Retour des femmes et des enfants de djihadistes : « Pourquoi ? » demande Roger Karoutchi
Lors des questions d’actualité au gouvernement du Sénat, le sénateur (LR), Roger Karoutchi s’est ému des rapatriements récents des familles de djihadistes, qui menacent, selon lui, la sécurité des Français.

Retour des femmes et des enfants de djihadistes : « Pourquoi ? » demande Roger Karoutchi

Lors des questions d’actualité au gouvernement du Sénat, le sénateur (LR), Roger Karoutchi s’est ému des rapatriements récents des familles de djihadistes, qui menacent, selon lui, la sécurité des Français.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

« Le gouvernement a finalement changé de politique et décidé de rapatrier collectivement toutes les femmes et les enfants des djihadistes retenus en Syrie. Pourquoi ? », c’est la question, inhabituellement brève, du sénateur LR, Roger Karoutchi, adressée au garde des Sceaux, lors des questions d’actualité au gouvernement.

Le vice-président du Sénat semble faire ici référence au rapatriement en France de quinze femmes et de quarante enfants la semaine dernière depuis des camps de prisonniers jihadistes de Syrie.

Roger Karoutchi semble sous-entendre également que l’ensemble des ressortissants Français détenus en Syrie ont été rapatriés. Or, auditionné sur ce sujet au début du mois d’octobre par la commission des lois du Sénat, Éric Dupond-Moretti avait estimé à 200, le nombre de Français encore incarcérés sur l’ancien territoire de Daesh. « Pour les enfants, c’est encore plus compliqué car certains sont nés sur place et n’ont pas d’état civil donc ils ne sont pas répertoriés chez nous », avait-il concédé.

>> Lire notre article. Retour des enfants de djihadistes : Éric Dupond-Moretti défend une position conciliant « humanité et grande prudence »

« Notre doctrine n’a pas bougé d’un millimètre »

Ce mercredi, le ministre de la Justice a d’abord fait un trait d’humour en répondant « parce que » à son « pourquoi » avant de inviter à lire de compte rendu de cette audition. Sur le fond, le garde des Sceaux a également dû rappeler la position de la France vis-à-vis du retour des familles de djihadistes. Rappelons qu’en septembre, la France avait été condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme, pour ne pas avoir motivé son refus de rapatrier des familles de djihadistes en Syrie.

« Nous rapatrions à chaque fois que c’est possible en termes de sécurité pour nos agents. Deuxièmement, notre doctrine n’a pas bougé d’un millimètre », a-t-il assuré. « Il faut que les femmes demandent le rapatriement. Troisièmement, il y a une judiciarisation systématique. Toutes les femmes ont fait l’objet d’un mandat de dépôt sauf une pour des raisons médicales », a-t-il expliqué.

L’une de ces femmes a été mise en examen pour crimes contre l’humanité et génocide.

En ce qui concerne les enfants, le ministre a rappelé « le devoir d’humanité et de vigilance ». « Nous devons veiller sur eux parce que les laisser là-bas, c’est prendre le risque qu’ils reviennent ici pour commettre des abominations ».

Déchéance de nationalité en question

Une réponse qui n’a pas convaincu le vice-président du Sénat, qui dans une réplique bien plus longue que sa question, prend l’exemple du Royaume-Uni qui a déchu de leur nationalité les djihadistes britanniques « ce qui lui permet de ne pas récupérer les gens détenus en Syrie ».

Il rappelle aussi que sa prédécesseure, Nicole Belloubet avait émis une préférence pour que les procès se tiennent en Irak. Roger Karoutchi rappelle aussi qu’Emmanuel Macron s’était, par le passé, opposé au retour des djihadistes car c’était « trop dangereux pour la sécurité des Français ».

Éric Dupond-Moretti avait aussi été questionné sur l’exemple anglais par la commission des lois. Il avait répondu : « La ligne rouge qu’on n’essaye de ne pas dépasser, c’est l’exécution d’une peine de mort parce que, qu’on le veuille ou non, ils sont Français ».

 

Partager cet article

Dans la même thématique

Sammy Baloji, Clémentine Samba Mushidi, Kasaji, province du Lualaba, 2018 – Avec l’aimable autorisation de l’artiste et de la galerie Imane Farès, Paris
4min

Politique

« Les festivals de l’été » : Aux rencontres photographiques d’Arles « Nous apportons le doute sur ce qu’on voit » revendique son directeur 

C’est le rendez-vous estival des amateurs de photographie. Pour leur 57ème édition, les Rencontres de la photographie d'Arles mettent à l’honneur le travail de photographes africains. Des nouveaux regards sur un continent central et une invitation renouvelée à une compréhension complexe de la réalité du monde, loin des images et des vérités assénées par les médias sociaux, comme le revendique son directeur Christoph Wiesner.

Le

Retour des femmes et des enfants de djihadistes : « Pourquoi ? » demande Roger Karoutchi
4min

Politique

« Dans le monde politique et de l’entreprise, le pouvoir dénature les gens », observe Elisabeth Moreno

Si devenir ministre lui a permis de faire avancer la cause des femmes, elle a aussi, pendant deux ans, découvert l’envers du monde politique. Entre « carriérisme », environnement masculin et manque de soutien pour faire avancer le féminisme, Elisabeth Moreno revient sur ses combats, son expérience gouvernementale et les travers du pouvoir au micro de Rebecca Fitoussi, dans l’émission Un monde, un regard.

Le

Heat Wave in the North
5min

Politique

La justice ordonne le démantèlement de « mégabassines » en Charente-Maritime : les agriculteurs condamnés invoquent la loi d’urgence agricole et font appel

Neuf agriculteurs ont été condamnés par la justice, jeudi 23 juillet, à démanteler quatre retenues d’eau qu’ils utilisent illégalement depuis dix-sept ans. Ils ont annoncé faire appel et se fondent sur le prétendu « décalage » entre cette décision et la loi d’urgence agricole tout juste adoptée, très favorable au développement de ces « bassines ».

Le

PARIS, Conseil constitutionnel, Constitutional Council, Palais Royal
7min

Politique

Le Conseil constitutionnel est-il devenu un arbitre sursollicité ?

Longtemps perçu comme le gardien discret de la Constitution, le Conseil constitutionnel s’impose aujourd’hui comme l’un des acteurs incontournables de la vie politique. Jamais autant saisi sur les lois votées par le Parlement depuis une quinzaine d’années, il est devenu le passage obligé des textes les plus sensibles. Loin d'un dysfonctionnement, cette hyper-activité traduit les nouvelles dynamiques du pouvoir sous l'ère de la « majorité relative ».

Le