Déficit : « On ne peut pas attribuer ces bonnes performances au gouvernement » affirme Eric Heyer
Selon Eric Heyer, économiste à l'OFCE, le retour sous la barre des 3% de déficit public est dû « en grande partie à la croissance » et au « bilan du précédent gouvernement », donc à François Hollande.

Déficit : « On ne peut pas attribuer ces bonnes performances au gouvernement » affirme Eric Heyer

Selon Eric Heyer, économiste à l'OFCE, le retour sous la barre des 3% de déficit public est dû « en grande partie à la croissance » et au « bilan du précédent gouvernement », donc à François Hollande.
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C’est la bonne nouvelle du jour pour le gouvernement. Pour la première fois depuis 2007, la France repasse sous la barre des 3% de déficit public, règle fixée par les traités européens, avec un déficit de 2,6% du produit intérieur brut (PIB) en 2017. Soit une baisse de 0,8 point du déficit, de 3,4 à 2,6%, selon l’Insee. C’est meilleur que les prévisions du gouvernement, qui tablait sur un déficit de 2,9%. La Commission européenne va ainsi sortir la France de la procédure pour déficit excessif. « Nous avons tenu nos engagements », s’est félicité sur France Info le ministre de l’Économie et des Finances Bruno Le Maire.

« Une bonne nouvelle »

L'Insee souligne que la baisse du déficit s'explique principalement par le retour de la croissance, avec  2% l'an dernier. Cela entraîne mécaniquement une hausse des rentrées fiscales, notamment de la TVA (+7,6 milliards d'euros). Le taux de prélèvements obligatoires a ainsi augmenté de 0,8 point en un an pour atteindre 45,4% du PIB, selon l'organisme public. Quant aux dépenses publiques, elles ont repris leur progression. Elles ont augmenté de 2,5% en un an, en raison notamment d'une reprise de l'investissement des collectivités locales (+2,9 milliards), après trois années de baisse.

La croissance plus forte que prévu « explique une grande part » de la réduction du déficit, confirme l’économiste Eric Heyer, directeur du département analyse et prévision de l'OFCE, interrogé par publicsenat.fr. Mais « il ne faut pas bouder notre plaisir. C’est quand même une bonne nouvelle. Les optimistes diront comme moi que c’est une réduction du déficit assez massive et qu’on sort de la procédure pour déficit excessif. Les plus pessimistes diront que c’est essentiellement conjoncturel, que ce n’est pas lié à des mesures discrétionnaires. Le jour où la croissance se retourne, les déficits arrêteront de s’améliorer ».

Macron peut dire merci à Hollande

Pour Bruno Le Maire, ce bon chiffre du déficit « est la preuve que la stratégie qui a été définie par le président de la République en matière de réduction de la dépense publique, de redressement des comptes publics et de croissance est la bonne ». « La croissance explique ces bons résultats » reconnaît le ministre, mais aussi, « les décisions courageuses que nous avons prises ». Il cite « la réduction des aides au logement », soit la baisse de 5 euros des APL, qui a fait polémique, et la baisse « du nombre d'emplois aidés », qui n’a pas été sans conséquences, a démontré un rapport du Sénat.

Eric Heyer tempère ici sérieusement l’enthousiasme du ministre. « La réduction du déficit est essentiellement liée à la reprise économique. Ces bonnes performances, on ne peut pas les attribuer au nouveau gouvernement. On était sur la lancée de fin 2016 et début 2017 » souligne l’économiste de l’OFCE. Autrement dit, si le déficit baisse, Emmanuel Macron le doit surtout… à François Hollande. Eric Heyer ajoute : « C’est effectivement essentiellement la politique du précédent gouvernement qui devrait expliquer ce bilan-là. C’est dans le bilan du précédent gouvernement. C’est ultra-confortable pour le gouvernement actuel. Ils sont assurés d’entre en dessous des 3%. Mais ça n’a rien à avoir avec le gouvernement d’aujourd’hui ». Si le président Macron ne peut pas ramener la couverture à lui, il pourra toujours souligner qu’il a été ministre de l’Économie du gouvernement précédent.

« Il faut réduire le déficit public progressivement pour ne pas casser la croissance »

Autre question que soulèvent ces bons chiffres : stop ou encore ? Si ce retour sur les 3% de déficit public est une bonne nouvelle, faut-il continuer les efforts pour le réduire davantage ? Bruno Le Maire semble bien décidé à continuer. Il reste « un chemin important à faire » avant le retour à l'équilibre, estime le ministre de l’Économie. Il souligne que « 2,6%, ça reste un déficit, ça veut dire que nous continuons de dépenser trop d'argent. Et comme dirait Lapalisse, tant que nous ne sommes pas en excédent, nous sommes en déficit ».

Sur ce point, le débat est ouvert, selon Eric Heyer. « C’est l’histoire de la cagnotte, comme on l’a appelée. On s’était engagé à être à 2,9% de déficit en 2017 et on est en avance sur nos engagements, avec 2,6%. Soit on garde jusqu’au bout cette avance, soit l’année prochaine, on décide de voter un budget un peu moins austère, tout en respectant le calendrier initial. Si je suis en avance, je peux avoir des marges de manœuvre » pour relâcher un peu la pression, explique l’économiste.

Eric Heyer met en garde sur le risque d’une réduction trop forte et trop rapide du déficit. « En France, on a deux grands déficits : un public, mais aussi un gros déficit d’emplois. Et quand vous essayez de combattre trop vite le premier, vous allez renforcer le second. Si vous allez trop vite pour réduire le déficit public, vous allez augmenter le déficit d’emplois et donc le chômage » explique l’économiste, qui en appelle aux « leçons de l’histoire : il faut réduire le déficit public progressivement et graduellement pour ne pas casser la croissance ». Exemple « en Espagne et en Grèce, où ils ont réduit rapidement le déficit, mais ils ont un taux de chômage beaucoup plus élevé, de 8 points supérieur en Espagne ».

L’enjeu du déficit structurel

Là où ça se complique, c’est qu’en passant sous la barre des 3%, la Commission européenne va justement demander à la France davantage d’efforts. Pour bien comprendre, il faut faire la différence entre le déficit nominal, c'est-à-dire celui défini chaque année et pris en compte dans la règle des 3%, du déficit structurel, c'est-à-dire hors effets de la conjoncture. Les mesures structurelles « sont discrétionnaires. Par exemple, j’augmente la TVA de 0,5 point ou je réduis ma dépense par habitant » explique Eric Heyer. Quand un État passe sous les 3%, la Commission demande avant tout des efforts sur le déficit structurel. Or ils sont plus difficiles à faire. Bruxelles est cependant plus flexible sur l’intensité de ces efforts et peut laisser faire si les États ne se pressent pas.

Pour le moment, l’exécutif n’a pas pris de mesures sur le déficit structurel, affirme l’économiste de l’OFCE. « D’un point de vue macroéconomique, les mesures votées dans le premier budget de ce gouvernement n’ont aucune incidence sur le déficit structurel. Mais le déficit nominal va quand même baisser cette année car la croissance devrait être autour de 2% » explique Eric Heyer. Emmanuel Macron peut donc surtout remercier le retour de la croissance.

Pour compliquer encore plus le sujet, les économistes ne sont pas d’accord entre eux sur la définition du déficit structurel. Ce serait trop simple. « Il faut savoir qu’elle est le niveau de déficit structurel de l’économie mais personne ne le détermine avec certitude. Il y a différentes réponses entre économistes. Et on ne peut pas trancher. Donc toute sanction est impossible » constate le responsable de l’OFCE, ce qui rend d’autant plus difficile la prise de décision pour réduire de la meilleure façon le déficit structurel. Et dans quelle proportion il faut le faire. Sinon, reste la bonne vieille technique du doigt mouillé.

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