Affaire Dreyfus : « Ce n’est pas une erreur judiciaire, il est victime d’un complot antisémite », rappelle Philippe Collin

Dans son dernier ouvrage, Philippe Collin compile documents et archives pour éclairer d’un nouveau jour l’affaire Dreyfus. Pour le journaliste, passionné d’Histoire, l’officier a sciemment fait l’objet d’un complot. Dans son ouvrage Alfred Dreyfus, le combat de la République (éditions Albin Michel), il décrit une société française où règne un « acmé d’antisémitisme », profondément ancré à l’extrême droite mais qui n’épargne pas non plus une partie de la gauche. Il était l’invité de l’émission Un monde, un regard présentée par Rebecca Fitoussi.
Simon Nicolle

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Dreyfus a souvent été présenté comme lâche et n’étant pas à la hauteur de son affaire, alors que les travaux des historiens, en particulier de Vincent Duclert, ont montré que « c’est une personne qui a une foi inébranlable en la République et qui s’est battue jusqu’au bout pour que la République répare la faute commise contre lui », pour Philippe Collin. Dans son dernier livre Alfred Dreyfus, le combat de la République (éditions Albin Michel), il défend l’idée que le capitaine de l’armée française n’était pas une victime mais bien un héros. « Ce que défend Dreyfus, c’est une vision de la Nation, une vision de la République, et elle nous concerne aujourd’hui car elle dit quels Français nous voulons être. »

Lorsque l’affaire éclate, la France connait une poussée de l’antisémitisme. À cette époque, Philippe Collin décrit un antisémitisme protéiforme : « Le premier est judaïque, porté par le catholicisme, c’est le peuple qui a crucifié le Christ. Le deuxième est anti-capitalistique, les juifs seraient le peuple de l’argent. Puis il y a un antisémitisme racial, on commence à mesurer les crânes, les nez, c’est presque biologique. La fin du XIXe siècle est l’acmé de ces antisémitismes […] et dans l’état-major français, il y a beaucoup de catholiques ».

La gauche et l’affaire Dreyfus

« Dreyfus a été victime pendant presque un siècle d’une fausse image, y compris portée à gauche ». Les années suivant le début de l’affaire, Jean Jaurès, lui, n’estime pas que la défense de l’officier juif soit une priorité socialiste : Il s’agit avant tout d’un bourgeois dont le sort ne concerne pas la classe ouvrière pense-t-il, avant de se ranger derrière le condamné « c’est à l’épreuve des faits que Jaurès comprendra qu’il s’est trompé. En prenant position pour Dreyfus plus tardivement que ‘les dreyfusards de la veille’, il va renouer un lien des socialistes avec la République ».

Le tournant de la tribune de Zola

Si la presse condamne l’officier pour sa supposée trahison, c’est grâce à elle aussi que l’affaire est relancée. Le 13 janvier 1898, par la plume d’Émile Zola et son J’accuse… ! dans l’Aurore. « Zola savait qu’il irait au procès et serait condamné à la prison en diffamant l’État-Major et le Ministre. « C’est une leçon pour nos intellectuels, ce n’est pas un tweet, c’est une prise de risque maximale », considère l’historien-journaliste. Cette prise de risque et particulièrement le procès de Zola auront pourtant permis de révéler la machination dont avait été victime Dreyfus et ainsi de faire basculer l’opinion publique.

L’émission est à retrouver en intégralité ici.

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