Michel Barnier : « On a eu tort de ne pas suffisamment parler aux citoyens qui ont choisi de voter Emmanuel Macron »
Invité d’ExtraLocal, Michel Barnier est revenu sur la défaite de Valérie Pécresse et de la reconstruction à mener pour la « famille politique » des Républicains.

Michel Barnier : « On a eu tort de ne pas suffisamment parler aux citoyens qui ont choisi de voter Emmanuel Macron »

Invité d’ExtraLocal, Michel Barnier est revenu sur la défaite de Valérie Pécresse et de la reconstruction à mener pour la « famille politique » des Républicains.
Louis Mollier-Sabet

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« On ne va pas refaire le match. » Et pourtant la défaite leur colle à la peau. Difficile en ce moment pour les LR d’éviter l’épineux sujet du crash de la candidature de Valérie Pécresse à l’élection présidentielle. Certains remettent en cause la façon dont la présidente de l’Île-de-France a mis sa campagne en musique, d’autres, comme Michel Barnier, sont plus sport et reconnaissent « un échec collectif » : « Notre famille politique a subi un échec politique extrêmement grave et j’en prends ma part de responsabilité, naturellement. Valérie Pécresse avait un bon projet, il aurait fallu davantage le proposer que de critiquer les autres. C’est une femme extrêmement courageuse et tenace, elle continuera de faire sa part. »

Le candidat à la primaire LR fait donc partie de ceux qui affichent un certain soutien à la campagne menée par la droite, et il partage ainsi les réticences de Valérie Pécresse et de certains LR « déçus » par l’attitude de Nicolas Sarkozy : « Elle a eu raison d’exprimer une incompréhension, une déception qu’elle n’est pas la seule à avoir eu pendant cette campagne. » Politico avait en effet révélé que Valérie Pécresse, pourtant en difficulté financière après le non-remboursement de sa campagne, avait renvoyé son virement de 2000 euros à Nicolas Sarkozy.

« Je pense qu’il n’est pas bon pour notre pays que l’on ait ce bloc central, et seulement des extrêmes »

Michel Barnier tente tout de même de remobiliser son camp pour les législatives : « Nous venons de subir un échec, donc on sait très bien que l’on ne va pas gagner la majorité absolue de l’Assemblée nationale, mais on doit être une force d’équilibre qui participe à la respiration démocratique. Je pense qu’il n’est pas bon pour notre pays que l’on ait ce bloc central, et seulement des extrêmes. Il faut préserver ces élus de terrains qui contribuent à cet équilibre. » Il ajoute : « On a connu ces situations-là et on s’en est toujours remis. »

Enfin un poids national aussi faible de la droite de gouvernement, ce n’était jamais arrivé de la Vème République. La tâche sera donc ardue, mais Michel Barnier veut croire dans la capacité de rénovation de « sa famille politique », comme il avait tenté de le faire en 1988 après la défaite de Jacques Chirac : « La leçon que j’en ai tirée c’est bien de vouloir tout rénover, il faut des jeunes, mais il faut aussi des idées : pour quel projet on rebâtit ? »

« Des gens disent qu’il faut se rétrécir, revenir à ce qu’était le RPR, mais je pense que ce serait une erreur »

Et à ce sujet, Michel Barnier défend la ligne qui avait présidé à la création de l’UMP, en rassemblant « des gaullistes, des centristes, des libéraux, des giscardiens et des radicaux » : « Des gens disent qu’il faut se rétrécir, revenir à ce qu’était le RPR, mais je pense que ce serait une erreur de ne pas faire revenir à cette synthèse, ce rassemblement entre des hommes et des femmes qui ont une vision plus nationale, plus souverainiste parfois et d’autres qui sont européens comme je le suis. Il faut préserver la vocation européenne – ce qui ne veut pas dire naïve ou fédéraliste – de notre famille politique, dont certains doutent. »

En creux, c’est une porosité avec l’extrême droite que refuse Michel Barnier : « Autant, je suis prêt à parler des sujets qui préoccupent les Français, y compris à ceux qui par colère, par dépit, votent pour l’extrême droite. Il faut traiter les problèmes, c’est parce qu’on ne les traite pas que les gens se réfugient dans l’abstention et la colère. Mais jamais de compromis, ni de faiblesse à l’égard des thèses d’extrême droite. » Il est pourtant proche de Laurent Wauquiez, plutôt tenant d’une droite dure quand il avait repris la présidence du parti en 2017 : « Je ne crois pas que Laurent Wauquiez ait fait preuve de la moindre complaisance avec M. Zemmour qui est un représentant de l’extrême droite. » D’après Michel Barnier, LR n’aurait pas dû regarder vers sa droite : « On a eu tort de ne pas suffisamment parler aux citoyens qui avaient voté pour François Fillon et qui ont choisi de voter Emmanuel Macron et que l’on n’a pas réussi à convaincre de revenir vers nous. »

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