« Guerre économique totale » : les sénateurs appellent Bruno Le Maire à « changer de ton »
Les propos de Bruno Le Maire sur la « guerre économique et financière totale » que mènerait le monde occidental à la Russie n’ont pas manqué de faire réagir. Sur les bancs du Sénat, on critique le ton va-t-en-guerre du ministre de l’Economie, alors que celui-ci a rectifié le tir auprès de l’AFP en jugeant « inapproprié » le terme de « guerre économique »

« Guerre économique totale » : les sénateurs appellent Bruno Le Maire à « changer de ton »

Les propos de Bruno Le Maire sur la « guerre économique et financière totale » que mènerait le monde occidental à la Russie n’ont pas manqué de faire réagir. Sur les bancs du Sénat, on critique le ton va-t-en-guerre du ministre de l’Economie, alors que celui-ci a rectifié le tir auprès de l’AFP en jugeant « inapproprié » le terme de « guerre économique »
Louis Mollier-Sabet

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Alors que Bruno Le Maire annonçait hier des sanctions inédites contre la Banque centrale russe dans le cadre de la guerre en Ukraine, le ministre de l’Economie a tenu ce matin sur France Info des propos pour le moins musclés, en parlant d’une « guerre économique et financière totale » contre la Russie. Sur un ton presque martial, Bruno Le Maire a notamment affirmé que les sanctions allaient « provoquer l’effondrement de l’économie russe », avant de battre en retraite quelques heures plus tard en jugeant « inapproprié » auprès de l’AFP le terme de « guerre économique. » Pour autant, au Sénat, si on partage largement la nécessité et l’ampleur des sanctions, le ton employé par le ministre de l’Economie interroge.

« Jouer le matamore de télévision, c’est inapproprié »

« Bruno a le goût de l’emphase », ironise Gérard Longuet, sénateur LR. L’ancien ministre de la Défense a, lui, le goût de l’euphémisme, puisque sur le fond, il s’interroge sur la prise de parole de son ancien collègue au gouvernement de François Fillon : « La politique étrangère et la politique de défense appartiennent au Président de la République et même sous la IIIème et la IVème République les institutions républicaines ont toujours fait du chef de l’Etat, le chef des Armées. Emmanuel Macron, que l’on partage ou non des idées, est donc dans son rôle. Le ministre de l’Economie est-il dans le sien ? Ce n’est pas complètement dans ses compétences. » Au groupe LR du Sénat, on a décidément envie de donner un cours de pratique des institutions républicaines à l’ancien ministre de l’Agriculture de Nicolas Sarkozy. « Je ne crois pas que l’escalade soit le meilleur choix, il faut être plus modéré dans ses propos, c’est le chef de l’Etat qui est à la manœuvre », rappelle le sénateur LR Jérôme Bascher, qui « appelle les ministres à changer de ton et à éviter les propos d’estrade. »

À gauche, Jean-Yves Leconte, sénateur PS des Français établis hors de France, se dit même « très étonné de la méthode » : « Je partage les objectifs, mais si l’on veut être efficaces, il faut un peu de modestie. C’est le meilleur moyen de perdre la bataille de l’opinion, le matamore de télévision, c’est inapproprié. Il y a des choses à faire, mais on n’est pas obligés de les crier avant de les faire. » « Ce ne sont pas des mots que j’ai envie d’employer », réagit plus sobrement la sénatrice Génération. s Sophie Taillé-Polian, qui insiste sur la nécessité pour les Européens « d’assumer collectivement » ces sanctions économiques, ce qui implique de ne pas faire ce genre de déclarations unilatérales.

« La guerre économique je veux bien, la guerre totale aura des conséquences »

D’autant plus que sur le fond, si Bruno Le Maire se veut confiant dans la puissance économique occidentale en affirmant que « États-Unis et Europe, ensemble, sont de très loin le continent économique, financier, le plus puissant de la planète », les sénateurs de tout bord semblent moins confiants. « Cela me paraît évident que la Russie est un très grand pays qui peut vivre un certain temps en autarcie. Elle va connaître un moment extrêmement dur, mais nous allons, nous aussi, être pénalisés », explique Gérard Longuet, qui poursuit : « La Russie constitue un débouché économique, mais surtout un approvisionnement, elle dispose de matières premières et de ressources dont notre industrie a besoin, comme le titane pour l’aéronautique. » L’ancien ministre de la Défense prévient : « La guerre économique je veux bien, mais la guerre totale aura des conséquences, que l’on ne peut pas toujours prévoir d’ailleurs. » Jérôme Bascher file la métaphore : « Dans une guerre, il n’y a pas des victimes que d’un côté, et il y aura notamment des victimes de l’inflation du côté des classes les plus modestes en France. »

Le sénateur LR de l’Oise rappelle d’ailleurs que cette « guerre » se mène avec des alliés et que, par conséquent, « heureusement que la guerre n’est pas totale et que les Russes continuent à livrer du gaz à l’Europe. » Sophie Taillé-Polian insiste sur l’importance de sanctions « les plus forte possibles » et même leur extension à la Biélorussie, mais rappelle aussi que ces sanctions auront des « répercussions. » Peut-être d’ailleurs pas en premier lieu sur la France, mais sur l’Europe : « Il faut être bien conscient que la France n’est pas la plus touchée. J’appelle Bruno Le Maire à engager la France dans une démarche de solidarité vis-à-vis des pays plus touchés, c’est aussi ça l’Europe. » Les répercussions pourraient d’ailleurs ne pas être seulement économiques, puisque Dimitri Medvedev, ancien Président russe entre les mandats successifs de Vladimir Poutine a assez vite réagi, en français dans le texte : « Faites attention à votre discours, messieurs ! Et n’oubliez pas que les guerres économiques dans l’histoire de l’humanité se sont souvent transformées en guerres réelles. »

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