L’importance de se raconter soi-même
« Je pense que l’on vit, pas seulement en France mais en Europe aussi, dans un récit écrit par les Américains », estime le réalisateur de La Bataille de Gaulle, une superproduction française de près de 74 millions d’euros. Mais de quel récit s’agit-il ? Pour Antonin Baudry, « si l’on veut le résumer : L’Europe s’est autodétruite du fait de ses démons pendant la Seconde Guerre mondiale, les Américains sont venus nous sauver, depuis ils nous aident à être raisonnables et à nous moderniser ». Ce qu’il regrette n’est pas tant que ce récit puisse être faux, incomplet ou biaisé, c’est plus fondamentalement qu’il n’a pas été écrit par ceux qui l’ont vécu, à savoir les Européens.
Alors si, collectivement, nous regardons désormais ce soft power américain avec davantage de lucidité, comment doit-on réagir ? Antonin Baudry, lui, pose un diagnostic qui ne saurait rappeler son parcours préalable au sein du corps diplomatique, notamment aux côtés de Dominique de Villepin : « Premièrement, cette emprise n’est absolument pas de la faute des Américains mais de nous-mêmes. Deuxièmement, si les Américains ont une emprise sur d’autres pays du monde, c’est qu’ils font bien leur boulot. Troisièmement, nous ne pouvons pas espérer d’un pays qui déploie toute son armée qu’il n’ait pas d’arrière-pensée et qu’il défende ses intérêts ».
Antonin Baudry s’est donc naturellement tourné vers des historiens spécialistes de la figure du Général pour essayer de proposer un film plus fidèle à ce que nos ancêtres ont vécu, une entreprise à la hauteur du personnage qu’il a souhaité raconter puisque cela a nécessité près de 6 ans de travail. « Je trouve important de vivre dans un pays qui a sa propre histoire et qui est capable de la raconter. »
Un film historique pour la jeunesse
Le travail de recherches que le réalisateur a engagé pour écrire et produire ces deux volets lui a aussi permis de voir, sous un autre jour, cette période charnière de l’Histoire de France. En particulier en ce qui concerne la place des jeunes dans la résistance, c’est pourquoi il a d’abord et avant tout souhaité s’adresser à eux. « Le rôle de la jeunesse a été primordial. La France ne se serait pas redressée sans cet élan de la jeunesse. Le tout premier signe envoyé au monde six mois après la capitulation, que des Français s’opposaient à l’occupation nazie, ne venait pas de l’armée, des notables ou des élites, c’étaient des lycéens », rappelle-t-il.
« J’ai voulu le montrer et j’ai voulu comprendre ces mécanismes, pourquoi, quand tout va mal, les forces passent-elles par la jeunesse pour créer quelque chose de nouveau ? »
On se dit alors que ces films font œuvre de pédagogie et qu’à l’heure où l’héritage du général de Gaulle est disputé par l’ensemble de la classe politique, il est nécessaire que ces fictions « historiquement justes » puissent accompagner l’enseignement dispensé auprès des jeunes publics en formation. « Plein de personnes me disent qu’il faut que ce film soit vu par des lycéens, des collégiens, mais à ma connaissance, le ministre de l’Éducation nationale [Édouard Geffray] n’a jamais voulu le voir alors que nous l’avons invité près de six fois », regrette le réalisateur avant d’ajouter « il disait avoir peur des autres distributeurs s’il voyait ce film, ça m’a surpris (…) alors qu’avec sa prédécesseure Madame Borne, nous avions prévu toute une série d’actions ».
L’émission est à retrouver en intégralité ici.