a auditionné en toute discrétion plusieurs représentants du « porno vertueux » selon les mots de Marie Mercier, Gregory Dorcel ou encore l’ancienne actrice X, Ovidie, désormais documentariste et réalisatrice, ont été entendus. Les sénateurs ont également travaillé avec l’association OPEN (Observatoire de la Parentalité et de l’Éducation Numérique).

Sans aller jusqu’à recourir au dispositif FranceConnect (la solution proposée par l’État pour sécuriser et simplifier la connexion), des modules Visa/Mastercard autorisant des transactions zéro euro, pour les contenus gratuits, pourrait faire partie des pistes envisagées.

« Aucune barrière ne sera parfaitement étanche. Mais il est temps d’agir. En 20 ans rien n’a bougé sur le contrôle d’accès des sites pornographiques » regrette Marie Mercier.

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Déclaration de politique générale et avenir de la Nouvelle Calédonie en séance au Sénat ce 15 octobre
8min

Politique

« Ça fait 135 ans qu’on résiste ! » : pour les sénatoriales, le groupe RDSE vise « la stabilité, voire gagner un petit peu »

Plus vieux groupe de l’histoire du Parlement, le RDSE voit la moitié de ses 16 sièges remis en jeu lors du scrutin de septembre. Mais sa présidente, la sénatrice PRG Maryse Carrère, est confiante. Fort de « ce poids de l’histoire », le groupe, qui mêle radicaux de gauche et de droite, espère la stabilité voire quelques bonnes surprises.

Le

Marseille: Ilustration of a lawyer and judge
5min

Politique

Affaire Lyhanna : face aux critiques des politiques, avocats et magistrats élargissent la thématique de la journée « Justice morte » au manque de moyens

Le pré-rapport de l'inspection générale de la justice et de la gendarmerie sur les failles dans une enquête pour viols visant Jérôme Barella, le principal suspect du meurtre de la jeune Lyhanna, a conduit à une première sanction visant une magistrate d'Auch. Alors que se prépare « une journée Justice morte » lundi 29 juin, le président du Sénat, Gérard Larcher, s'est dit « choqué » par une « réponse » de l'institution judiciaire qu'il juge « corporatiste ». Cette journée n'avait pourtant, à l'origine, rien à voir avec l'affaire Lyhanna.

Le

Info Public Sénat. Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat
5min

Politique

[Info Public Sénat] Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat

Selon nos informations, le gouvernement va retirer le projet de loi « État local » de l’ordre du jour du Sénat. Ces dernières heures, plusieurs groupes du Sénat et les élus locaux, dont l’influente association des maires de France (AMF), dénonçaient les dispositions recentralisatrices de ce texte. Par ricochet, le gouvernement avance l’examen du projet de loi logement.

Le

Elections Municipales depouillement bureau de vote a Nice
8min

Politique

Explosion des micro-partis, formations dans le rouge, aides publiques et surprises… Ce que révèle le rapport de la commission des comptes de campagne

Le rapport 2025 de la CNCCFP, qui porte sur l’année 2024, montre une inflation du nombre de partis, avec 635 mouvements recensés, en vue des municipales et de la présidentielle. Le total des aides publiques s’élève à 66 millions d’euros cette année-là. Le niveau de richesse d’un parti à l’autre varie, avec quelques surprises…

Le