Séparatisme : le Sénat vote l’interdiction des certificats de virginité
Les sénateurs ont adopté l’article 16 du projet de loi sur les respects des principes de la République. Il pénalise la délivrance par les professionnels de santé de certificats attestant de la virginité d’une femme.

Séparatisme : le Sénat vote l’interdiction des certificats de virginité

Les sénateurs ont adopté l’article 16 du projet de loi sur les respects des principes de la République. Il pénalise la délivrance par les professionnels de santé de certificats attestant de la virginité d’une femme.
Public Sénat

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

La pratique a été qualifiée de « moyenâgeuse » par la rapporteure (LR) Jacqueline Eustache-Brinio. Le Sénat a adopté l’article 16 du projet de loi sur les respects des principes de la République, qui introduit dans notre droit l’interdiction d’établir un certificat de virginité. Actuellement, cette pratique peu courante, est tolérée, bien qu’interdite par le conseil de l’ordre des médecins. Selon l’article 16 du texte contre le séparatisme, le professionnel de santé qui braverait cette interdiction serait passible d’un an de prison et de 15 000 euros d’amende.

Les sénateurs ont également adopté l’article 16 ter, introduit en commission des lois, qui crée un délit spécifique incriminant le fait de pratiquer des examens visant à attester la virginité d’une personne, même avec son accord. La peine encourue est de deux ans de prison et 30 000 euros d’amende, peine aggravée en cas d’examen sur une mineure.

Une opposition transpartisane s’est exprimée sur les bancs contre les certificats, même si les moyens de lutter contre ces derniers divergeaient parfois. Marlène Schiappa, ministre chargée de la Citoyenneté, a condamné une « pratique barbare, antique et indigne », faisant le parallèle avec l’examen que l’on pratiquerait à un cheval « à qui on aurait fait vérifier les dents ». « C’est quand même invraisemblable qu’en 2021 en France, on soit obligés de passer une matinée pour régler ce problème qui aurait dû être réglé depuis longtemps », s’est aussi exclamée la centriste Nathalie Goulet.

Le médecin devra remettre un document indiquant que les certificats de virginité sont interdits

Opposés à la pénalisation des médecins, et redoutant des « contournements de cette interdiction », les communistes ont fait adopter un amendement à l’article 16 renforçant l’accompagnement des femmes. Leur apport a été adopté par 16 voix contre 15. Le professionnel de santé aura pour obligation de l’informer de l’existence d’organismes spécialisés dans la défense des droits des femmes, mais surtout de remettre un document expliquant « que la loi de la République interdit » les certificats de virginité. « Il y a un certain nombre de femmes qui peuvent se trouver fragilisées, voire même en danger, si un certificat de virginité leur est refusé. Nous ne pouvons pas l’inscrire dans la loi et nous satisfaire de ce qui se passe derrière. Il nous faut des mesures d’accompagnement », a insisté la sénatrice communiste Céline Brulin.

Interdiction des certificats de virginité : « Il nous faut des mesures d’accompagnement »
01:34

« Il nous semble absolument fondamental qu’un document soit remis de manière que la jeune femme soit protégée sur le fait qu’elle ne reviendra pas avec le certificat attendu par sa famille », a défendu la socialiste Marie-Pierre de La Gontrie. Si elle a estimé que ce type de document était « salutaire », la ministre n’a cependant pas voulu apporter son soutien à l’amendement, expliquant que ce détail dans la loi n’était « pas forcément opérant ».

A l’article 16, l’Assemblée nationale avait ajouté des dispositions afin d’assimiler à un viol ou une agression sexuelle (selon qu’il y ait pénétration ou non) tout examen, visant à établir la virginité, effectué par une personne qui n’appartiendrait pas au corps médical. La commission des lois du Sénat a préféré retirer ces dispositions, précisant que les tests de virginité pouvant déjà être poursuivis pour viol ou agression sexuelle « dès lors que les éléments constitutifs sont réunis ». Jacqueline Eustache-Brinio a considéré que le délit spécifique de l’article 16 ter était « juridiquement plus robuste » et « large », puisqu’il concernait les professionnels de santé comme les non-professionnels. Le groupe socialiste a tenté, sans succès, de rétablir la rédaction de l’Assemblée nationale. « Le poids du carcan familial, le jugement de l’entourage, l’éducation religieuse antérieure constituent des obstacles à l’expression du libre arbitre de la jeune fille ou femme concernée », ont-ils expliqué.

En séance, les sénateurs ont par ailleurs rétabli un article supprimé en commission qui proposait d’inclure la sensibilisation aux mutilations sexuelles féminines à la formation des personnels enseignants, dans le cadre de leur sensibilisation aux violences sexuelles et sexistes.

Partager cet article

Dans la même thématique

4min

Politique

Esclavage : « L’identité française est faite de grands récits et de grands crimes », reconnaît Emmanuel Macron

A l’occasion des 25 ans de la loi Taubira, reconnaissant la traite et l’esclavage comme crime contre l’humanité, l’Elysée organisait une cérémonie de commémoration ce jeudi 21 mai. Le Président de la République est revenu sur le devoir de reconnaissance de ces crimes. Il a, pour la première fois, abordé le sujet de la réparation, quelques mois après l’abstention de la France sur le vote de la reconnaissance de l’esclavage et de la traite comme « pire crime contre l’humanité » à l’ONU.

Le

Gabriel Attal walks in Bordeaux
4min

Politique

Présidentielle 2027 : en Aveyron, Gabriel Attal officialise sa candidature

C’est fait, Gabriel Attal a mis fin au faux suspense sur sa candidature à la présidentielle. Le patron de Renaissance a officialisé sa candidature, ce vendredi et devrait être sur la ligne de départ en 2027. Dans l’Aveyron, l’ancien Premier ministre a fait part de son ambition de succéder à Emmanuel Macron. Il faudra d’abord tuer le match avec Edouard Philippe pour être le candidat légitime du bloc central.

Le

French ruling Renaissance party holds political meeting in Arras
6min

Politique

Gabriel Attal, à l’heure du grand saut présidentiel ?

Dans l’Aveyron, loin des ors parisiens, l’ancien premier ministre doit officialiser vendredi sa candidature à l’Élysée. Une entrée en campagne pensée comme un antidote au procès en déconnexion qui colle au macronisme et comme un adversaire à Édouard Philippe pour le leadership du bloc central.

Le

ZFE la fin des Zones a Faibles Emissions votee par l Assemblee Nationale
3min

Politique

Loi de « simplification » : le Conseil constitutionnel censure la suppression des ZFE et l’assouplissement du ZAN

Le Conseil constitutionnel a censuré ce jeudi 21 mai plusieurs articles emblématiques de la loi de « simplification économique », parmi lesquels la suppression des zones à faibles émissions (ZFE) et un assouplissement des règles du « zéro artificialisation nette » (ZAN). Jugées sans rapport direct avec le projet de loi initial, ces dispositions ont été qualifiées de « cavaliers législatifs ». Au total, 25 articles sur 84 ont été censurés totalement ou partiellement, au terme d’un feuilleton parlementaire de deux ans.

Le