Modération, accord avec France Télévisions… Au Sénat, YouTube s’affiche en bon élève de l’information

Entendus ce mardi par les sénateurs, les représentants de YouTube France ont revendiqué le rôle moteur de la plateforme dans l’écosystème médiatique. L’occasion, aussi, de dévoiler plus précisément les contours de l’accord conclu récemment avec France Télévisions. Sans pleinement convaincre les sénateurs sur la prétendue « neutralité » de son algorithme.
Christian Mouly

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Les nouveaux poids lourds des médias n’y échappent pas. Après TikTok la semaine dernière, YouTube était auditionné ce mardi 2 juin par la mission d’information sénatoriale sur les « zones grises de l’information », mise sur pied en mars pour y voir plus clair dans l’écosystème médiatique à l’heure numérique. Et s’il y a un acteur qui bouleverse les frontières traditionnelles, c’est bien lui : YouTube, ni réseau social, ni marque de télévision, ni même plateforme de vidéo à la demande type Netflix, mais un peu tout à la fois.

C’est cette « place particulière dans l’écosystème » – dixit le rapporteur Laurent Lafon (Union centriste) – que les sénateurs ont voulu interroger. Comment la plateforme de Google, qui ne produit rien par elle-même, gère et modère les 500 heures de contenus publiées chaque minute dans le monde par des créateurs, anonymes comme médias professionnels ? Des contenus aussi divers que les « shorts » de moins d’une minute ou les formats dont la durée dépasse une heure, s’approchant de ce que propose la télévision.

Un « nouveau point de repère informationnel »

« Ces bouleversements pourraient laisser craindre une dégradation de l’information proposée aux utilisateurs. Ce n’est pas ce que nous observons du côté de YouTube », rassure d’emblée Justine Ryst, directrice générale de YouTube France. Devant les sénateurs, la patronne égrène les chiffres qui font du site le « nouveau point de repère informationnel » des Français. Plus d’un utilisateur sur deux déclare s’informer sur YouTube et près d’un quart des 18-24 ans tient la plateforme pour premier réflexe d’information.

Ses stars de l’info sont bien connues : sont cités Hugo Décrypte et Gaspard G, des « voix d’un nouveau genre », qui ont su chacun bâtir des marques d’information populaires via leur chaîne YouTube. Ce qui leur avait d’ailleurs valu d’être auditionnées, en avril, par les sénateurs de la mission d’information.

Mais outre sa capacité à faire émerger de nouveaux médias, la plateforme revendique d’offrir un relais de croissance aux acteurs traditionnels du secteur. Pour les médias d’information, « nous sommes le trait d’union indispensable vers les jeunes publics », affirme ainsi Justine Ryst. Et de citer les chaînes du Parisien, qui vient de dépasser le cap symbolique du million d’abonnés, et du Monde, premier média européen à l’avoir franchi, il y a quelques années désormais. Sans compter les journalistes issus des médias traditionnels ayant décidé de s’y lancer, à l’image de Justine Reix, Charles Villa, ou même Élise Lucet, présentatrice phare de Cash Investigation.

20 000 heures par an de contenus France TV bientôt sur YouTube

Dans cette optique, les sénateurs ont longuement interrogé les auditionnés sur l’accord récemment annoncé entre YouTube et France Télévisions. Justine Ryst a précisé les contours de cette opération, inédite en France mais déjà opérée au Royaume-Uni avec la BBC. France TV va ainsi diffuser une part significative de ses programmes en quasi direct sur la plateforme. Il s’agira de « l’intégralité de ses éditions d’informations nationales et locales, ainsi que les magazines d’actualité et d’investigation phare du groupe », a dévoilé la patronne de YouTube France. 20 000 heures de contenus par an seront concernées.

De quoi « faire rayonner les contenus du groupe sur tous les canaux de diffusion », promet-elle, en adéquation avec la stratégie dite « streaming first » de la directrice de France TV Delphine Ernotte. Et ainsi de proposer une offre publicitaire plus complète aux annonceurs, puisque la régie France TV aura la main sur les publicités sur ses contenus YouTube, précise encore Justine Ryst. Une réponse aux doutes exprimés par les syndicats de producteur, qui s’inquiètent de voir les chaînes publiques réduites « à de simples fournisseurs de contenu pour YouTube ».

« C’est une plateforme où l’utilisateur vient dans une démarche active »

Se présentant comme le « principal carrefour d’audience numérique », à l’intersection des différentes générations de médias, YouTube marque sa différence avec les autres réseaux sociaux, dont les algorithmes de recommandation sont accusés de s’imposer aux individus, sans transparence ni garde-fous suffisants. L’appétence de son public pour les formats longs en témoigne, insiste la directrice générale : « C’est une plateforme où l’utilisateur vient dans une démarche active de recherche et de visionnage choisi des contenus. C’est là toute la force de son algorithme, dont l’essence n’est pas d’amener des utilisateurs à des vidéos, mais d’amener des vidéos vers les utilisateurs en fonction de leur centre d’intérêt. »

Là aussi, comme TikTok, la plateforme invoque la « neutralité » de ses algorithmes. Aucune ligne éditoriale n’y transparaîtrait, simplement un fil adapté à chacun, YouTube se contentant de faire remonter « des sources fiables pour les sujets où l’exactitude et la qualité sont primordiales », précise Justine Ryst, comme en matière d’actualité ou de conseils médicaux.

« Ce sont les algorithmes qui décident »

Sans convaincre l’auditoire. Face à elle, Laurent Lafon fait défiler la section actualité de la plateforme sur son téléphone. Et s’étonne que « des contenus de Frontières [média classé à l’extrême-droite et souvent accusé de militantisme sous couvert d’information, ndlr] sont mis au même niveau que France Culture ». « Qui choisit ce qui sera mis en avant, insiste-t-il. Derrière tout cela, il y a une ligne éditoriale. » « Ce sont les algorithmes qui décident. Pour offrir une expérience de visionnage satisfaisante, il y a forcément une personnalisation, en fonction de l’historique notamment », plaide Thibault Guiroy, directeur des affaires publiques de YouTube France.

Lui met en avant la politique de YouTube contre la désinformation et les contenus trompeurs porteurs de préjudices, à la faveur d’un détecteur automatique boosté à l’IA et de 20 000 modérateurs dans le monde entier. Au dernier trimestre 2025, plus de 8 millions de vidéos ont ainsi été supprimées, dont 97 % par la seule action de l’IA. Par ailleurs, 85 % de ces contenus ont été effacés avant qu’ils ne soient vus par plus de dix personnes. « C’est comme ça qu’on détermine le succès de notre modération », expose Thibault Guiroy. YouTube vient également de lancer un outil capable de détecter les vidéos générées par IA. De quoi remplacer le système d’autodéclaration à l’œuvre jusque-là et qui présentait nécessairement des failles importantes.

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