L’acier européen en danger
Le secteur de l’acier est en crise. Concurrencées par la production chinoise, les aciéries européennes peinent à garder la tête hors de l’eau. En réaction, l’Union européenne doit-elle mettre en place plus de protectionnisme ? Les députés européens Édouard Martin et Franck Proust réclament avant tout « les mêmes règles pour tous ».

L’acier européen en danger

Le secteur de l’acier est en crise. Concurrencées par la production chinoise, les aciéries européennes peinent à garder la tête hors de l’eau. En réaction, l’Union européenne doit-elle mettre en place plus de protectionnisme ? Les députés européens Édouard Martin et Franck Proust réclament avant tout « les mêmes règles pour tous ».
Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

La Chine est aujourd’hui le premier producteur mondial d’acier, fournissant à elle seule 808 millions de tonnes, soit la moitié de la production mondiale. Une industrie florissante pour le pays asiatique, quand l’Europe peine à conserver ses usines et ses emplois.
Ainsi par exemple, à Sestao, en Espagne, ils ne restent aujourd’hui que 140 ouvriers, dans une usine qui en comptait 150 000 dans les années 1970. Moins rentables face aux prix pratiqués par les chinois, les industriels basques ont dû fermer des sites et revoir leur production à la baisse.

Reportage Europe Hebdo - Acier espagnol
04:48

 

Édouard Martin, ancien ouvrier d’ArcelorMittal, aujourd’hui député européen socialiste, dénonce cette situation : « On a laissé à l’abandon tout un pan de notre industrie ». Il déplore le laisser-faire des pouvoirs publics face au délitement des industries de base. Car l’acier n’est pas le seul secteur touché : « il y a l’acier, la chimie, le verre… sept grands secteurs de l’industrie sont aujourd’hui menacées de disparaître en Europe ».

Face à cet état de fait, Édouard Martin et son homologue de droite Franck Proust s’accordent pour dire qu’il faut mettre en place des instruments de défense commerciale. Ils prônent « les mêmes règles pour tous ». Édouard Martin prend l’exemple des normes anti-pollution imposées aux industries européennes :

« L’Acier produit en chine produit deux fois plus de CO² que l’acier produit en Europe. […]  Comment voulez-vous que l’Europe soit crédible si elle impose des mesures drastiques contre son industrie et en même temps ferme les yeux sur ce qui vient d’ailleurs qui ne respecte pas les règles ? »

La Commission européenne instaure depuis un an des mesures anti-dumping, notamment contre certains aciers chinois. Des mesures qui pourraient bien être de plus en plus difficiles à mettre en place si la Chine, comme elle le réclame, obtient la reconnaissance de son statut d’économie de marché, pour l’instant toujours refusé par l’Union européenne.

Dans tous les cas ces mesures de protection ne sont pas soutenues par l’ensemble des États européens. Franck Proust explique qu’il y a deux Europe et un double discours.

 « Il y a une frontière qui est une frontière géographique qui va du nord-est au sud-ouest, avec d’un côté l’Europe du Nord, qui est plus une Europe orientée vers le monde de la finance, et puis une Europe du Sud, qui a encore un passé et un vivier industriel important. [...] On ne peut pas tenir à la fois ici, au Parlement et à la Commission, un discours disant il faut réindustrialiser l’Europe, et ne pas protéger cette industrie. »

Mais les fractures sur ce sujet évoluent. Certains pays très libre-échangistes, comme les Pays-Bas, ont récemment changé de position. À terme, un potentiel monopole chinois sur l’acier pourrait en effet être synonyme de hausse de prix. Un argument qui fait bouger les lignes.

 

Retrouvez Europe Hebdo ce jeudi 2 février à 18h30 et vendredi 3 février à 7h.

Partager cet article

Dans la même thématique

Déclaration de politique générale et avenir de la Nouvelle Calédonie en séance au Sénat ce 15 octobre
8min

Politique

« Ça fait 135 ans qu’on résiste ! » : pour les sénatoriales, le groupe RDSE vise « la stabilité, voire gagner un petit peu »

Plus vieux groupe de l’histoire du Parlement, le RDSE voit la moitié de ses 16 sièges remis en jeu lors du scrutin de septembre. Mais sa présidente, la sénatrice PRG Maryse Carrère, est confiante. Fort de « ce poids de l’histoire », le groupe, qui mêle radicaux de gauche et de droite, espère la stabilité voire quelques bonnes surprises.

Le

Marseille: Ilustration of a lawyer and judge
5min

Politique

Affaire Lyhanna : face aux critiques des politiques, avocats et magistrats élargissent la thématique de la journée « Justice morte » au manque de moyens

Le pré-rapport de l'inspection générale de la justice et de la gendarmerie sur les failles dans une enquête pour viols visant Jérôme Barella, le principal suspect du meurtre de la jeune Lyhanna, a conduit à une première sanction visant une magistrate d'Auch. Alors que se prépare « une journée Justice morte » lundi 29 juin, le président du Sénat, Gérard Larcher, s'est dit « choqué » par une « réponse » de l'institution judiciaire qu'il juge « corporatiste ». Cette journée n'avait pourtant, à l'origine, rien à voir avec l'affaire Lyhanna.

Le

Info Public Sénat. Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat
5min

Politique

[Info Public Sénat] Face à la fronde, le projet de loi « État local » est retiré de l’ordre du jour du Sénat

Selon nos informations, le gouvernement va retirer le projet de loi « État local » de l’ordre du jour du Sénat. Ces dernières heures, plusieurs groupes du Sénat et les élus locaux, dont l’influente association des maires de France (AMF), dénonçaient les dispositions recentralisatrices de ce texte. Par ricochet, le gouvernement avance l’examen du projet de loi logement.

Le

Elections Municipales depouillement bureau de vote a Nice
8min

Politique

Explosion des micro-partis, formations dans le rouge, aides publiques et surprises… Ce que révèle le rapport de la commission des comptes de campagne

Le rapport 2025 de la CNCCFP, qui porte sur l’année 2024, montre une inflation du nombre de partis, avec 635 mouvements recensés, en vue des municipales et de la présidentielle. Le total des aides publiques s’élève à 66 millions d’euros cette année-là. Le niveau de richesse d’un parti à l’autre varie, avec quelques surprises…

Le