Fiscalité des « riches » : « A force de pousser à droite, Macron contribue à réveiller la gauche »
Plus de 100 parlementaires PS, PCF et France Insoumise signent ensemble un appel pour que le gouvernement rende public l'impact de ses mesures fiscales en faveur des plus riches. La président PS de la commission des finances du Sénat demande les éléments à Bercy.

Fiscalité des « riches » : « A force de pousser à droite, Macron contribue à réveiller la gauche »

Plus de 100 parlementaires PS, PCF et France Insoumise signent ensemble un appel pour que le gouvernement rende public l'impact de ses mesures fiscales en faveur des plus riches. La président PS de la commission des finances du Sénat demande les éléments à Bercy.
Public Sénat

Temps de lecture :

6 min

Publié le

Mis à jour le

Emmanuel Macron a réussi à déstructurer la gauche. Ses mesures fiscales vont-elles la ressouder ? Plus de cent parlementaires signent un appel dans Libération, ce mercredi, pour demander au gouvernement de « rendre public l'impact de ses mesures fiscales sur les Français les plus riches ».

Si la gauche, dans son ensemble, n’est pas d’accord sur ce qu’elle veut, elle sait à peu près ce qu’elle ne veut pas : supprimer l’ISF. L’appel est aussi l’occasion d’entretenir la petite musique sur Emmanuel Macron, « Président des riches ». Image qui pourrait bien devenir le bouclier fiscal d’Emmanuel Macron : la mesure de début de mandat qu’il traînera, tel un boulet, durant tout son quinquennat.

« Pour y voir plus clair, Libération a lancé un appel ouvert à tous les parlementaires et citoyens pour que le gouvernement ouvre enfin son livre de comptes et fasse la lumière sur ce secret bien gardé », explique le quotidien, alors que le budget 2018 est examiné à l'Assemblée. « Nous, députés et sénateurs, demandons au gouvernement de rendre public l'impact de ses mesures fiscales et budgétaires sur les contribuables les plus aisés et sur les 100 Français les plus riches », est-il écrit.

« A quoi peut bien servir de signer un chèque aux Français les plus aisés de 4,5 milliards d’euros (c’est-à-dire le coût de la réforme de l’ISF et de l’introduction d’une « flat tax » de 30% sur les revenus du capital) ? » demande encore le quotidien de gauche.

Bariza Khiari : « Je m’étonne de cet attelage singulier »

Cette réforme fiscale « a réveillé l’opposition de gauche » souligne Libération. Pour preuve, on retrouve parmi les signataires autant des députés et sénateurs PS, que des communistes ou des députés de la France insoumise. Une diversité qui surprend Bariza Khiari, membre de la direction provisoire de La République En Marche. « Je m’étonne de cet attelage singulier. Certaines personnes sont peut-être en manque de visibilité, alors que ces questions passent par la commission des finances » souligne l’ex-sénatrice socialiste. Elle récuse le procès fait à Emmanuel Macron, taxé d’être le « Président des riches ». Elle en veut pour preuve le doublement des classes de CP en zone prioritaire, « l’augmentation du minimum vieillesse » ou la revalorisation de l’allocation adulte handicapé.

Le sénateur PS Jérôme Durain, signataire de l’appel, se réjouit au contraire de voir la gauche retrouver un terrain d’entente. « Monsieur Macron, à force de pousser à droite, contribue à réveiller la gauche. Et ça va même beaucoup plus loin, puisque même le Modem est très partagé sur la mesure. Le FMI dit lui que l’imposition des plus riches est importante, que ce n’est pas défavorable à la croissance. (La réforme de l’ISF) est une mesure complètement  injuste et inefficace ». Le sénateur de  Saône-et-Loire, proche d’Arnaud Montebourg, ajoute : « Emmanuel Macron, c’est le Président ni de gauche, ni de gauche, et de droite et de droite » (voir la première vidéo. Images : Clément Perrouault).

Plus de la moitié du groupe PS du Sénat

Dans le détail, on compte 31 députés socialistes du groupe Nouvelle Gauche, dont Olivier Faure, les ex-ministres Delphine Batho et le hollandais Stéphane Le Foll, aux côtés – miracle – du frondeur Régis Juanico, ou encore Luc Carvounas et l'ancienne rapporteure générale du Budget Valérie Rabault.

On trouve 41 sénateurs socialistes, soit un peu plus de la moitié du groupe, mais pas le président Didier Guillaume, qui a tenu un discours constructif à l’égard du pouvoir, depuis l’élection d’Emmanuel Macron. Frédérique Espagnac ou André Vallini n’ont pas signé non plus. En revanche,  les anciens ministres Laurence Rossignol, Patrick Kanner, Jean-Marc Todeschini et Victorin Lurel ont signé, tout comme Marie-Noëlle Lienemann, David Assouline, Rémi Féraud, le numéro 1 provisoire du PS, Rachid Temal, ou encore Jean-Pierre Sueur.

Le président PS de la commission des finances du Sénat demande les informations à Bercy

Le sénateur PS Jean-Yves Leconte a choisi pour sa part de ne pas signer. Il préfère s’appuyer sur la commission des finances du Sénat. « Ce n’est pas une tribune qui va donner le droit à Libération d’avoir ces informations. Alors que le président de la commission a cette capacité » explique-t-il. Regardez :

Jean-Yves Leconte sur l'appel de Libération sur la fiscalité "des riches"
00:09

En effet, le sénateur PS Vincent Eblé, qui vient de prendre la tête de la commission, a le pouvoir d’obtenir de Bercy ces éléments. A défaut, il peut se rendre au ministère pour chercher « lui-même » les informations. Il a décidé d’avoir recours à ce pouvoir. « J’ai signé deux courriers hier : l’un à destination de Bruno le Maire et un pour Gérald Darmanin, leur demandant des éléments circonstanciés. C’est un courrier assorti d’un questionnaire détaillé » annonce-t-il à publicsenat.fr (voir notre article pour plus d’information). Selon le sénateur PS, le secret fiscal ne s’applique en « aucun cas » pour ce dossier, contrairement aux affirmations de Bruno Le Maire.

Jean-Luc Mélenchon, Pierre Laurent et… Jean-Christophe Lagarde

L’appel a également été signé par les 17 députés de la France Insoumise, dont Jean-Luc Mélenchon et Eric Coquerel, ainsi que les 16 députés du groupe à dominante communiste, comme André Chassaigne. Les 15 sénateurs du groupe communiste, républicain citoyen et écologiste ont signé : Pierre Laurent, numéro 1 du PCF, la présidente du groupe Eliane Assassi ou l’écologiste Esther Benbassa.

Plus surprenant, un parlementaire du groupe Constructif, le député et président de l’UDI, Jean-Christophe Lagarde, a signé. Il soutient pourtant Emmanuel Macron mais certains centristes de l’UDI sont échaudés depuis quelque temps.

La pétition est ouverte aux signatures sur la plateforme change.org. Mercredi, en fin de journée, près de 14.000 personnes avaient signé l’appel.

Partager cet article

Dans la même thématique

France French man goes on trial for alleged torture rapes and pimping of former partner
7min

Politique

Violences sexuelles : quelle réforme pour une meilleure spécialisation de la justice ?

Dans un entretien dans le journal Le Monde, le garde des Sceaux se dit défavorable à une mesure de la proposition de loi intégrale visant à supprimer les cours criminelles départementales et rétablir la compétence des cours d'assises pour tous les crimes sexuels. Une mesure incompatible, selon lui, avec une juridiction spécialisée. Avocats et magistrats insistent, eux, sur une meilleure formation des magistrats, et la dimension pédagogique des procès d'assises, nécessaire pour une meilleure prise en compte de ces crimes par l'ensemble de la société.

Le

Paris: Olivier Faure presentation projet socialiste presidentielle 2027
7min

Politique

Le PS cherche son champion… et surtout le mode d’emploi

Le Parti socialiste a enfin un projet. Son candidat, en revanche, reste introuvable. Réuni ce mardi 30 juin au soir, en Conseil national, le PS tente de sortir de l’impasse présidentielle en demandant… aux militants de choisir comment ils choisiront leur candidat. Primaire ouverte, primaire fermée, double primaire : derrière les subtilités de procédure se joue une bataille bien plus politique, celle du leadership de la gauche sociale-démocrate et, en creux, du rapport de force avec Raphaël Glucksmann.

Le

Paris :  Political leaders leave after a meeting on Iran and Middle East war at Matignon
5min

Politique

Plan Clim : le Rassemblement national détaille son projet à 40 milliards

Dans la foulée d’une semaine de canicule historique à l’origine d’environ 1 000 décès, selon un premier bilan de Santé publique France, le Rassemblement national détaille les mesures de son « Plan Clim ». Au total, les troupes de Marine Le Pen envisagent une enveloppe de 40 milliards.

Le