« Elle est pas belle cette équipe franchement ? » Céline Géraud, nouvelle responsable des porte-parole et de la communication de la campagne de Gabriel Attal, a l’enthousiasme des débuts. L’ancienne judokate de haut niveau, ex-journaliste et présentatrice télé de l’Ile de la tentation et de Stade 2, fait partie de ces « nouveaux visages » que Gabriel Attal entend mettre en avant. En présentant ce jeudi son équipe de campagne au siège de son parti Renaissance, dans le 7e arrondissent de Paris, le candidat à la présidentielle a enfoncé le clou sur cette nécessité. L’occasion de marquer à nouveau sa différence avec Edouard Philippe – sujet sur lequel il insiste en cette rentrée – soit de manière allusive, si ce n’est très directement.
Vantant « une équipe de campagne qui ne ressemble à aucune autre », qui « ne rassemble pas à un casting de personnalités réunies pour la photo », le candidat, accusé par ses adversaires de parisianisme, souligne combien cette équipe renouvelée vient du « Périgord, du Nord de la France, de la Corse, du Sud, de l’Isère ». « Certains ont grandi très loin de Paris », ajoute-t-il pour ceux qui n’auraient pas capté le message.
« Il paraît que la politique est un sport de combat, ça tombe bien, j’adore ça »
Pour incarner ces « nouveaux visages et l’optimisme », thème fort de sa campagne, Céline Géraud va donc chapoter des porte-parole qui ne viennent pas forcément de la politique. A commencer par celle qui était habituée des tatamis. Elle se lance aujourd’hui dans le grand bain. Même pas peur. « Il paraît que la politique est un sport de combat. Ça tombe bien, j’adore ça », lance l’ex-journaliste, visiblement déjà habituée aux formules : « Je ne m’engage pas pour un camp, pour un cap ».
A ses côtés, on trouve dans les porte-parole Rachel Flore Pardo, avocate spécialisée dans la défense des victimes de violence numérique, conjugale, sexistes et sexuelles ; Jab Zahab, essayiste. « Binational et fier de l’être », ce franco-libanais se penchera sur les questions de laïcité et d’« intégration républicaine » ; Abdoulaye Kante, ancien membre de la marine nationale puis policier, qui était intervenu lors des attentats de 2015 au Stade de France, qui sera davantage sur les sujets régaliens. « J’avais dit non (à Gabriel Attal), mais je me suis laissé convaincre », explique ce membre des forces de l’ordre, qui a reçu des propositions d’autres candidats.
« Quand Gabriel Attal dit qu’il faut renverser la table, c’est bien le rapport aux collectivités locales »
La brochette de porte-parole est aussi complétée par deux politiques, avec la députée Renaissance du Nord, Violette Spillebout, déjà rodée aux plateaux télés, ainsi que le maire de Bonifacio, Jean-Charles Orsucci, « autonomiste corse » revendiqué, qui vient « de la gauche » et monte, pour le coup, « en Ligue 1 », sourit cet amateur de ballon rond. Il suivra notamment les questions de décentralisation.
« Quand Gabriel Attal dit qu’il faut renverser la table, c’est bien le rapport aux collectivités locales. […] L’idée, c’est de faire du maire l’élu le plus puissant de France », avance celui de Bonifacio, qui soutient quelques minutes après qu’« il faut aller vers une simplification des échelons ». « Je suis originaire d’un département où on a supprimé l’échelon départemental », lâche Jean-Charles Orsucci… Mais l’idée est avant tout que les volontés « partent des territoires », dans une logique de différenciation.
« Trio de directeurs de campagne »
Aux côtés de ces nouvelles figures, on trouve quelques têtes connues, avec des proches du candidat. A commencer par Maxime Cordier, directeur de campagne, chargé d’« animer, coordonner » cette « grosse machine », explique celui qui est aussi directeur général de Renaissance. Mais pour aborder cette « nouvelle phase de la campagne », ce sera en réalité « un « trio de directeurs de campagne », avec Franck Riester, secrétaire général délégué du parti. Celui qui représente le candidat dans le comité de liaison, avec Horizons notamment, entend « travailler au rassemblement » et « travailler à la majorité, qui ne doit pas être le fruit d’un seul parti, mais d’un rassemblement de partis politiques ».
Ce trio est complété par Fanny Anor, ex-préfète de l’Aisne, pendant près de 2 ans, qui a accompagné Gabriel Attal dans plusieurs ministères, comme directrice de cabinet. Son rôle : « Travailler au projet » et « préparer les premiers jours d’une présidence de la République. Il faut être tout de suite prêt ». Sans surprise, on retrouve d’autres figures connues de la galaxie Attal : la députée Prisca Thévenot. Cette fidèle est directrice de la mobilisation des territoires, avec « l’opération 1.000 bistrots » pour « parler à bâtons rompus » – plutôt que des meetings politiques, l’idée est de faire 1.000 événements qui réunissent plusieurs dizaines de personnes, de quoi accroître la couverture par la presse régionale. Enfin, le maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, est président du comité des maires.
« Celui qui s’enferme dans une logique d’un camp court tout droit vers la défaite »
Voilà pour l’équipe, qui devra aider le candidat à faire la différence. A commencer par devancer son concurrent dans son camp : un certain Edouard Philippe. Et Gabriel Attal ne se fait pas prier pour glisser des piques contre le candidat Horizons. Il entend ainsi « se battre pour empêcher le retour des vieux clivages, car les Français les rejettent, ne les reconnaissent pas et je suis convaincu qu’il nous conduirait à la défaite », lance-t-il, alors qu’Edouard Philippe revendique le retour du clivage gauche/droite et d’une forme d’UMP 2.0. « Celui qui s’enferme dans une logique d’un camp, court tout droit vers la défaite, il faut au contraire élargir », insiste le député des Hauts-de-Seine, qui regrette que « beaucoup veulent gommer les différences, endormir la campagne ».
Une différence qui s’exprime aussi sur le fond. « Je n’ai pas le même projet qu’Edouard Philippe, sinon je serais au premier rang de son meeting. Je n’ai pas le même projet que Bruno Retailleau, sinon je le soutiendrai. Je n’ai pas le même projet que les candidats socialistes déclarés », lance le candidat Renaissance.
« Il n’y a plus de favori dans cette élection face aux extrêmes »
Reste qu’en mettant l’accent sur des nouveaux visages et la proximité avec le terrain, Gabriel Attal donne l’impression de vouloir relancer une campagne où, jusqu’à présent, il n’a pas réussi à tuer le match, restant derrière son principal concurrent dans les sondages. Lui répond qu’il n’est candidat que depuis « trois mois », quand « d’autres candidats du bloc central le sont parfois depuis 3 ans ». Gabriel Attal souligne au passage qu’ils sont aujourd’hui « très proches dans les sondages, voire dans la marge d’erreur ». « Dans tous les sondages, je suis au-dessus du niveau testé avant ma déclaration », remarque le candidat, « c’est certain, il y a une dynamique ». « Les Français ne supporteraient pas d’élire un Président par défaut », soutient-il encore. « Les jeux sont extraordinairement ouverts », conclut Gabriel Attal, qui ajoute :
Et « si le RN et LFI ont réussi à construire cette dynamique, c’est qu’ils ont réussi à construire un récit, une vision, qui marque une partie des Français ». A lui aujourd’hui de dessiner son propre récit.
« Je garde le dépassement politique, qui ne veut pas dire le en même temps »
Alors qu’Edouard Philippe est désormais soutenu par le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, il n’entend pas jouer au concours de celui qui aura le plus de ralliements. Non pas parce qu’il en aurait moins, diraient ses opposants, mais car « il ne veut pas perdre (son) temps et (son) énergie à chercher à collectionner des ralliements politiques de ceux qui ont été au pouvoir ces 10 ou 20 dernières années ».
Autre écueil : l’héritage macroniste, pour celui qui n’en serait pas là sans Emmanuel Macron. L’ancien premier ministre assume de reprendre à son compte « l’esprit » originel et « la dynamique engagée en 2017 », qui « s’est un peu perdu ». Lui veut continuer « le dépassement des clivages ». « Je garde le dépassement politique, qui ne veut pas dire le en même temps, qui a été une erreur sur certains sujets », précise Gabriel Attal, qui y va de sa formule : il ne veut « ni être une forme de saison 3 du macronisme, ni un retour à l’UMP avec ceux d’il y a 20 ans. Je veux quelque chose de nouveau. […] Ça doit s’incarner par ces nouvelles personnalités et le renouvellement ».
« On est toujours challenger »
L’équipe d’Attal va maintenant « battre le pavé ». Outre l’opération des 1.000 bistrots dès lundi, un meeting plus traditionnel est quand même prévu le 10 octobre, à Lyon. Une vingtaine d’ambassadeurs thématiques de la société civile, sur chaque grande profession, seront aussi dévoilés. Gabriel Attal réunira de son côté à nouveau son conseil des chefs d’entreprise. Sans oublier le projet, qui s’affinera. Bref, la campagne va se déployer.
Les semaines et mois à venir vont maintenant être décisifs pour Gabriel Attal, qui doit rattraper son retard et paraître comme une solution crédible. Un député le sait bien : « Je ne vais pas vous dire qu’on va gagner. On est toujours challenger. Mais la cristallisation ne se fera pas avant janvier ». Soit quatre ou cinq mois pour faire mentir les sondages.