Budget 2025 : le gouvernement dégonfle le plan vélo

Au-delà d’une enveloppe de 100 millions d’euros pour 2025, les investissements nécessaires au déploiement du plan vélo, qui prévoyait la construction de 100 000 kilomètres de pistes cyclables d’ici 2030, n’ont pas été inscrits dans le projet de loi de finances 2025. Devant le Sénat, le ministre délégué chargé des Transports invoque le contexte budgétaire. Il a également estimé que ce type d’aménagements relevait des collectivités territoriales.
Romain David

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Le plan vélo promis en son temps par Élisabeth Borne devrait passer à la moulinette budgétaire. Alors que l’ex-Première ministre s’était engagée sur deux milliards d’euros de financement jusqu’en 2027, pour permettre aux collectivités de favoriser le développement des infrastructures dédiées aux deux roues, le projet de loi de finances 2025 ne prévoit que 100 millions d’euros en crédits de paiement. Surtout, il ne comporte aucune autorisation d’engagement, comme l’a notamment repéré Mediapart, c’est-à-dire un plafond de dépenses échelonnées sur plusieurs années, dispositif caractéristique du déploiement d’une politique au long cours.

Cette situation inquiète les élus et les usagers, d’autant que les lauréats du nouvel appel d’offres à un projet d’aménagement cyclable auraient dû être annoncés au printemps dernier. Les 400 collectivités territoriales qui ont candidaté restent à ce stade sans réponse des autorités publiques. « Faut-il y voir une volonté du gouvernement d’éteindre progressivement le plan vélo ? », a interrogé le sénateur socialiste Olivier Jacquin à l’occasion d’une audition au Palais du Luxembourg du nouveau ministre délégué chargé des Transports, François Durovray.

« L’Etat ne se désengage pas totalement parce qu’il reste près de 300 millions d’euros dans les Contrats de plan État-Région pour développer des infrastructures », lui a répondu l’intéressé, se disant « ouvert à des discussions » sur ce sujet « mais dans un cadre budgétaire contraint qui invite à la responsabilité. »

Concernant les 100 millions d’euros conservés dans le budget général, François Durovray assure qu’ils permettront de financer pour cette année « tous les engagements de l’Etat ». L’écologiste Jacques Fernique note toutefois qu’il s’agit « du même montant que Strasbourg consacre à son propre plan vélo ». « Quand vous dites 100 millions, c’est le budget de la ville de Strasbourg, la ville de Strasbourg, les 100 millions, c’est sur sept ans, pas sur un an », a tenu à rectifier le ministre.

Des dépenses d’avenir

« J’ai entendu des élus locaux qui disent qu’évidemment cette manne est bienvenue pour les collectivités, pour développer des réseaux, mais qu’on attend surtout l’Etat sur les sujets de violence routière, de communication, de sanction », a fait valoir François Durovray. Le gouvernement a d’ailleurs annoncé la semaine dernière le lancement d’une mission contre la violence sur les routes, en réaction au décès d’un cycliste de 27 ans renversé par un automobiliste à Paris.

« Comment pourrions-nous protéger plus efficacement les cyclistes tout en mettant un coup d’arrêt à la réalisation d’aménagements cyclables par les collectivités ? », a pointé Olivier Jacquin, alors que le plan vélo affichait un objectif de 100 000 kilomètres d’aménagements cyclables à l’horizon 2030 sur l’ensemble du territoire.

« Je partage, évidemment, votre préoccupation. Les dépenses de fonds d’investissement sont des dépenses d’avenir », a encore tenté de nuancer le ministre. « Et je me permets de préciser aussi que l’Etat est plus dans son rôle sur les infrastructures de mass transit [sic], notamment le ferroviaire, que sur une piste cyclable portée par une collectivité locale. Même s’il est légitime à intervenir et qu’il a joué un rôle important d’accélérateur qui mérite d’être poursuivi. »

Le ministre a d’ailleurs confirmé la tenue, début 2025, d’une conférence sur le financement des mobilités, « pour organiser collectivement une feuille de route qui nous permette de ne plus subir l’annuité budgétaire ». « Nous avons eu des effets yoyo mortifères, les infrastructures ont besoin de visibilité sur plusieurs années », a-t-il reconnu.

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